{"id":1025,"date":"2008-09-16T10:00:55","date_gmt":"2008-09-16T08:00:55","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=1025"},"modified":"2010-11-12T11:12:10","modified_gmt":"2010-11-12T09:12:10","slug":"faut-il-changer-ses-dollars-contre-des-yuans-et-partir-vivre-en-chine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/faut-il-changer-ses-dollars-contre-des-yuans-et-partir-vivre-en-chine\/","title":{"rendered":"Faut-il changer ses dollars contre des yuans et partir vivre en Chine?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/09\/dragon.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1036\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/09\/dragon.jpg\" alt=\"aut-il changer ses dollars contre des yuans et partir vivre en Chine?\" width=\"530\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/09\/dragon.jpg 530w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2008\/09\/dragon-300x147.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Un gourou de la finance a fait le pari de vendre sa propri\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine pour s\u2019installer en Asie. Son projet: se rapprocher de Shanghai et Hong-Kong en 2007, pour imiter ceux qui sont venus habiter Londres en 1807 et New York en 1907. Car l\u2019Orient sera, ditil, le p\u00f4le \u00e9conomique et financier du XXIe si\u00e8cle. Faut-il le suivre? Les r\u00e9ponses de deux fins connaisseurs de la Chine, li\u00e9s \u00e0 l\u2019UNIL.<\/em><\/p>\n<p>La nouvelle serait pass\u00e9e inaper\u00e7ue en Europe si l\u2019essayiste et auteur d\u2019une \u00abBr\u00e8ve histoire de l\u2019avenir\u00bb Jacques Attali ne l\u2019avait mise en \u00e9vidence sur son blog, comme un signe pr\u00e9curseur. Jim Rogers, cet ancien associ\u00e9 de George Soros, connu comme l\u2019un des meilleurs gestionnaires de fonds am\u00e9ricains, a vendu sa r\u00e9sidence new-yorkaise de Riverside. En septembre 2007, le gourou a converti ses actifs en yuans et il s\u2019est envol\u00e9 pour l\u2019Asie.<\/p>\n<p>Pour expliquer son d\u00e9m\u00e9nagement, ce sp\u00e9cialiste reconnu des mouvements \u00e0 contre-courant a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il prenait la vague de l\u2019avenir. Il veut \u00eatre de ceux qui feront le bon choix \u00e0 l\u2019aube du XXIe si\u00e8cle, comme ceux qui sont partis vivre \u00e0 Londres en 1807 et \u00e0 New York en 1907.<\/p>\n<h2>Faire de l\u2019argent facile en Chine? \u00abC\u2019est encore un leurre\u00bb<\/h2>\n<p>Que la Chine fut jadis le centre du monde, qu\u2019elle devint par la suite un g\u00e9ant endormi, et que celui-ci soit r\u00e9veill\u00e9 aujourd\u2019hui, nul ne peut l\u2019ignorer. Et surtout pas les Suisses. La communaut\u00e9 helv\u00e9tique de Chine est ainsi en augmentation rapide. Voici cinq ans, l\u2019on y comptait 1882 expatri\u00e9s. L\u2019an pass\u00e9, ils \u00e9taient 3015, selon les statistiques du site SinOptic. ch.<\/p>\n<p>Son directeur, G\u00e9rald B\u00e9roud, est bien plac\u00e9 pour confirmer l\u2019attrait \u00e9conomique du pays, \u00abmais quant \u00e0 y faire de l\u2019argent facile, c\u2019est encore un leurre. Des entreprises suisses y sont pr\u00e9sentes depuis longtemps, certaines y ont acquis une solide exp\u00e9rience, et malgr\u00e9 tout, bien peu s\u2019y sont enrichies pour l\u2019instant. La plupart restent sur place, m\u00eame \u00e0 perte, dans la seule id\u00e9e de ne pas \u00eatre \u00e0 la tra\u00eene un jour.\u00bb<\/p>\n<h2>Changer ses dollars contre des yuans?