{"id":10059,"date":"2019-09-26T08:14:30","date_gmt":"2019-09-26T06:14:30","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=10059"},"modified":"2019-11-14T11:35:30","modified_gmt":"2019-11-14T09:35:30","slug":"asterix-et-le-veritable-bouclier-gaulois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/asterix-et-le-veritable-bouclier-gaulois\/","title":{"rendered":"Ast\u00e9rix et le v\u00e9ritable bouclier gaulois"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9916\" aria-describedby=\"caption-attachment-9916\" style=\"width: 436px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9916\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_1.jpg\" alt=\"\" width=\"436\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_1.jpg 436w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_1-192x260.jpg 192w\" sizes=\"auto, (max-width: 436px) 100vw, 436px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9916\" class=\"wp-caption-text\">Ce soldat est \u00e9quip\u00e9 d\u2019un grand bouclier et d\u2019une lance, une arme r\u00e9pandue parmi les Gaulois. Illustrateur et sc\u00e9nariste, Vincent Pompetti a publi\u00e9 La Guerre des Gaules en deux albums (\u00e9ditions Tartamundo). \u00a9 Vincent Pompetti<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>La c\u00e9l\u00e8bre BD a fa\u00e7onn\u00e9 notre vision des combats entre Celtes et l\u00e9gionnaires romains. Parfois avec des intuitions g\u00e9niales, et parfois avec de sacr\u00e9s anachronismes.<\/em><\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois depuis <em>Le Bouclier arverne<\/em> (sorti en 1968), Ast\u00e9rix croisera \u00e0 nouveau le fant\u00f4me de Vercing\u00e9torix, l\u2019autre combattant gaulois l\u00e9gendaire. Le 24 octobre sort en effet une nouvelle BD intitul\u00e9e <em>La fille de Vercing\u00e9torix<\/em>, qui reviendra sur ces affrontements farouches entre Gaulois et Romains. Un domaine o\u00f9 la science progresse puisque, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, notre perception de ces combats a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9, gr\u00e2ce notamment \u00e0 une nouvelle technique: l\u2019arch\u00e9ologie exp\u00e9rimentale. Elle consiste \u00e0 simuler des affrontements de l\u2019Antiquit\u00e9 dans des costumes et avec des armes d\u2019\u00e9poque. Le point avec un pionnier, le professeur de l\u2019UNIL Thierry Luginb\u00fchl.<\/p>\n<h3>1. Tous \u00e0 l\u2019assaut!<\/h3>\n<p>C\u2019est un incontournable des albums d\u2019Ast\u00e9rix: cette sc\u00e8ne o\u00f9 l\u2019on voit tout le village gaulois \u2013 y compris le barde! \u2013 regroup\u00e9 en colonne furieuse derri\u00e8re le chef Abraracourcix qui se jette contre les l\u00e9gionnaires romains parfaitement align\u00e9s, mais terrifi\u00e9s. Sur leur \u00e9lan, les Gaulois s\u00e8ment invariablement la pagaille dans la formation ennemie, qu\u2019elle soit en tortue, en phalange ou en quinconce.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, dans la BD, ce choc entre les Gaulois et les Romains ressemble \u00e0 une caricature. Pourtant, il serait plus r\u00e9aliste qu\u2019on l\u2019imagine, assure Thierry Luginb\u00fchl. \u00abLes sources antiques nous apprennent que les Celtes chargeaient l\u2019ennemi avec toute la furie dont ils \u00e9taient capables. Mais les historiens ont longtemps cru que ces textes nous pr\u00e9sentaient un clich\u00e9 de la barbarie. Nous pensons aujourd\u2019hui que c\u2019\u00e9tait la mani\u00e8re la plus rationnelle pour les Gaulois d\u2019utiliser leurs armes. Former un carr\u00e9 ou une colonne d\u2019assaut \u00e9tait la seule tactique susceptible de percer un dispositif militaire lin\u00e9aire d\u00e9fensif, compact et tr\u00e8s organis\u00e9 comme celui des hoplites grecs ou des l\u00e9gionnaires romains.