{"id":10036,"date":"2019-09-26T08:20:36","date_gmt":"2019-09-26T06:20:36","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=10036"},"modified":"2024-01-31T10:20:26","modified_gmt":"2024-01-31T08:20:26","slug":"en-promenade-dans-la-ville-aux-250-parcs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/en-promenade-dans-la-ville-aux-250-parcs\/","title":{"rendered":"En promenade dans la ville aux 250 parcs"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9949\" aria-describedby=\"caption-attachment-9949\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9949\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_1.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_1.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_1-389x260.jpg 389w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9949\" class=\"wp-caption-text\">Montal\u00e8gre. M\u00e9connu, ce parc de poche est typique des ann\u00e9es 50, avec son chemin dall\u00e9 et ses placettes polygonales.<br \/>Nicole Chuard \u00a9UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>De Montal\u00e8gre \u00e0 Derri\u00e8re-Bourg, en passant par Mon-Repos: trois espaces verts, qui remontent le temps et racontent l\u2019histoire de Lausanne. Une ville amoureuse de ses jardins et qui les cultive depuis plus de deux si\u00e8cles.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>\u00abIl y a effectivement un grand nombre de parcs et de jardins publics \u00e0 Lausanne. La topographie y est sans doute pour beaucoup! Avec sa forte d\u00e9clivit\u00e9, c\u2019est une ville propice aux belv\u00e9d\u00e8res, esplanades, points de vue. Mais cet int\u00e9r\u00eat pour les lieux de promenade, n\u00e9 au XIXe si\u00e8cle, a toujours subsist\u00e9 et il est particuli\u00e8rement vivace aujourd\u2019hui\u00bb, lance Dave L\u00fcthi, professeur d\u2019histoire de l\u2019architecture et du patrimoine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Il faudrait pour arpenter cet incroyable patrimoine vert bien davantage qu\u2019une journ\u00e9e. Imaginez: plus de 250 parcs priv\u00e9s et publics, soit 350 hectares de terrains am\u00e9nag\u00e9s, arboris\u00e9s, du jardin \u00e0 la fran\u00e7aise au parc contemporain! On y retrouve tous les styles, toutes les modes, toutes les \u00e9poques pour un condens\u00e9 de sociologie urbaine. Car un parc, c\u2019est d\u2019abord un t\u00e9moin historique, qui en dit long sur le d\u00e9veloppement des villes. \u00abOn sait par exemple que, avant d\u2019\u00eatre \u00e0 Montriond, le premier jardin botanique \u00e9tait situ\u00e9 dans l\u2019Est lausannois pour \u00e9duquer les enfants des familles bourgeoises. Alors que les jardins familiaux se sont toujours trouv\u00e9s dans l\u2019ouest de la ville, pr\u00e8s des zones ouvri\u00e8res.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_9953\" aria-describedby=\"caption-attachment-9953\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9953\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_carte.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_carte.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_carte-260x260.jpg 260w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_carte-250x250.jpg 250w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_carte-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9953\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9?Stefanie Wauters<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Montal\u00e8gre, le m\u00e9connu<\/strong><\/p>\n<p>Ainsi, pour fl\u00e2ner \u00e0 travers le temps, on peut commencer par le minuscule parc de Montal\u00e8gre, accroch\u00e9 au raidillon de Bellevue. Pourquoi? Parce qu\u2019il est totalement m\u00e9connu, m\u00eame des Lausannois, parce qu\u2019on ne s\u2019y arr\u00eate jamais \u00e0 moins d\u2019\u00eatre un habitant du quartier et parce qu\u2019il pourrait d\u00e9tenir la palme du plus petit espace arboris\u00e9 de la ville. Et pourtant, il raconte toute une p\u00e9riode du d\u00e9veloppement urbain: au tournant du XXe si\u00e8cle, quand la population augmente, il devient urgent d\u2019accro\u00eetre l\u2019alimentation en eau potable. La zone entre B\u00e9thusy et Mon-Repos n\u2019est alors qu\u2019une vaste campagne et, en 1901, on y installe une citerne de 4200 m3 pour stocker l\u2019eau en provenance des sources du Pays-d\u2019Enhaut.<\/p>\n<p>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0, sur cette terrasse qui chapeaute le r\u00e9servoir, que sera am\u00e9nag\u00e9, en 1952, le parc de Montal\u00e8gre. \u00abOn sort du XIXe si\u00e8cle \u00e0 la mentalit\u00e9 hygi\u00e9niste. On pense qu\u2019il faut prendre l\u2019air, cultiver une vie saine par des activit\u00e9s physiques. C\u2019est un parc de quartier, qui a alors une fonction de salubrit\u00e9 publique, mais qui est aussi lieu de rencontres pour les m\u00e8res qui prom\u00e8nent leurs enfants\u00bb, explique Dave L\u00fcthi.