<\/h2>\n<p>Mais Jim Rogers, lui, ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019\u00e0 la finance. Il dit avoir chang\u00e9 ses dollars en yuan. La monnaie chinoise vaudra-t-elle un jour beaucoup plus que le dollar? Il y a effectivement des gens qui font \u00e9norm\u00e9ment d\u2019argent en Chine, confirme Antoine Kernen, \u00abmais de l\u00e0 \u00e0 changer ses dollars en yuans&#8230; Pour l\u2019instant, j\u2019observe que c\u2019est le gouvernement chinois qui poss\u00e8de des dollars et que cette monnaie reste la r\u00e9f\u00e9rence pour la plupart des Chinois. Que les plus fortun\u00e9s placent aussi leur argent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en Suisse par exemple.\u00bb Quant \u00e0 investir \u00e0 la Bourse chinoise, Antoine Kernen, qui parle parfaitement le mandarin, \u00e9met des doutes: \u00abIl faut \u00eatre tr\u00e8s inform\u00e9 pour se lancer. \u00c7a monte et \u00e7a descend tr\u00e8s vite.\u00bb<\/p>\n<p>Si la Bourse fluctue, le yuan en revanche est une monnaie stable. Si stable qu\u2019on la juge souvent sous-\u00e9valu\u00e9e compte tenu de l\u2019exc\u00e9dent commercial de la Chine envers les Etats-Unis et le reste du monde. Aussi, malgr\u00e9 une appr\u00e9ciation de 11% du yuan face au dollar depuis 2005, la question revient sans cesse: fautil appr\u00e9cier le yuan? \u00abCertains Am\u00e9ricains le pensent, note Antoine Kernen, mais la manoeuvre n\u2019est pas simple, car c\u2019est l\u2019\u00e9quilibre de la Chine tout enti\u00e8re qui est en jeu.\u00bb<\/p>\n<h2>Toujours plus de mouvements contestataires?<\/h2>\n<p>Et cet \u00e9quilibre est plus pr\u00e9caire qu\u2019on ne l\u2019imagine. La presse \u00e9voque toujours plus les mouvements de contestation qui se multiplient dans l\u2019Empire du Milieu et se chiffrent \u00e0 plus de 70\u2019000 selon des donn\u00e9es officielles. \u00abPour l\u2019heure, ces mouvements restent tr\u00e8s parcellis\u00e9s et ind\u00e9pendants les uns des autres, analyse Antoine Kernen. Mais, en cas de crise majeure, on peut imaginer qu\u2019ils s\u2019agr\u00e8gent. C\u2019est ce que le pouvoir veut \u00e9viter.\u00bb<\/p>\n<p>Une partie des observateurs occidentaux aime pr\u00e9dire cette implosion sociale. \u00abJ\u2019observe que, depuis vingt ans, des analystes l\u2019annoncent\u00bb, remarque G\u00e9rald B\u00e9roud. Mais l\u2019augmentation du nombre de r\u00e9voltes \u00e0 laquelle on assiste a une explication simple: \u00abNous sommes mieux inform\u00e9s aujourd\u2019hui gr\u00e2ce aux moyens de communication modernes que le pouvoir est de moins en moins capable de contr\u00f4ler.\u00bb<\/p>\n<h2>Les Chinois craignent le d\u00e9sordre<\/h2>\n<p>Antoine Kernen relativise \u00e9galement aussi ce chiffre. \u00abPlusieurs dizaines de milliers de plaintes, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la Chine, c\u2019est bien peu. On serait surpris de recenser le nombre de manifestations quotidiennes rien qu\u2019en Suisse.\u00bb<\/p>\n<p>Et puis, si ce nombre s\u2019accro\u00eet, \u00abc\u2019est aussi que le pouvoir a mis en place des moyens l\u00e9gaux pour recueillir les dol\u00e9ances, ce qui montre son intelligence pour pr\u00e9venir l\u2019explosion sociale\u00bb. Car l\u2019anarchie, \u00able d\u00e9sordre, est tr\u00e8s traumatisant pour les Chinois, souligne G\u00e9rald B\u00e9roud. Le chaos institutionnalis\u00e9, ils l\u2019ont connu avec la R\u00e9volution culturelle et ils en ont beaucoup souffert. Donc ils s\u2019en m\u00e9fient terriblement.\u00bb<\/p>\n<h2>Croissance ou surchauffe?<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 tout, l\u2019harmonie recherch\u00e9e est difficile et la croissance chinoise est telle aujourd\u2019hui que beaucoup craignent la surchauffe. \u00abLe gouvernement luim\u00eame souhaiterait moins de croissance, mais une croissance plus qualitative, plus respectueuse des personnes et de la nature, note G\u00e9rald B\u00e9roud. Seulement voil\u00e0, la mise en oeuvre de telles r\u00e9formes ne d\u00e9pend pas que de la volont\u00e9 du pouvoir. Le tremblement de terre au Sichuan, par exemple, aura sans doute une incidence directe sur la r\u00e9forme des petites cimenteries, unit\u00e9s tr\u00e8s polluantes que l\u2019on pensait fermer. D\u00e9sormais, la reconstruction du Sichuan prime sur cette r\u00e9forme.