{"id":10053,"date":"2019-09-26T08:16:53","date_gmt":"2019-09-26T06:16:53","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=10053"},"modified":"2019-11-14T11:32:45","modified_gmt":"2019-11-14T09:32:45","slug":"pourquoi-certains-chiens-ressemblent-a-leur-maitre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/pourquoi-certains-chiens-ressemblent-a-leur-maitre\/","title":{"rendered":"Pourquoi certains chiens ressemblent \u00e0 leur ma\u00eetre"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9893\" aria-describedby=\"caption-attachment-9893\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9893\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/animal_73_1.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/animal_73_1.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/animal_73_1-390x260.jpg 390w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9893\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Sally Anscombe\/Getty<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Depuis deux si\u00e8cles, les th\u00e9rapeutes se posent des questions sur les liens qui existeraient entre le psychisme animal et humain. Aude Fauvel, une chercheuse de l\u2019UNIL et du CHUV, raconte ses recherches parfois stup\u00e9fiantes.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Pourquoi ma\u00eetre et chien ont-ils parfois la m\u00eame t\u00eate? Est-ce pathologique de pr\u00e9f\u00e9rer son chat \u00e0 sa famille? La folie d\u2019un humain peut-elle influencer l\u2019humeur de son griffon? Ces questions ne datent pas d\u2019aujourd\u2019hui. Elles ont commenc\u00e9 \u00e0 titiller le monde de la psychiatrie au XIXe si\u00e8cle. Sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire de la m\u00e9decine, Aude Fauvel a \u00e9tudi\u00e9 cette \u00e9poque-cl\u00e9 pour la science et ses rapports aux b\u00eates. Elle est ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019Institut des humanit\u00e9s en m\u00e9decine (IHM), un institut rattach\u00e9 au D\u00e9partement de formation et recherche du CHUV et \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine de l&rsquo;UNIL.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi la psychiatrie a-t-elle commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au ressenti des animaux au XIXe si\u00e8cle?<\/strong><br \/>\nAlors que les animaux de compagnie \u00e9taient jusque-l\u00e0 r\u00e9serv\u00e9s aux classes ais\u00e9es, ces \u00abinutiles\u00bb, tels que les nommait le philosophe Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, vont prendre de plus en plus de place dans les foyers citadins suite \u00e0 l\u2019exode rural. Les classes moyennes se d\u00e9veloppent, les gens ont plus de loisirs, donc plus de temps pour choyer leur chien ou leur chat plut\u00f4t que de lui faire garder des troupeaux ou chasser les souris comme \u00e0 la campagne. Mais le XIXe si\u00e8cle est aussi une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on rationalise l\u2019espace. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on peut noter une similitude entre le traitement des animaux et celui des fous.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est-\u00e0-dire?<\/strong><br \/>\nLe milieu urbain est rempli de chats et de chiens errants qui d\u00e9rangent. Dans les mentalit\u00e9s europ\u00e9ennes, un partage se r\u00e9alise entre ceux que l\u2019on choisit et ceux dont on se sert pour des exp\u00e9riences, qu\u2019on emm\u00e8ne aux abattoirs, etc. De la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il y a des b\u00eates consid\u00e9r\u00e9es comme nuisibles, il y a des humains dont on va estimer qu\u2019ils n\u2019ont pas leur place en ville, \u00e9tant un frein au progr\u00e8s. On ne les \u00e9limine pas, mais on les met de c\u00f4t\u00e9, dans des asiles souvent situ\u00e9s \u00e0 la campagne, en esp\u00e9rant les gu\u00e9rir. La soci\u00e9t\u00e9 industrielle distingue ainsi les productifs (la vente d\u2019un bichon maltais rapporte de l\u2019argent, par exemple) des improductifs qu\u2019on \u00e9loigne dans les fourri\u00e8res, ou les asiles. En m\u00eame temps, le fait que tout le monde ait un animal domestique cr\u00e9e des tensions. C\u2019est dans ce contexte que sont fond\u00e9es les SPA (soci\u00e9t\u00e9s protectrices des animaux).