\u00bb<\/p>\n<p>Les Gaulois misaient tout sur le choc initial et frontal. \u00abQuand on porte un \u00e9quipement comme le leur, avec une \u00e9p\u00e9e et un bouclier qui ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us \u00e0 l\u2019origine pour se battre en duel, on est oblig\u00e9 d\u2019adopter des techniques extr\u00eamement offensives, fond\u00e9es sur la percussion\u00bb, note le chercheur qui a particip\u00e9 \u00e0 une centaine de reconstitutions de batailles en \u00e9quipements d\u2019\u00e9poque, et qui a fa\u00e7onn\u00e9 sa vision au cours de ces exp\u00e9rimentations arch\u00e9ologiques (lire l&rsquo;article).<\/p>\n<h3>2. Des coups de boucliers<\/h3>\n<p>L\u2019arme qui symbolise le mieux cette agressivit\u00e9 des Gaulois, c\u2019est le bouclier. Alors qu\u2019on voit souvent cette pi\u00e8ce comme un \u00e9quipement d\u00e9fensif, et qu\u2019elle ne sert qu\u2019\u00e0 porter le chef Abraracourcix dans les BD, les combattants gaulois en faisaient un usage bien plus diversifi\u00e9. \u00abEn combat individuel, le seul v\u00e9ritablement honorable pour un Celte, les guerriers frappaient avec le tranchant de leurs longs boucliers plats ou avec l\u2019umbo m\u00e9tallique qui renfor\u00e7ait le centre de ces derniers\u00bb, explique Thierry Luginb\u00fchl, qui mentionne encore des sources tardives o\u00f9 l\u2019on parle de t\u00eates qui volent, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 sectionn\u00e9es d\u2019un coup port\u00e9 par le tranchant d\u2019un bouclier.<\/p>\n<h3>3. Les Gaulois portaient la cotte de mailles<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9p\u00e9e gauloise traditionnelle \u00e9tait, en revanche, tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle d\u2019Ast\u00e9rix. Alors que le h\u00e9ros de BD porte un glaive romain, court et pointu, les Celtes pr\u00e9f\u00e9raient des \u00e9p\u00e9es plus longues et plus l\u00e9g\u00e8res, surtout utilis\u00e9es pour porter des coups du tranchant dans les parties du corps de leur ennemi qui n\u2019\u00e9taient pas prot\u00e9g\u00e9es.<\/p>\n<p>Toutefois, Goscinny et Uderzo n\u2019ont pas tout faux. Les d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques sont en effet venues confirmer l\u2019intuition des auteurs de la BD. Elles montrent que, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la guerre des Gaules, les guerriers celtes, et pas seulement Ast\u00e9rix, abandonnent progressivement leurs \u00e9p\u00e9es traditionnelles pour adopter le glaive romain.<\/p>\n<p>Les auteurs de la BD ont en revanche \u00e9t\u00e9 moins inspir\u00e9s quand ils montrent des l\u00e9gionnaires romains portant des cuirasses (du IIe si\u00e8cle de notre \u00e8re) face \u00e0 des Gaulois torse nu (Ob\u00e9lix) ou v\u00eatus de tissus (Ast\u00e9rix). La cotte de mailles est en r\u00e9alit\u00e9 une invention des forgerons celtes, les meilleurs de leur \u00e9poque, et elles ont d\u2019abord \u00e9quip\u00e9 les Gaulois avant que les Romains ne les copient.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9970\" aria-describedby=\"caption-attachment-9970\" style=\"width: 393px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9970\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/ThierryLuginbuhl_73.jpg\" alt=\"\" width=\"393\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/ThierryLuginbuhl_73.jpg 393w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/ThierryLuginbuhl_73-390x260.jpg 390w\" sizes=\"auto, (max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9970\" class=\"wp-caption-text\">Thierry Luginb\u00fchl. Professeur \u00e0 l\u2019Institut d&rsquo;arch\u00e9ologie et des sciences de l\u2019Antiquit\u00e9 (Facult\u00e9 des lettres).