\u00bb<\/p>\n<p>Ralentir la croissance est un exercice souhaitable, mais p\u00e9rilleux, car \u00abil ne faudrait pas non plus la ralentir trop, temp\u00e8re Antoine Kernen. Le syst\u00e8me actuel tient gr\u00e2ce \u00e0 une forte croissance, qui cr\u00e9e des emplois et de la richesse. La machine demande socialement d\u2019\u00eatre lanc\u00e9e \u00e0 une certaine vitesse, sans quoi d\u2019autres probl\u00e8mes pourraient \u00e9merger.\u00bb<\/p>\n<h2>La Chine n\u2019est pas si centralis\u00e9e qu\u2019on le croit<\/h2>\n<p>Une autre partie de l\u2019Occident imagine la Chine toute-puissante, communiste, centralis\u00e9e, monolithique. \u00abMais l\u00e0 encore, c\u2019est une image qu\u2019il faut relativiser \u00bb, affirme Antoine Kernen, citant un rapport de la Banque mondiale de f\u00e9vrier 2008. Une nouvelle estimation r\u00e9\u00e9value \u00e0 la baisse la richesse des Chinois, montrant que l\u2019\u00e9conomie chinoise serait de 40% inf\u00e9rieure en termes de PPA (parit\u00e9 du pouvoir d\u2019achat). \u00abCe n\u2019est qu\u2019un rapport, \u00e9videmment. Il y a toujours ceux qui veulent pr\u00e9senter la Chine comme un pays riche et d\u2019autres qui veulent relativiser son pouvoir. Le regard que l\u2019on porte sur la Chine est toujours un peu politique.\u00bb<\/p>\n<p>Les visions sont d\u2019autant plus contrast\u00e9es que la Chine est encore per\u00e7ue parfois comme un Etat non seulement autoritaire, mais totalitaire. Du point de vue de certains investisseurs, c\u2019est l\u00e0 un gage de stabilit\u00e9. Pour d\u2019autres, ce manque de transparence et de d\u00e9mocratie demeure un risque. Mais \u00abl\u2019id\u00e9e d\u2019un pouvoir monolithique est totalement fausse, souligne G\u00e9rald B\u00e9roud. Contrairement \u00e0 ce que certains imaginent, le gouvernement central ne fait plus la pluie et le beau temps. La puissance coercitive de P\u00e9kin a baiss\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays et l\u2019on serait tent\u00e9 de dire que c\u2019est devenu un probl\u00e8me pour le pouvoir central. Provinces et municipalit\u00e9s font un peu ce qu\u2019elles veulent. \u00bb<\/p>\n<h2>Le pays n\u2019est pas un bloc contr\u00f4l\u00e9 depuis P\u00e9kin<\/h2>\n<p>Chine, rench\u00e9rit Antoine Kernen. Les d\u00e9fenseurs des droits de l\u2019homme en Occident pr\u00e9sentent souvent ce pays comme un bloc, o\u00f9 tout serait contr\u00f4l\u00e9 depuis P\u00e9kin. Si leurs critiques ne sont pas infond\u00e9es, leur perception du syst\u00e8me ne permet pas de voir que les atteintes aux droits de l\u2019homme sont le plus souvent le fait de la d\u00e9sorganisation et non d\u2019un pouvoir tout-puissant. C\u2019est l\u00e0 une image li\u00e9e \u00e0 notre imaginaire du communisme sovi\u00e9tique. Le Parti communiste chinois (PCC) reste largement d\u00e9sorganis\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Il a aussi consid\u00e9rablement chang\u00e9, rappelle G\u00e9rald B\u00e9roud. \u00abLes cadres que l\u2019on rencontre aujourd\u2019hui en Chine n\u2019ont plus le m\u00eame profil qu\u2019il y a vingt ans. Mais on aurait aussi tort de penser que ce pouvoir est per\u00e7u comme ill\u00e9gitime par la population. De croire qu\u2019elle attend l\u2019effondrement du syst\u00e8me pour fuir le pays. Les statistiques montrent au contraire que les rangs du PCC croissent, que l\u2019on y refuse du monde.\u00bb<\/p>\n<h2>Une plus grande libert\u00e9 de parole<\/h2>\n<p>C\u2019est que le PCC continue de se r\u00e9former, \u00abil \u00e9volue vers une technocratie qui laisse aux \u00e9lites une marge de discussion, une libert\u00e9 de parole et de pens\u00e9e assez ouverte mais cadr\u00e9e\u00bb. Autrefois, les analystes de la Chine distinguaient sans peine les r\u00e9formateurs des conservateurs. D\u00e9sormais, tout le monde se retrouve autour d\u2019une id\u00e9e consensuelle: moderniser la Chine.