<\/p>\n<p>Son esth\u00e9tique est typique de ces ann\u00e9es-l\u00e0: un chemin dall\u00e9 avec de l\u2019herbe qui affleure, des placettes en forme de polygones et un espace de pelouse au centre. La ramure sombre des r\u00e9sineux \u2013 pins m\u00e9diterran\u00e9ens, haie d\u2019ifs \u2013 contraste avec le feuillage argent\u00e9 des bouleaux, tandis que la tache explosive d\u2019un rhododendron donne une gaiet\u00e9 enfantine \u00e0 ce parc au charme d\u00e9suet. Les arbres anciens ont d\u00e9sormais ferm\u00e9 l\u2019\u00e9chapp\u00e9e sur le lac: on n\u2019y vient plus pour la vue, mais pour m\u00e9diter \u00e0 l\u2019abri des regards, sous l\u2019auvent m\u00e9lancolique d\u2019un vieux cerisier.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9950\" aria-describedby=\"caption-attachment-9950\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9950\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_2.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_2.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_2-389x260.jpg 389w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9950\" class=\"wp-caption-text\">Mon-Repos. Ce parc plein de surprises est le plus fascinant de Lausanne. Ici, la cascade romantique et la ligne de fuite qui d\u00e9voile en partie la maison de ma\u00eetre.<br \/>Nicole Chuard \u00a9UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Mise en sc\u00e8ne \u00e0 Mon-Repos<\/strong><\/p>\n<p>Il suffit de descendre de quelques m\u00e8tres pour entrer par le nord-est dans le plus grand et le plus fascinant parc de la ville: Mon-Repos. On croit le conna\u00eetre, mais ses recoins nous \u00e9chappent, ses circuits tout en rondeurs et vallonnements nous entra\u00eenent \u00e0 chaque fois devant une nouvelle sc\u00e8ne. Car c\u2019est bien \u00e7a qui se joue ici: une mise en sc\u00e8ne, un cadrage savamment \u00e9tudi\u00e9 du paysage. Comme cette tour n\u00e9ogothique, avec sa grotte et sa cascade bord\u00e9e aujourd\u2019hui de goun\u00e9ras, qui forment un d\u00e9cor romantique sur les hauts du parc. Sans doute un point de vue pour admirer le panorama, mais aussi l\u2019expression d\u2019un go\u00fbt pour les monuments anciens que l\u2019on d\u00e9couvre au d\u00e9tour de chemins sinueux. \u00abOn faisait du faux vieux, on gravait de fausses dates sur les monuments. C\u2019\u00e9tait le dernier chic au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle\u00bb, sourit Dave L\u00fcthi.<\/p>\n<p>Ce bel exemple de jardin pittoresque, on le doit \u00e0 Vincent Perdonnet, richissime banquier, qui s\u2019est piqu\u00e9 de botanique \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re. Quand il acquiert le domaine de Mon-Repos en 1825, il voit les choses en grand et mandate un paysagiste parisien pour am\u00e9nager l\u2019espace&#8230; \u00e0 l\u2019anglaise! \u00abTr\u00e8s \u00e0 la mode \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le jardin paysager laisse tomber la sym\u00e9trie pour le myst\u00e8re, la surprise. Le parc a une forme ovo\u00efde, et tous ses sentiers forment des boucles irr\u00e9guli\u00e8res \u00e0 partir de la maison de ma\u00eetre. On ne sait jamais o\u00f9 vont les chemins, on devine petit \u00e0 petit les choses, ce qui rend le territoire visuellement plus grand qu\u2019il ne l\u2019est.\u00bb<\/p>\n<p>Le propri\u00e9taire des lieux fait \u00e9galement venir de la capitale fran\u00e7aise des vases en fonte, que l\u2019on peut toujours voir devant la demeure principale, installe dans un \u00e9difice en arc de cercle les \u00e9curies, avec un bassin pour laver les chevaux \u2013 aujourd\u2019hui mare aux n\u00e9nuphars \u2013 entre un poulailler et une lapini\u00e8re \u2013 les deux voli\u00e8res actuelles. Roseraie, fabrique (la Folie Voltaire) et surtout l\u2019Orangerie, magnifique b\u00e2tisse construite en calcaire jaune et situ\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Tribunal F\u00e9d\u00e9ral, sont autant de t\u00e9moins silencieux d\u2019une \u00e9poque, o\u00f9 l\u2019on s\u2019entichait de plantes exotiques. \u00abOn acclimatait les palmiers, les agrumes, ainsi que l\u2019ananas. D\u00e8s 1780, cette plante est entr\u00e9e dans les collections de notables, un peu par snobisme mais aussi par go\u00fbt de la botanique. Elle faisait m\u00eame l\u2019objet de concours au sein de la bonne soci\u00e9t\u00e9\u00bb, souligne le sp\u00e9cialiste du patrimoine.