<br \/>Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<h3>4. Une potion magique?<\/h3>\n<p>Dans un autre moment incontournable d\u2019une aventure d\u2019Ast\u00e9rix, les irr\u00e9ductibles Gaulois utilisent leur arme secr\u00e8te, cette potion magique pr\u00e9par\u00e9e par le druide Panoramix qui d\u00e9cuple leurs forces. S\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une invention des auteurs de la BD, n\u00e9anmoins inspir\u00e9e par la r\u00e9putation antique de la magie celtique, Thierry Luginb\u00fchl n\u2019\u00e9carte pas forc\u00e9ment cette id\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00abPour assumer une tactique fond\u00e9e sur la percussion des troupes adverses, il est n\u00e9cessaire d\u2019entrer dans un \u00e9tat de furie\u00bb, explique le professeur \u00e0 l\u2019Institut d&rsquo;arch\u00e9ologie et des sciences de l\u2019Antiquit\u00e9. Il y a n\u00e9anmoins un \u00e9quilibre \u00e0 trouver entre la furie et la discipline, car une colonne ou toute autre formation d\u2019assaut, si elle doit imp\u00e9rativement \u00eatre \u00abfurieuse\u00bb, doit \u00e9galement demeurer ordonn\u00e9e pour jouer son r\u00f4le. Dans leur syst\u00e8me de valeurs, les Gaulois reconnaissaient deux grandes vertus \u00e0 un combattant: la <em>nert<\/em> et la <em>ferg<\/em>. La <em>nert<\/em> repr\u00e9sentait la force morale et physique, tandis que la <em>ferg<\/em> \u00e9tait la capacit\u00e9 de se mettre en furie, consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9tat divin. La situation \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente dans les arm\u00e9es m\u00e9diterran\u00e9ennes, grecques ou romaines, dont les valeurs principales \u00e9taient le sang-froid et la discipline collective.<\/p>\n<p>Les Gaulois ont-ils utilis\u00e9 des substances, des plantes ou des breuvages, pour se mettre dans ces \u00e9tats de furie tant recherch\u00e9s? Thierry Luginb\u00fchl \u00abn\u2019exclut pas cette hypoth\u00e8se, m\u00eame si les sources ne nous disent rien \u00e0 ce propos.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On sait que les Vikings buvaient de la bi\u00e8re ou de l\u2019hydromel avant de monter au combat, et que les hommes du Nord ont de nombreux points communs avec les Gaulois. Ils avaient des strat\u00e9gies tr\u00e8s similaires, fond\u00e9es sur la percussion, et consid\u00e9raient \u00e9galement la mort au combat comme la seule honorable pour un membre des classes guerri\u00e8res.\u00bb<\/p>\n<h3>5. Et \u00e0 la fin, ce sont les Romains qui gagnent&#8230;<\/h3>\n<p>Nous voyons aujourd\u2019hui les Gaulois comme des perdants magnifiques. La faute \u00e0 d\u2019innombrables tableaux qui ont montr\u00e9 la reddition de Vercing\u00e9torix, venu jeter ses armes aux pieds de C\u00e9sar, jusque dans la BD <em>Le bouclier arverne<\/em>. Mais cela n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. Aux IIIe et IIe si\u00e8cles avant notre \u00e8re, les Romains craignaient ces Celtes qui les battaient syst\u00e9matiquement. Les Latins se racontaient le si\u00e8ge de Rome, rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre pour l\u2019\u00e9pisode du sauvetage du Capitole, quand les cris des oies ont averti les sentinelles romaines de l\u2019approche des guerriers gaulois du roi Brennus. Les guerres des Cimbres ont \u00e9galement frapp\u00e9 les esprits. Nous les connaissons encore aujourd\u2019hui gr\u00e2ce \u00e0 un autre tableau c\u00e9l\u00e8bre, Les Romains passant sous le joug de Charles Gleyre, qui \u00e9voque l\u2019humiliation des l\u00e9gionnaires en 107 av. J.