<\/p>\n<p>\u00abJe connais des officiels en Chine qui sont heureux de recueillir mon point de vue critique, une opinion qu\u2019ils vont relayer et ainsi se faire bien voir de leurs sup\u00e9rieurs en se montrant originaux\u00bb, sourit Antoine Kernen. \u00abLe syst\u00e8me pr\u00e9f\u00e8re aujourd\u2019hui des cadres qui pensent par eux-m\u00eames et se distinguent, du moins tant qu\u2019ils ne remettent pas en cause les principes fondamentaux du syst\u00e8me.\u00bb<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me qui repose toujours plus aussi sur une morale n\u00e9o-confuc\u00e9enne, un ensemble de valeurs telles que le travail ou le respect de la hi\u00e9rarchie. \u00abOn tente en effet de moraliser la soci\u00e9t\u00e9 pour cimenter un corps social en perte de rep\u00e8res, explique G\u00e9rald B\u00e9roud. Apr\u00e8s la R\u00e9volution culturelle, on peut vraiment se demander ce qu\u2019il restait comme valeurs en Chine.\u00bb Le n\u00e9o-confucianisme t\u00e9moigne d\u2019un r\u00e9el souci du pouvoir de redonner de la coh\u00e9rence et de l\u2019harmonie \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. \u00abOn voit ainsi r\u00e9appara\u00eetre la figure de l\u2019empereur Jaune, c\u2019est inou\u00ef!\u00bb Le communisme, apr\u00e8s avoir voulu annihiler toute trace du pouvoir imp\u00e9rial, tol\u00e8re en effet, d\u00e9sormais, le culte rendu \u00e0 ce souverain mythique, qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re de la civilisation chinoise au point d\u2019\u00eatre divinis\u00e9. Son r\u00e8gne se serait \u00e9tendu de 2697 \u00e0 2598 av. J.-C.<\/p>\n<h2>Retour du confucianisme, recul du communisme<\/h2>\n<p>\u00abCe retour au confucianisme est li\u00e9 au recul de l\u2019id\u00e9ologie communiste, confirme Antoine Kernen. Car aujourd\u2019hui, les gens se fichent du communisme. Ce qu\u2019ils voient autour d\u2019eux n\u2019a rien \u00e0 voir avec les bonnes vieilles valeurs apprises dans leur jeunesse. Les id\u00e9es confuc\u00e9ennes renouent, elles, avec une tradition chinoise remise au go\u00fbt du jour et cette r\u00e9invention-l\u00e0 fonctionne tr\u00e8s bien. Je suis toujours impressionn\u00e9, par exemple, par le prix que les parents sont pr\u00eats \u00e0 payer pour l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants, pour am\u00e9liorer la condition de vie de la g\u00e9n\u00e9ration future.\u00bb<\/p>\n<p>Car on oublie trop que la Chine est une soci\u00e9t\u00e9 dure. \u00abDure parce que tr\u00e8s peupl\u00e9e, explique Antoine Kernen. Prenons l\u2019exemple du bus. Si vous laissez passer les grands-m\u00e8res, vous ne prendrez jamais le bus en Chine. De m\u00eame, un paysan qui n\u2019a pas de travail \u00e0 P\u00e9kin, on le laissera crever. Personne ne s\u2019occupera de lui.\u00bb Issu d\u2019un tel milieu, pas \u00e9tonnant que les Chinois r\u00e9ussissent tr\u00e8s souvent leur vie \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00abEn Afrique et m\u00eame en Europe, ils vous disent que c\u2019est tr\u00e8s facile de faire son trou. Ils arrivent dans des mondes o\u00f9 l\u2019on travaille beaucoup moins.\u00bb<\/p>\n<h2>Peu de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise<\/h2>\n<p>Cette morale du travail inspire certains patrons occidentaux prompts \u00e0 critiquer le syst\u00e8me social en Europe. \u00abIl est vrai qu\u2019il y a une sorte de fascination pour ce mod\u00e8le autoritaire qui permet d\u2019aller droit au but: faire de l\u2019argent, confirme G\u00e9rald B\u00e9roud. Mais, pour avoir accompagn\u00e9 assez souvent des d\u00e9l\u00e9gations en Chine, je peux dire que ce n\u2019est pas un discours majoritaire chez les patrons suisses. D\u2019abord, parce que leurs soci\u00e9t\u00e9s en Chine sont bien plus surveill\u00e9es, leurs conditions d\u2019exercice plus s\u00e9v\u00e8res. Et puis, elles doivent pr\u00e9server leur personnel, qui, une fois form\u00e9, est rare et donc pr\u00e9cieux dans un pays tr\u00e8s \u00e9tranger \u00e0 la notion de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise.\u00bb<\/p>\n<p>Pour conserver ce personnel, \u00abil faut donner des avantages au salari\u00e9, le fid\u00e9liser avec une cantine, une salle de sport, en prenant en charge le co\u00fbt des transports, etc.\u00bb. Au bilan, \u00abla majeure partie de ces entreprises donnent des conditions de travail, d\u2019hygi\u00e8ne, de salaire qui sont bien meilleures que les chinoises\u00bb. Sur ce point, Antoine Kernen \u00e9met un b\u00e9mol. \u00abLes conditions de travail restent tout de m\u00eame tr\u00e8s lointaines de celles que l\u2019on conna\u00eet en Suisse. Et parfois, certaines am\u00e9liorations peu co\u00fbteuses pourraient \u00eatre faites.\u00bb<\/p>\n<p>Mais dans l\u2019ensemble, le droit du travail s\u2019am\u00e9liore en Chine o\u00f9 le nouveau contrat de travail est entr\u00e9 en vigueur le 1er janvier 2008. \u00abIl renforce consid\u00e9rablement les personnes sous contrat, souligne G\u00e9rald B\u00e9roud. Et on l\u2019ignore trop ici, cette disposition l\u00e9gale, m\u00eame imparfaite, a \u00e9t\u00e9 mise en consultation en Chine, y compris aupr\u00e8s des entreprises \u00e9trang\u00e8res!\u00bb<\/p>\n<h2>Dragon mena\u00e7ant ou g\u00e9ant aux pieds d\u2019argile?<\/h2>\n<p>Alors? La Chine est-elle un g\u00e9ant aux pieds d\u2019argile ou un dragon immense? \u00abEn Europe, les gens per\u00e7oivent le dragon comme un \u00eatre mal\u00e9fique. En Chine, il est un signe de bonheur, pr\u00e9cise G\u00e9rald B\u00e9roud. Mais c\u2019est une cr\u00e9ature puissante, c\u2019est vrai, et l\u2019on pourrait dire que la Chine a encore des difficult\u00e9s \u00e0 g\u00e9rer sa puissance car elle n\u2019a pas compris tous les devoirs qui accompagnent le statut de grande puissance.\u00bb<\/p>\n<p>Antoine Kernen, pour sa part, consid\u00e8re que \u00able g\u00e9ant aux pieds d\u2019argile est une image qui convient tr\u00e8s bien aussi \u00e0 la Chine. Il y a une croissance tr\u00e8s rapide, mais le pays doit g\u00e9rer ses in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 l\u2019interne et cela fait partie du programme politique du pouvoir.\u00bb<\/p>\n<p>Si la Chine devait devenir un jour le nouveau Londres, le nouveau New York, si la croissance chinoise devait se poursuivre de mani\u00e8re harmonieuse dans les prochaines ann\u00e9es, si l\u2019avenir devait donner raison \u00e0 Jim Rogers, ce succ\u00e8s ne serait possible qu\u2019avec le maintien de la paix sociale.<\/p>\n<p>En attendant, et contrairement \u00e0 ce qu\u2019il avait annonc\u00e9, signalons que le financier Jim Rogers ne s\u2019est pas install\u00e9 \u00e0 Shanghai ou \u00e0 Hong-Kong. Dans une interview \u00e0 la cha\u00eene CNBC, le 5 mai 2008, il a admis qu\u2019il habitait d\u00e9sormais Singapour. Argument: les villes chinoises sont trop pollu\u00e9es et causeraient potentiellement des probl\u00e8mes de sant\u00e9 \u00e0 sa fille&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Michel Beuret<\/p>\n<p><strong>Pour en savoir plus:<\/strong><br \/>\nMichel Beuret est le coauteur, avec Serge Michel, de <strong>\u00abLa Chinafrique: P\u00e9kin \u00e0 la conqu\u00eate du continent noir\u00bb<\/strong>, Ed. Grasset, 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un gourou de la finance a fait le pari de vendre sa propri\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine pour s\u2019installer en Asie. 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