<\/p>\n<p><strong>En France, la SPA a justement \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1846 par un ali\u00e9niste (ancien terme pour psychiatre) et un m\u00e9decin n\u00e9vropathe autoproclam\u00e9. C\u2019est une co\u00efncidence?<\/strong><br \/>\nS\u00fbrement pas. \u00c0 cette p\u00e9riode, on consid\u00e8re que la maladie mentale est une ali\u00e9nation morale (\u00abmorale\u00bb signifiant ici psychologique, comme dans l\u2019expression \u00able physique et le moral?\u00bb). On pense que les dynamiques qui m\u00e8nent \u00e0 devenir fou sont dues \u00e0 des \u00abchocs\u00bb moraux, ce que l\u2019on appellerait aujourd\u2019hui des traumatismes. Du coup, certains estiment que la violence contre les animaux est un facteur de trouble moral, comme notamment le fait de voir des chevaux martyris\u00e9s par des cochers dans l\u2019espace urbain. Le gentleman peut \u00eatre choqu\u00e9 par ce spectacle et, plus encore, s\u2019il est accompagn\u00e9 d\u2019un enfant, \u00eatre \u00abfrapp\u00e9\u00bb au moral par ce d\u00e9bordement de violence injustifi\u00e9e. C\u2019est un argument central des fondateurs de la SPA, le Dr \u00c9tienne Pariset (ali\u00e9niste) et le Dr Pierre-Louis-Charles Dumont de Monteux (m\u00e9decin \u00abn\u00e9vros\u00e9\u00bb), qui dit se sentir mal en voyant la souffrance animale et, inversement, \u00eatre de bonne humeur lorsqu\u2019il reste pr\u00e8s de ses chats heureux. La SPA n\u2019est donc pas seulement cr\u00e9\u00e9e dans l\u2019id\u00e9e de sauver les animaux. Si l\u2019on prot\u00e8ge les b\u00eates, on prot\u00e8ge les humains, car la violence envers l\u2019animal est n\u00e9faste pour l\u2019Homme. Mais les psys vont rapidement passer \u00e0 une autre vision de la psych\u00e9 au cours du si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Pour quelle raison?<\/strong><br \/>\nLes asiles vont montrer leurs limites. On pensait y soigner les gens mais de facto, les gu\u00e9risons sont rares et la plupart des patients qui y entrent y meurent. Le traitement moral ne marche pas aussi bien que ses concepteurs l\u2019avaient promis. Certains se mettent alors \u00e0 critiquer la th\u00e9orie morale. Des m\u00e9decins disent que la psychiatrie doit cesser d\u2019\u00eatre une \u00abm\u00e9decine sp\u00e9ciale\u00bb et changer d\u2019approche. Des critiques antiali\u00e9nistes vont encore plus loin: s\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une science, alors pourquoi enfermer les gens quand cela co\u00fbte cher et que cela ne sert \u00e0 rien?<\/p>\n<figure id=\"attachment_9901\" aria-describedby=\"caption-attachment-9901\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9901\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/AudeFauvel_73.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/AudeFauvel_73.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/AudeFauvel_73-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9901\" class=\"wp-caption-text\">Aude Fauvel. Ma\u00eetre d\u2019enseignement et de recherche \u00e0 l\u2019Institut des humanit\u00e9s en m\u00e9decine. Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>La m\u00e9decine ali\u00e9niste (psychiatrie) doit donc devenir une m\u00e9decine \u00abnormale\u00bb pour \u00eatre reconnue?<\/strong><br \/>\nC\u2019est en tout cas l\u2019avis de nombreux ali\u00e9nistes de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. Cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration pense qu\u2019il faut changer de th\u00e9orie. Contrairement \u00e0 leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, ils estiment que s\u2019il existe parfois des causes morales \u00e0 la folie, l\u2019explication principale doit toutefois plut\u00f4t \u00eatre cherch\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 du corps, dans le physique. Ils s\u2019inspirent alors de la \u00abm\u00e9thode exp\u00e9rimentale\u00bb du Dr Claude Bernard, un des physiologistes les plus renomm\u00e9s du XIXe si\u00e8cle, dont les principes m\u00e9thodologiques sont encore enseign\u00e9s aujourd\u2019hui dans certaines facult\u00e9s de m\u00e9decine. Or, pour Bernard, exp\u00e9rimenter sur des \u00abcobayes\u00bb de laboratoire est une cl\u00e9 essentielle pour que la m\u00e9decine devienne une \u00abvraie\u00bb science. Il consid\u00e8re m\u00eame que les m\u00e9decins ont un \u00abdroit absolu\u00bb de travailler sur les animaux. En suivant cette logique, si le futur de la m\u00e9decine est l\u2019exp\u00e9rimentation animale, alors la psychiatrie doit faire pareil. La pratique de la vivisection va se g\u00e9n\u00e9raliser chez les psys.