-C., suite \u00e0 la bataille d\u2019Agen remport\u00e9e par le c\u00e9l\u00e8bre chef Helv\u00e8te Divico.<\/p>\n<p>Mais tout change peu apr\u00e8s. Quand Rome nomme \u00e0 la t\u00eate de ses arm\u00e9es le strat\u00e8ge Marius, qui va enfin trouver une tactique gagnante apr\u00e8s une longue s\u00e9rie de d\u00e9faites mortifiantes. Avec Marius, la l\u00e9gion est professionnalis\u00e9e et elle \u00e9volue. \u00ab\u00c0 chaque fois que les Gaulois ont remport\u00e9 une bataille, ils se sont impos\u00e9s au premier choc, explique Thierry Luginb\u00fchl. Quand ils ne parviennent plus \u00e0 percer les lignes d\u00e9fensives au premier impact, le combat s\u2019enlise et la discipline des l\u00e9gionnaires leur permet de reprendre le dessus. Les Romains ont vite compris qu\u2019il fallait tenir le choc et g\u00e9rer la furie de leurs ennemis. Les Gaulois ne vont jamais trouver de tactique alternative, et, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Guerre des Gaules, ils ont perdu l\u2019illusion que leur furie peut tout emporter.\u00bb<\/p>\n<h3>6. Pas si poilus et pas si barbus, les Gaulois<\/h3>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque d\u2019Ast\u00e9rix, les Gaulois sont bien moins poilus et barbus qu\u2019on ne le croit. \u00abLes documents les plus anciens (IIIe si\u00e8cle av. J.-C.) parlent souvent de cheveux longs et de grosses moustaches, d\u00e9taille Thierry Luginb\u00fchl. Mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la guerre des Gaules, Vercing\u00e9torix appara\u00eet ras\u00e9 sur ses monnaies, et, quelques d\u00e9cennies plus tard, la statue du Guerrier de Vach\u00e8res montre un Gaulois qui ressemble \u00e0 un Romain, ras\u00e9 de pr\u00e8s avec des cheveux courts.\u00bb L\u2019explication? Comme pour le choix des \u00e9p\u00e9es, il y a eu une \u00e9volution chez les Gaulois qui se romanisent progressivement, et se rasent donc de plus pr\u00e8s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9917\" aria-describedby=\"caption-attachment-9917\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9917\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_2.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"409\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_2.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_2-375x260.jpg 375w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_2-135x93.jpg 135w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/gaulois_73_2-160x110.jpg 160w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9917\" class=\"wp-caption-text\">Le nouvel album d\u2019Ast\u00e9rix fera appara\u00eetre la fille de Vercing\u00e9torix avec un torque (ici \u00e0 la place de la lettre C de Vercing\u00e9torix) qui se portait autour du cou et qui \u00e9tait un attribut de pouvoir<br \/>chez les Gaulois. Ast\u00e9rix\u00ae &#8211; Ob\u00e9lix \u00ae &#8211; Id\u00e9fix\u00ae \u00a92019 Les \u00c9ditions Albert Ren\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<h3>7. Des filles \u00e0 torques<\/h3>\n<p>Dans le nouvel album d\u2019Ast\u00e9rix, qui sort le 24 octobre et qui est intitul\u00e9 <em>La fille de Vercing\u00e9torix<\/em>, les auteurs de la BD montrent la fille du c\u00e9l\u00e8bre chef arverne avec un torque. Ce bijou, le plus souvent en or torsad\u00e9, se portait autour du cou. La parure appara\u00eet vers 250 av. J.