{"id":10300,"date":"2020-01-22T14:22:14","date_gmt":"2020-01-22T12:22:14","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=10300"},"modified":"2020-04-17T11:21:02","modified_gmt":"2020-04-17T09:21:02","slug":"phenotypage-ladn-peut-il-vraiment-aider-a-etablir-un-portrait-robot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/phenotypage-ladn-peut-il-vraiment-aider-a-etablir-un-portrait-robot\/","title":{"rendered":"Ph\u00e9notypage: l\u2019ADN peut-il vraiment aider \u00e0 \u00e9tablir un portrait-robot?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_10146\" aria-describedby=\"caption-attachment-10146\" style=\"width: 417px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10146\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/adn_1_74-1.jpg\" alt=\"\" width=\"417\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/adn_1_74-1.jpg 417w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/adn_1_74-1-184x260.jpg 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 417px) 100vw, 417px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-10146\" class=\"wp-caption-text\">Le ph\u00e9notypage donne des informations au sujet d\u2019une personne \u00e0 partir de son ADN. Mais cette m\u00e9thode a ses limites.<br \/>@ Jehan Khodl<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Couleur des yeux, des cheveux et de la peau, \u00e2ge et origine ethnique, l\u2019ADN retrouv\u00e9 sur une sc\u00e8ne de crime peut donner des pr\u00e9cisions sur un individu recherch\u00e9. Un projet de loi est en consultation pour permettre le ph\u00e9notypage. Plong\u00e9e au c\u0153ur du g\u00e9nome.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Le drame d\u2019Emmen, petite ville au nord de Lucerne, a frapp\u00e9 toute la Suisse. En juillet 2015, alors qu\u2019elle rentre chez elle, une jeune femme est brutalement pouss\u00e9e de son v\u00e9lo et viol\u00e9e. Il est environ minuit et elle est \u00e0 500 m\u00e8tres de chez elle. Le choc subi en tombant sur le sol est si violent que la Lucernoise de 30 ans est aujourd\u2019hui t\u00e9trapl\u00e9gique. \u00c0 ce jour, malgr\u00e9 des profils ADN \u00e9tablis pour quelque 400 hommes afin de comparer leur ADN avec celui retrouv\u00e9 sur les habits de la victime, l\u2019agresseur court toujours.<\/p>\n<p>C\u2019est cette tragique affaire non \u00e9lucid\u00e9e qui a amen\u00e9 un conseiller national lucernois \u00e0 d\u00e9poser une motion demandant un changement de loi pour permettre l\u2019exploitation de s\u00e9quences codantes de l\u2019ADN. Le but? En savoir plus sur l\u2019origine ethnique, l\u2019\u00e2ge, la couleur des cheveux, des yeux et de la peau de la personne recherch\u00e9e. Lanc\u00e9e fin ao\u00fbt 2019, une proc\u00e9dure de consultation est en cours. \u00c0 cette occasion, Karin Keller-Sutter, ministre de la Justice et Police, a rappel\u00e9 que la science a fait des progr\u00e8s importants depuis 2005, date de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019ordonnance sur les profils d\u2019ADN. Actuellement, loi oblige, seul le sexe de l\u2019auteur peut \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une trace ADN.<\/p>\n<p><strong>Un portrait-robot g\u00e9n\u00e9tique?<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les r\u00e9sultats du ph\u00e9notypage \u2013 de son vrai nom ph\u00e9notypage mol\u00e9culaire forensique \u2013 associ\u00e9s \u00e0 d\u2019autres informations, comme les t\u00e9moignages et l\u2019analyse de donn\u00e9es num\u00e9riques, permettent de dresser un tableau plus pr\u00e9cis de l\u2019individu recherch\u00e9. Deux pays ont d\u00e9j\u00e0 l\u00e9galis\u00e9 cette pratique: les \u00c9tats-Unis et les Pays-Bas.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, le pays qui a m\u00e9tamorphos\u00e9 les experts de la police scientifique en stars de s\u00e9ries TV, cette pratique prend une dimension quasi hollywoodienne. La soci\u00e9t\u00e9 Parabon NanoLabs se vante, notamment, d\u2019aider la police \u00e0 r\u00e9soudre des \u00abcold cases\u00bb \u2013 les affaires non r\u00e9solues \u2013 plus rapidement gr\u00e2ce au ph\u00e9notypage. La firme sugg\u00e8re qu\u2019il est possible de \u00abpr\u00e9dire l\u2019apparence\u00bb d\u2019un agresseur et dresser une sorte de portrait-robot g\u00e9n\u00e9tique. Elle publie sur son site internet des infographies spectaculaires montrant une photo de la personne appr\u00e9hend\u00e9e, et le portrait-robot du suspect. Ce portrait-robot, les chercheurs de Parabon l\u2019auraient imagin\u00e9 en analysant des param\u00e8tres relatifs \u00e0 la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, mais aussi des taches de rousseur, de la morphologie du visage ou de l\u2019implantation des cheveux. \u00c0 voir.