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquez-vous que les chercheurs aient \u00abpris go\u00fbt\u00bb \u00e0 la vivisection?<\/strong><br \/>\nLa principale cause de l\u2019ali\u00e9nation envisag\u00e9e au XIXe est la progression de l\u2019alcoolisme. Il faut savoir qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, toutes populations comprises (femmes, enfants, personnes \u00e2g\u00e9es), un Fran\u00e7ais boit pratiquement deux bouteilles de vin par jour. Certes le vin est moins alcoolis\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui, mais il faut encore ajouter les ap\u00e9ritifs et les digestifs comme l\u2019absinthe, souvent consomm\u00e9e sans mod\u00e9ration. Les psychiatres \u00e9laborent la th\u00e9orie de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence en partie \u00e0 partir de cet \u00e9l\u00e9ment. D\u2019apr\u00e8s eux, si les patients ne gu\u00e9rissent pas dans les asiles, ce n\u2019est pas parce que le traitement est inadapt\u00e9 ou que les asiles sont n\u00e9fastes. C\u2019est plut\u00f4t parce que ces gens ont irr\u00e9m\u00e9diablement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 leur corps et leur cerveau en buvant (comme Gervaise dans L\u2019Assommoir de Zola). En plus, les psys pensent que le processus se transmet et s\u2019aggrave. Les alcooliques vont l\u00e9guer des \u00abtares h\u00e9r\u00e9ditaires\u00bb \u00e0 leurs descendants: leurs enfants naissent d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, leurs petits-enfants sont encore plus \u00abtar\u00e9s\u00bb et au final, cette spirale familiale d\u00e9bouche sur des d\u00e9biles st\u00e9riles.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que la vivisection intervient, car des psys d\u00e9cident de d\u00e9montrer exp\u00e9rimentalement ce processus sur des chiens. Le Dr Valentin Magnan, un c\u00e9l\u00e8bre ali\u00e9niste qui a suivi les cours du Dr Bernard, va ainsi vivisecter des dizaines de canid\u00e9s par an avec ses disciples. Ses propres coll\u00e8gues vont finir par r\u00e9agir devant cette inflation exp\u00e9rimentale lors d\u2019une d\u00e9monstration organis\u00e9e \u00e0 Norwich en 1874, qui ouvre une pol\u00e9mique.<\/p>\n<p><strong>Et quels impacts cette pol\u00e9mique aura-t-elle?<\/strong><br \/>\nEn Grande-Bretagne, c\u2019est un des \u00e9l\u00e9ments qui va conduire \u00e0 l\u2019adoption d\u2019une loi pour encadrer l\u2019exp\u00e9rimentation animale en 1876. Ce pays est d\u2019ailleurs l\u2019un des premiers \u00e0 avoir l\u00e9gif\u00e9r\u00e9 sur le sujet. En France, on va avoir le r\u00e9flexe inverse. Le Dr Magnan va revenir \u00e0 Paris et raconter que ce sont les d\u00e9fenseurs des animaux qui sont fous! La signification du terme zoophile va m\u00eame compl\u00e8tement changer de sens \u00e0 cause de lui, un psychiatre parisien renomm\u00e9, vex\u00e9 de s\u2019\u00eatre fait huer en Grande-Bretagne.<\/p>\n<p><strong>Comment la d\u00e9finition de zoophile va-t-elle <\/strong><strong>donc se transformer?<\/strong><br \/>\nLes fondateurs de la SPA se disaient zoophiles. Il y a m\u00eame eu des revues zoophiles, dans le sens d\u2019amis des animaux. Le Dr Magnan va rendre ce mot pathologique. Il va expliquer que les zoophiles sont ceux qui aiment maladivement les b\u00eates. Sa th\u00e9orie se propage et une connotation sexuelle s\u2019ajoute \u00e0 sa d\u00e9finition. En France, on fait des antivivisectionnistes une caricature.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 quoi ressemblait-elle?<\/strong><br \/>\nEn g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 une vieille fille ou une ancienne prostitu\u00e9e, qui n\u2019a pas de relations saines avec un homme et qui reporte toute son affection sur les animaux. Soit une Anglaise, moche, soit une dame un peu bizarre avec une sensiblerie f\u00e9minine exacerb\u00e9e, \u00e0 rebours de la science (\u00e0 cette \u00e9poque, la science est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tant, bien s\u00fbr, une affaire d\u2019hommes\u2026). On assiste \u00e0 un retournement incroyable. Les psychiatres, qui ont pourtant \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 d\u00e9fendre les b\u00eates, vont commencer \u00e0 mettre en garde: m\u00e9fiez-vous de ceux qui ont des animaux de compagnie. Peut-\u00eatre est-ce parce qu\u2019ils ne veulent pas avoir d\u2019enfants, ne veulent pas se marier, etc.