-C. et elle est port\u00e9e par des hommes comme par des femmes, par des humains comme par des divinit\u00e9s. Plus le torque est gros, plus la personne qui le porte est importante.<\/p>\n<p>\u00abC\u2019\u00e9tait vraiment l\u2019attribut de la souverainet\u00e9. On le voit syst\u00e9matiquement sur les repr\u00e9sentations de divinit\u00e9s, mais, l\u00e0 encore, son importance diminue \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la guerre des Gaules. Vercing\u00e9torix n\u2019en porte pas sur ses monnaies. En revanche, un autre aristocrate gaulois de la m\u00eame \u00e9poque, Dumnorix, un \u00c9duen (Bourgogne actuelle), se fait repr\u00e9senter sur ses monnaies avec un casque, un torque, une enseigne en forme de sanglier et une t\u00eate coup\u00e9e qu\u2019il tient \u00e0 la main. On a donc l\u2019impression que le torque perd de son importance comme marqueur social, et comme signe distinctif de l\u2019aristocratie, mais qu\u2019il \u00e9tait encore con\u00e7u comme un symbole du pouvoir\u00bb, pr\u00e9cise Thierry Luginb\u00fchl.<\/p>\n<h3>8. Les t\u00eates coup\u00e9es, le scalp des Gaulois<\/h3>\n<p>C\u2019est le d\u00e9tail qu\u2019on ne voit jamais dans une BD, et que les scientifiques \u00e9voquent avec une prudence de Sioux, parce qu\u2019il g\u00eane. Tout indique en effet que les Gaulois pr\u00e9levaient les t\u00eates de leurs ennemis tu\u00e9s, un peu comme les Am\u00e9rindiens r\u00e9cup\u00e9raient des scalps. \u00abCes t\u00eates \u00e9taient parfois expos\u00e9es sur les parois des maisons, et elles \u00e9taient \u00e9galement conserv\u00e9es, embaum\u00e9es dans des caisses en bois que les Gaulois n\u2019\u00e9changeaient pas, m\u00eame au prix de l\u2019or\u00bb, raconte Thierry Luginb\u00fchl.<\/p>\n<p>Cette coutume semble \u00abmoins r\u00e9pandue\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Vercing\u00e9torix, puisqu\u2019aucune source ne le mentionne m\u00eame si le chef Dumnorix, visiblement plus traditionaliste, semblait perp\u00e9tuer cette tradition. Ces pratiques, comme celles des sacrifices humains, sont pourtant attest\u00e9es. Thierry Luginb\u00fchl a d\u2019ailleurs dans sa panoplie de r\u00e9pliques une reproduction d\u2019un type de dague rituelle \u00e0 manche anthropomorphe tr\u00e8s probablement utilis\u00e9 par les druides pour proc\u00e9der \u00e0 des sacrifices humains. Les arch\u00e9ologues ont \u00e9galement retrouv\u00e9 dans les chantiers de fouilles d\u2019innombrables t\u00eates seules, comme d\u2019innombrables corps sans t\u00eate.<\/p>\n<p>Le sujet embarrasse d\u2019autant plus qu\u2019il \u00abne colle pas avec les nouveaux clich\u00e9s que nous nous faisons d\u00e9sormais des Gaulois, qu\u2019on imagine plus volontiers comme de gentils cueilleurs de gui\u00bb, sugg\u00e8re le professeur. Reste donc \u00e0 nos anc\u00eatres, c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 leur derni\u00e8re aventure, \u00e0 \u00e9chapper aux clich\u00e9s, nouveaux comme anciens, pour \u00eatre enfin consid\u00e9r\u00e9s tels qu\u2019en eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Article suivant : <a href=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/ces-experiences-ont-revolutionne-larcheologie\/\">\u00abCes exp\u00e9riences ont r\u00e9volutionn\u00e9 l\u2019arch\u00e9ologie\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La c\u00e9l\u00e8bre BD a fa\u00e7onn\u00e9 notre vision des combats entre Celtes et l\u00e9gionnaires romains. Parfois avec des intuitions g\u00e9niales, et parfois avec de sacr\u00e9s anachronismes. 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