<\/p>\n<p><strong>Ph\u00e9notypage et garde-fous<\/strong><\/p>\n<p>En Suisse, le ph\u00e9notypage ne pourra \u00eatre utilis\u00e9 que pour \u00e9lucider des crimes comme le viol, le meurtre, le brigandage aggrav\u00e9 ou la prise d\u2019otages et devra \u00eatre ordonn\u00e9 par le Minist\u00e8re public. De plus, le r\u00e9sultat des analyses ne pourra servir que dans le cadre d\u2019enqu\u00eates portant sur un cas concret. Ce r\u00e9sultat ne sera pas enregistr\u00e9 dans la banque de donn\u00e9es ADN.<\/p>\n<figure id=\"attachment_10241\" aria-describedby=\"caption-attachment-10241\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-10241\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/VincentCastella_74-1.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/VincentCastella_74-1.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2020\/01\/VincentCastella_74-1-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-10241\" class=\"wp-caption-text\">Vincent Castella. Ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche et privat-docent \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine. Responsable de l\u2019Unit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9tique forensique (UGF) du Centre universitaire romand de m\u00e9decine l\u00e9gale (CURML). Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p>G\u00e9n\u00e9ticien forensique, responsable de l\u2019Unit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9tique forensique (UGF) au <a href=\"https:\/\/curml.ch\">Centre universitaire romand de m\u00e9decine l\u00e9gale<\/a> (CURML), Vincent Castella est au c\u0153ur de la question. \u00abL\u2019UGF est le laboratoire de r\u00e9f\u00e9rence pour les polices et minist\u00e8res publics des six cantons romands. L\u2019unit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9tique forensique est d\u00e9di\u00e9e aux expertises ADN pour tous les cantons romands. Nous nous occupons d\u2019affaires routini\u00e8res telles que les vols, mais \u00e9galement de crimes graves, tels que des agressions sexuelles et des homicides.\u00bb Il est \u00e9galement ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche et privat-docent \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne.<\/p>\n<p>Pas moins de 25 personnes travaillent pour l\u2019UGF, dont 11 techniciennes en analyses biom\u00e9dicales. Ce sont elles qui prennent en charge les \u00e9chantillons re\u00e7us, soit plus de 20 000 par ann\u00e9e, et les analysent. \u00abNous recevons des \u00e9chantillons relativement standard qui peuvent \u00eatre trait\u00e9s de fa\u00e7on classique, mais \u00e9galement des pr\u00e9l\u00e8vements qui sont attach\u00e9s \u00e0 des affaires particuli\u00e8res par leur gravit\u00e9 ou leur urgence ou parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9chantillons un peu sp\u00e9ciaux.\u00bb D\u00e8s r\u00e9ception de ces derniers, les scientifiques de l\u2019UGF d\u00e9finissent le processus analytique en fonction des informations re\u00e7ues des polices cantonales afin de maximiser le succ\u00e8s de l\u2019analyse et d\u2019obtenir des r\u00e9sultats pertinents.<\/p>\n<p><strong>B. A.-BA de la g\u00e9n\u00e9tique forensique<\/strong><\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, avant d\u2019arriver \u00e0 la notion de ph\u00e9notypage, mieux vaut passer par un petit cours acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de g\u00e9n\u00e9tique forensique. Le g\u00e9n\u00e9ticien vaudois d\u00e9taille: \u00abDans un premier temps, il s\u2019agit de savoir si des tests, appel\u00e9s tests indicatifs, sont utiles pour les \u00e9chantillons re\u00e7us.