<\/p>\n<p><strong>Pourtant, la plupart des vivisecteurs poss\u00e9daient des animaux de compagnie&#8230;<\/strong><br \/>\nC\u2019est tout le paradoxe des vivisecteurs. Le fameux Pavlov, \u00e0 qui l\u2019on doit les th\u00e9ories sur le r\u00e9flexe conditionn\u00e9, avait par exemple des chiens dans son laboratoire, mais aussi \u00e0 la maison. Il a eu toute une r\u00e9flexion sur sa relation avec ses animaux de travail. Selon lui, conna\u00eetre son chien d\u2019exp\u00e9rimentation \u00e9tait un plus pour le chercheur. Il s&rsquo;est aper\u00e7u que contrairement \u00e0 ce qu\u2019on lui avait appris, il n\u2019y a pas une psychologie unie du canid\u00e9, mais des chiens qui ont des comportements diff\u00e9rents. Pavlov, l\u2019arch\u00e9type de l\u2019exp\u00e9rimentateur, leur donnait des pr\u00e9noms, alors qu\u2019encore de nos jours, on attribue des num\u00e9ros aux animaux de laboratoire dans l\u2019optique de rester objectif. Pour lui, chaque animal est un partenaire sur qui et avec qui on exp\u00e9rimente. Il a travaill\u00e9 sur leurs comportements d\u2019entraide, s\u2019est demand\u00e9 ce qu\u2019\u00e9tait une d\u00e9pression chez un chien, etc. Ses r\u00e9sultats sur les animaux lui permettaient de dire des choses sur les humains, d\u00e9clarait-il. D\u2019ailleurs, c\u2019est en partant des canid\u00e9s qu\u2019il s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 aux Hommes.<\/p>\n<p><strong>Comment pensait-on la folie animale au XIXe si\u00e8cle?<\/strong><br \/>\nLe Dr Charles F\u00e9r\u00e9, un exp\u00e9rimentateur pur et dur, pensait qu\u2019on pouvait provoquer artificiellement la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des animaux (en les imbibant d\u2019alcool par exemple), mais qu\u2019il \u00e9tait aussi d\u00e9j\u00e0 possible d\u2019observer des b\u00eates naturellement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es dans les rues. Car d\u2019apr\u00e8s lui, si la civilisation entra\u00eene la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence chez les humains, alors les animaux, qui vivent avec eux dans un environnement citadin, deviennent aussi d\u00e9ficients. Il y a toute une litt\u00e9rature de l\u2019\u00e9poque sur l\u2019alcoolisme animal. Heureusement, dit F\u00e9r\u00e9, cela reste limit\u00e9, notamment parce que ces animaux alcooliques d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s finissent souvent \u00e0 la fourri\u00e8re. Il pense aussi que l\u2019Homme peut d\u00e9teindre par imitation sur son ami \u00e0 quatre pattes et vice-versa. Sur ce point F\u00e9r\u00e9 est plus original. Il est m\u00eame le premier \u00e0 conceptualiser la \u00abfolie \u00e0 deux\u00bb dans une dynamique humain\/non-humain et \u00e0 imaginer une nouvelle patient\u00e8le pour les psychiatres: celle des b\u00eates d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es \u00e0 cause de leur ma\u00eetre. Il montre ainsi que si l\u2019on place un animal malade dans un environnement \u00e9motionnel plus sain, il peut retrouver un \u00e9quilibre psychique. Et pourquoi le soigner? Pour que son ma\u00eetre aille mieux, lui aussi. L\u2019un et l\u2019autre peuvent s\u2019imiter de mani\u00e8re positive. Il y a quelque chose de pr\u00e9curseur chez F\u00e9r\u00e9: il faut penser ensemble l\u2019\u00e9quilibre psychique du ma\u00eetre et de son animal domestique. Mais cela reste \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9bauche.<\/p>\n<p><strong>La reconnaissance de l\u2019animal th\u00e9rapeute appara\u00eetra plus tard, lors des deux guerres mondiales.