\u00bb Ces tests indicatifs permettent de donner des informations sur la pr\u00e9sence de sang, de sperme, de salive ou d\u2019urine. Il n\u2019y a qu\u2019un seul moment o\u00f9 on peut faire ce test. \u00abSi on le loupe, l\u2019\u00e9chantillon est consomm\u00e9. En d\u2019autres termes, c\u2019est cuit.\u00bb<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me \u00e9tape est l\u2019extraction d\u2019ADN. Les techniciennes vont r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019ADN sur l\u2019\u00e9couvillon re\u00e7u (coton tige humidifi\u00e9). Les \u00e9chantillons standard sont analys\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 deux automates. Pour les \u00e9chantillons particuliers, pr\u00e9lev\u00e9s par exemple dans le contexte d\u2019une agression sexuelle, il existe des protocoles manuels. Ces \u00e9chantillons comportent en effet beaucoup d\u2019ADN f\u00e9minin et des quantit\u00e9s tr\u00e8s faibles d\u2019ADN masculin pr\u00e9sent dans les spermatozo\u00efdes. \u00abNous avons des moyens techniques d\u2019enrichir une partie de ce mat\u00e9riel en ADN qui vient des spermatozo\u00efdes. En fonction des caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9chantillon, cela peut permettre d\u2019isoler l\u2019ADN masculin, donc de l\u2019agresseur pr\u00e9sum\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me \u00e9tape consiste \u00e0 quantifier l\u2019ADN. \u00abCette quantification se fait par \u201cPCR quantitative\u201c, et l\u00e0, nous allons apprendre pas mal de choses: la proportion d\u2019ADN masculin-f\u00e9minin, la quantit\u00e9 absolue, sa qualit\u00e9 et \u00e9ventuellement s\u2019il y a des substances qui pourraient interf\u00e9rer avec l\u2019amplification qui se fera juste apr\u00e8s et qui repr\u00e9sente la quatri\u00e8me \u00e9tape.\u00bb<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019ADN est amplifi\u00e9, la plupart du temps, d\u00e9cision est prise de cibler les r\u00e9gions qui sont sur l\u2019ADN qui se situe dans le noyau des cellules et sur les 22 chromosomes, hors de la paire de chromosomes sexuels.<\/p>\n<p>\u00abCet ADN amplifi\u00e9 sera analys\u00e9 sur des appareils appel\u00e9s analyseurs g\u00e9n\u00e9tiques, qui vont permettre de r\u00e9v\u00e9ler le profil ADN. C\u2019est la cinqui\u00e8me \u00e9tape de l\u2019analyse. Une fois que le r\u00e9sultat est valid\u00e9, tout est contr\u00f4l\u00e9 une deuxi\u00e8me fois. Si le profil a la qualit\u00e9 requise, il pourra \u00eatre transmis \u00e0 la banque de donn\u00e9es nationale de profils ADN. Elle r\u00e9pertorie environ 200000 profils de personnes connues \u2013 soit suspect\u00e9es ou condamn\u00e9es en Suisse \u2013 et 85000 profils ADN de traces, donc des \u00e9l\u00e9ments anonymes.<\/p>\n<p>La force des liens \u00e9tablis entre les profils ADN de traces et ceux de personnes est d\u00e9termin\u00e9e par les scientifiques de l\u2019UGF au moyen de calculs de probabilit\u00e9. Mais que faire si aucun lien n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli? Comme aider \u00e0 retrouver le donneur de la trace, suppos\u00e9 \u00eatre l\u2019auteur du crime?<\/p>\n<p><strong>41 marqueurs pour le ph\u00e9notypage<\/strong><\/p>\n<p>Et Vincent Castella d\u2019expliquer: \u00ab\u00c0 partir de l\u00e0, l\u2019id\u00e9e est de se dire: nous pouvons extraire de l\u2019information dans cet ADN laiss\u00e9 par l\u2019auteur sur les lieux du crime, exploitons-la.\u00bb Cet ADN peut permettre de faire des pr\u00e9visions sur l\u2019apparence de la personne qui est \u00e0 l\u2019origine de la trace. \u00abPar exemple, le syst\u00e8me HIrisPlex-S contient 41 marqueurs et permet de faire des pr\u00e9visions concernant la couleur des cheveux (H pour Hair), des yeux (Iris) et de la peau (S pour Skin). Ces pr\u00e9visions sont \u00e9galement associ\u00e9es \u00e0 des probabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faut savoir qu\u2019entre deux g\u00e9nomes \u2013 ensemble des chromosomes et g\u00e8nes \u2013 humains tir\u00e9s au hasard, 99,9% de la s\u00e9quence d\u2019ADN est identique. Les 0,1% restants contiennent des variations de s\u00e9quences dont le type le plus commun est le \u00abpolymorphisme d\u2019un seul nucl\u00e9otide\u00bb (SNP). Ils repr\u00e9sentent plus de 90% de toutes les diff\u00e9rences entre les individus. C\u2019est eux que le ph\u00e9notypage utilise pour les marqueurs de pigmentation et d\u2019origine biog\u00e9ographique. La d\u00e9termination de cette derni\u00e8re n\u00e9cessite l\u2019analyse d\u2019une centaine de SNP appel\u00e9s AIMs pour \u00abancestry informative markers\u00bb. La d\u00e9termination de l\u2019\u00e2ge n\u00e9cessite une tout autre approche. Elle tire parti d\u2019une modification \u00ab\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique\u00bb de l\u2019ADN par laquelle certaines cytosines, une des quatre bases qui constituent l\u2019ADN, ont un taux de m\u00e9thylisation qui \u00e9volue avec l\u2019\u00e2ge des personnes. En analysant le taux de m\u00e9thylisation de 10 \u00e0 20 sites, il est possible de r\u00e9aliser des pr\u00e9visions dans une fourchette d\u2019environ 8 ans.<\/p>\n<p><strong>Haute pr\u00e9cision th\u00e9orique<\/strong><\/p>\n<p>En amont de ces outils mis \u00e0 disposition pour le ph\u00e9notypage tels que le HIrisPlex-S, des scientifiques \u00e9tudient de grandes cohortes d\u2019individus dont ils analysent l\u2019ADN et r\u00e9pertorient les caract\u00e8res. Ce sont ce qu\u2019on appelle des \u00e9tudes d\u2019association au travers du g\u00e9nome. \u00abCes scientifiques vont \u00e9ventuellement mettre en \u00e9vidence des associations. Elles ne veulent pas forc\u00e9ment dire qu\u2019il y a un lien de cause \u00e0 effet, c\u2019est uniquement une association statistique.\u00bb C\u2019est justement \u00e0 partir de toutes ces donn\u00e9es qu\u2019une \u00e9quipe n\u00e9erlandaise a mis au point le mod\u00e8le math\u00e9matique pour identifier la couleur des yeux, des cheveux et de la peau. Dans une \u00e9tude pr\u00e9c\u00e9dente publi\u00e9e en 2014 1), le mod\u00e8le permettait d\u2019obtenir une pr\u00e9diction th\u00e9orique de 95% pour les yeux de couleur marron, 94% pour les yeux de couleur bleue, 74% pour les yeux de couleur interm\u00e9diaire, \u00e0 savoir ni bleue ni marron, 93% pour les cheveux roux, 87% pour les cheveux noirs, 82% pour les cheveux bruns, 81% pour les cheveux blonds.<\/p>\n<p>Si Vincent Castella voit ces avanc\u00e9es scientifiques d\u2019un bon \u0153il, il reste circonspect par rapport aux r\u00e9sultats\u00abmagiques\u00bb du ph\u00e9notypage que font miroiter certains laboratoires am\u00e9ricains. \u00abCes laboratoires commerciaux mettent en avant des choses incroyables. L\u2019un d\u2019eux a pr\u00e9sent\u00e9 une sorte de dessin de la qualit\u00e9 d\u2019une photo, un portrait-robot. La personne avait une certaine coupe de cheveux, une moustache, un nez large. Mais comment arrivent-ils \u00e0 ce portrait avec uniquement l\u2019origine, l\u2019\u00e2ge, la couleur des yeux, des cheveux et de la peau \u00e0 disposition? La science est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0. Il est possible que ce laboratoire se soit inspir\u00e9 de la photo du criminel pour dessiner ce portrait apr\u00e8s coup\u00bb. Un tour de passe-passe qui risque de g\u00e9n\u00e9rer des attentes \u00e9lev\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 des policiers et des magistrats. \u00abIl y a quand m\u00eame une grande diff\u00e9rence entre un portrait-robot de la qualit\u00e9 d\u2019une photo et une description plus r\u00e9aliste du type: la personne \u00e0 l\u2019origine de la trace est un homme europ\u00e9en entre 30 et 40 ans avec les yeux et les cheveux bruns.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Revers de la m\u00e9daille<\/strong><\/p>\n<p>Au fait, quelle aide aurait amen\u00e9e le ph\u00e9notypage dans le drame d\u2019Emmen? \u00abSi la police avait eu des informations sur la couleur pr\u00e9sum\u00e9e des cheveux, des yeux, de la peau et de l\u2019origine ethnique, elle aurait peut-\u00eatre commenc\u00e9 par les 20 hommes qui pr\u00e9sentaient des caract\u00e9ristiques similaires \u00e0 celles qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dites par l\u2019ADN<\/p>\n<p>retrouv\u00e9 sur la victime au lieu de faire les 400 analyses en m\u00eame temps. Puis les policiers auraient compar\u00e9 le profil ADN de ces personnes avec celui de la trace et auraient constat\u00e9 que le suspect n\u2019\u00e9tait pas l\u2019un d\u2019eux. Ils auraient donc \u00e9largi \u00e0 100 hommes; ils n\u2019auraient toujours pas trouv\u00e9. Et ainsi de suite, jusqu\u2019aux 400 personnes. On va dire que cet \u00e9l\u00e9ment acc\u00e9l\u00e9rateur que peut repr\u00e9senter le ph\u00e9notypage, finalement, n\u2019aurait pas beaucoup servi dans ce cas.