<\/strong><br \/>\nAu XIXe si\u00e8cle, l\u2019historien Jules Michelet sugg\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 de penser une continuit\u00e9 entre nos \u00abfr\u00e8res inf\u00e9rieurs\u00bb et nous. Les guerres vont stimuler cette id\u00e9e qu\u2019un lien fraternel entre \u00eatres humains et animaux peut jouer un r\u00f4le positif pour la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. On va commencer \u00e0 leur reconna\u00eetre des comp\u00e9tences th\u00e9rapeutiques et m\u00eame \u00e0 leur donner des m\u00e9dailles! Smoky, une femelle Yorkshire Terrier, est ainsi le premier chien th\u00e9rapeute reconnu comme tel apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Initialement, elle rep\u00e8re les bombes et est m\u00eame parfois parachut\u00e9e. \u00c0 la fin du conflit, elle accompagne les v\u00e9t\u00e9rans dans un h\u00f4pital et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019elle a un effet boostant sur le moral des soldats. La guerre, \u00e9tonnamment, est le moment o\u00f9 l\u2019on admet que l\u2019animal peut fonctionner avec nous, nous aider, nous consoler, nous soigner, y compris dans un milieu hospitalier.<\/p>\n<p><strong>Et aujourd\u2019hui, o\u00f9 en sommes-nous dans nos relations avec les animaux?<\/strong><br \/>\nOn se pose des questions similaires depuis deux si\u00e8cles, sans avoir pourtant jamais vraiment r\u00e9ussi \u00e0 institutionnaliser l\u2019\u00e9tude des liens qui existent entre psychisme animal et humain. Entre autres parce que la m\u00e9decine v\u00e9t\u00e9rinaire est consid\u00e9r\u00e9e comme une discipline \u00e0 part. Les m\u00e9decins d\u2019humains ont toujours un peu de mal \u00e0 int\u00e9grer les v\u00e9t\u00e9rinaires dans leurs r\u00e9flexions. Et du c\u00f4t\u00e9 de la psy (psychologie, psychiatrie, psychanalyse\u2026), on a toujours de la peine \u00e0 d\u00e9finir son identit\u00e9: ces disciplines sont-elles vraiment des \u00absciences\u00bb? Ou sont-elles plut\u00f4t d\u2019abord des pratiques de soins? Ou bien, comme le disent certains, s\u2019agit-il surtout d\u2019instances de pouvoir, qui imposent des normes de comportements aux gens?&#8230; Si l\u2019on fait entrer les animaux dans le champ, beaucoup de professionnels ont peur que cela d\u00e9cr\u00e9dibilise davantage leur discipline. \u00c0 l\u2019heure actuelle, les th\u00e9rapies \u00e0 m\u00e9diation animale sont pourtant \u00e0 la mode. On a constat\u00e9 de mani\u00e8re pragmatique qu\u2019avoir un chat ou un chien, en milieu hospitalier ou chez soi, amenait un meilleur pronostic \u00e0 long terme pour les malades. Des \u00e9tudes chiffr\u00e9es l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9. Cependant, la plupart des institutions demeurent r\u00e9ticentes et cela reste des prises en charge consid\u00e9r\u00e9es comme alternatives.<\/p>\n<p><strong>On se demandait au XIXe si\u00e8cle pourquoi certains chiens ressemblaient \u00e0 leur ma\u00eetre. A-t-on de nouveaux \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponses de nos jours?<\/strong><br \/>\nNon, pas vraiment! Plusieurs explications sont avanc\u00e9es. Spontan\u00e9ment, le ma\u00eetre aurait tendance \u00e0 choisir un animal dont il juge le comportement compatible avec le sien. Il adopterait donc une approche anthropomorphique, consciente ou inconsciente. Autre explication, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e par le Dr F\u00e9r\u00e9: pour plaire \u00e0 son propri\u00e9taire, le chien imiterait certaines de ses attitudes. Certains estiment que c\u2019est m\u00eame cette facult\u00e9 qui a permis l\u2019\u00e9volution du loup vers le chien. Et, plus pol\u00e9mique, le ma\u00eetre s\u2019adapterait aussi et calquerait certains de ses comportements sur ceux de son chien. Il va sans dire que la deuxi\u00e8me proposition a plus de mal \u00e0 passer que la premi\u00e8re&#8230;<\/p>\n<figure id=\"attachment_9922\" aria-describedby=\"caption-attachment-9922\" style=\"width: 100px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9922\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/livre_animal_73.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"150\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9922\" class=\"wp-caption-text\">Le chien na\u00eet misanthrope. Animaux fous et fous des animaux dans la psychiatrie fran\u00e7aise du XIXe si\u00e8cle. Ainsi que: Des rats,<br \/>des chiens et des psys. Repenser l\u2019interaction humain\/animal dans l\u2019histoire des sciences du psychisme (XIX-XXIe si\u00e8cles).<br \/>Par Aude Fauvel. Revue d\u2019histoire des sciences humaines, n\u00b028 (2016). journals.openedition.org\/rhsh\/1298<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis deux si\u00e8cles, les th\u00e9rapeutes se posent des questions sur les liens qui existeraient entre le psychisme animal et humain. 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