\u00bb \u00c0 moins que ces informations aient pu permettre d\u2019exclure formellement certaines personnes ou, peut-\u00eatre, de g\u00e9n\u00e9rer de nouvelles pistes.<\/p>\n<p>Autre revers de la m\u00e9daille de cette technique, la protection de la sph\u00e8re priv\u00e9e. Comme le rappelle le ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche vaudois, certains caract\u00e8res sont visibles par tous comme la couleur des cheveux, des yeux et de la peau. D\u2019autres sont plus sensibles comme l\u2019origine ethnique ou les maladies g\u00e9n\u00e9tiques. Pour augmenter les chances d\u2019acceptation de ce projet de loi, il est pr\u00e9f\u00e9rable de se limiter \u00e0 des caract\u00e8res peu intrusifs. C\u2019est le cas de la proposition du Conseil f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p><strong>5000 francs par analyse<\/strong><\/p>\n<p>Autre d\u00e9tail: pour r\u00e9aliser un ph\u00e9notypage, des quantit\u00e9s relativement importantes d\u2019ADN sont n\u00e9cessaires. \u00abIl faut savoir que 90% des traces que nous analysons sont des traces dites de contact. Elles sont pr\u00e9lev\u00e9es sur des objets qui sont suppos\u00e9s avoir \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par l\u2019auteur. Elles contiennent donc des quantit\u00e9s infimes d\u2019ADN et souvent des m\u00e9langes d\u2019ADN de plusieurs personnes. Quant au prix d\u2019une analyse qui permettrait de conna\u00eetre la couleur des yeux, des cheveux, de la peau, l\u2019origine ethnique et l\u2019\u00e2ge, elle tournerait probablement autour des 5000 francs pour un \u00e0 six \u00e9chantillons. En Suisse, Vincent Castella estime que le nombre annuel de cas graves pour lesquels la police n\u2019a aucun \u00e9l\u00e9ment est limit\u00e9. \u00abSi nous arrivons \u00e0 contribuer \u00e0 les r\u00e9soudre, c\u2019est fantastique, mais j\u2019ai l\u2019impression que ce ph\u00e9notypage prend une ampleur tr\u00e8s importante par rapport \u00e0 l\u2019apport r\u00e9el que cette technique am\u00e8nera.\u00bb Son sentiment vient du fait que cette technologie en est \u00e0 ses balbutiements, m\u00eame si elle est en train de se d\u00e9velopper \u00e0 grands pas. \u00abPeut-\u00eatre que prochainement, les techniques seront beaucoup plus pr\u00e9cises: il y aura plus de marqueurs et ils seront plus discriminants. Je pense qu\u2019en ce sens-l\u00e0, la r\u00e9vision de la loi est la bienvenue, parce qu\u2019elle ouvre des portes pour le futur.\u00bb<\/p>\n<p>Mais il ne faut pas oublier que le d\u00e9terminisme g\u00e9n\u00e9tique des caract\u00e8res est souvent complexe. De plus l\u2019influence de l\u2019environnement n\u2019est pas prise en compte dans ces mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Preuve du fort potentiel du ph\u00e9notypage, le CURML vient d\u2019engager un collaborateur charg\u00e9 de la mise au point de cette m\u00e9thode. \u00abPour nous, c\u2019est un saut de technologie qui sera de toute fa\u00e7on utile. Les technologies de s\u00e9quen\u00e7age \u00e0 haut d\u00e9bit sont de plus en plus int\u00e9gr\u00e9es dans le domaine forensique. Avec l\u2019analyseur classique que nous utilisons actuellement, il est possible de traiter au maximum une trentaine de marqueurs en simultan\u00e9. Avec le s\u00e9quenceur \u00e0 haut d\u00e9bit, il est possible d\u2019analyser plusieurs centaines de marqueurs.\u00bb<\/p>\n<p>1) Developmental validation of the HIrisPlex system: DNA-based eye and hair colour prediction for forensic and anthropological usage. Par Susan Walsh (et al.). Forensic Science International: Genetics. Vol. 9, mars 2014, p. 150-161.<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.fsigen.2013.12.006\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"> doi.org\/10.1016\/j.fsigen.2013.12.006<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Couleur des yeux, des cheveux et de la peau, \u00e2ge et origine ethnique, l\u2019ADN retrouv\u00e9 sur une sc\u00e8ne de crime peut donner des pr\u00e9cisions sur un individu recherch\u00e9. 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