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9951\" aria-describedby=\"caption-attachment-9951\" style=\"width: 394px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9951\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_3.jpg\" alt=\"\" width=\"394\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_3.jpg 394w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_3-174x260.jpg 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 394px) 100vw, 394px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9951\" class=\"wp-caption-text\">Mon-Repos. Ce parc plein de surprises est le plus fascinant de Lausanne. Ici, la cascade romantique et la ligne de fuite qui d\u00e9voile en partie la maison de ma\u00eetre.<br \/>Nicole Chuard \u00a9?UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Collection d\u2019arbres rares<\/strong><\/p>\n<p>Impossible de ne pas se rendre compte de l\u2019incroyable collection d\u2019essences rares rassembl\u00e9es dans ce parc: c\u00e8dres, s\u00e9quoias, pins noirs, ginkgos et autre catalpa d\u00e9coratif, avec ses longues gousses noires qui apparaissent \u00e0 l\u2019automne. Souvent dispos\u00e9s avant m\u00eame que la maison ne soit construite, les arbres \u00e9taient orchestr\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 cr\u00e9er, ici un effet de contre-jour, l\u00e0 une \u00e9chapp\u00e9e sur le lac ou un point de vue sur une fa\u00e7ade. On s\u2019en doute: tout ici est ma\u00eetris\u00e9. M\u00eame ce monument comm\u00e9moratif, en souvenir de la fille Perdonnet, install\u00e9 \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un grand arbre, fait partie du d\u00e9corum en vogue \u00e0 l\u2019\u00e9poque. La nature \u00e9tait un lieu propice \u00e0 la m\u00e9ditation. O\u00f9 l\u2019on aimait aller lire, penser \u00e0 la vie, \u00e0 la mort dans un \u00e9lan philosophico-m\u00e9lancolique. Memento mori&#8230;<\/p>\n<p>On ressort du parc par l\u2019all\u00e9e principale, incurv\u00e9e et grandiose, bord\u00e9e de tulipiers de Virginie. Au portail, il vaut la peine de se retourner pour jeter un coup d\u2019\u0153il en arri\u00e8re. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on mesure toute la force de cette ligne de fuite: le chemin qui guide le regard jusqu\u2019\u00e0 la maison de ma\u00eetre, laquelle n\u2019appara\u00eet jamais de face, mais en biais, comme une coquette entre les hautes frondaisons. Avec la place ronde juste devant, o\u00f9 tournaient les cal\u00e8ches&#8230;<\/p>\n<p>En franchissant le portail, \u2013 plus tardif, il date de 1920, quand le parc a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9 par la Ville et est devenu public \u2013 Dave L\u00fcthi s\u2019exclame: \u00abEt dire qu\u2019ici, il n\u2019y avait rien. Juste une vue \u00e0 couper le souffle, une campagne viticole, des pr\u00e9s et des vergers, peut-\u00eatre quelques villas \u00e0 l\u2019avenue de Rumine&#8230;\u00bb Et de poursuivre: \u00abEn fait, les grands parcs lausannois sont les vestiges d\u2019anciens domaines patriciens ou bourgeois, qui \u00e9taient situ\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la cit\u00e9. C\u2019est aussi le cas de l\u2019Hermitage ou du Denantou. Mais ils ont \u00e9t\u00e9 rattrap\u00e9s par l\u2019extension du tissu urbain, qui a vu son nombre d\u2019habitants quadrupler entre 1850 et 1900.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_9952\" aria-describedby=\"caption-attachment-9952\" style=\"width: 590px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9952\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_4.jpg\" alt=\"\" width=\"590\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_4.jpg 590w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/parc_73_4-389x260.jpg 389w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9952\" class=\"wp-caption-text\">Derri\u00e8re-Bourg. Les arceaux de ramilles donnent le ton: ce parc est ordonn\u00e9 avec pr\u00e9cision et pla\u00eet aux amateurs de g\u00e9om\u00e9trie.<br \/>Nicole Chuard \u00a9UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>La g\u00e9om\u00e9trie \u00e0 Derri\u00e8re-Bourg<\/strong><\/p>\n<p>En remontant la rue Etraz, on se prend \u00e0 r\u00eaver de cette \u00e9poque o\u00f9 la cit\u00e9 se calfeutrait derri\u00e8re ses remparts, serr\u00e9e autour de la cath\u00e9drale. Et que tout alentour n\u2019\u00e9tait que pleins champs, ondulations de vignes jusqu\u2019au lac&#8230;<\/p>\n<p>Avant d\u2019entrer dans le parc Derri\u00e8re-Bourg, \u2013 plus connu aujourd\u2019hui sous le nom du parc de la Grenouille \u2013 il faut imaginer les lieux en 1785: la place Saint-Fran\u00e7ois qui n\u2019en \u00e9tait pas une, mais o\u00f9 se trouvait encore un ancien couvent franciscain, flanqu\u00e9 d\u2019un casino avec ses colonnes, sur la gauche, et d\u2019une all\u00e9e de maisons patriciennes le long de l\u2019actuelle rue Benjamin-Constant.<\/p>\n<p>\u00abLe parc Derri\u00e8re-Bourg \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une promenade publique, qui avait une vue magnifique sur le lac et les Alpes. Il \u00e9tait situ\u00e9 en-dehors des murs d\u2019enceinte. Si vous aimez l\u2019ordre et la g\u00e9om\u00e9trie, il faut venir ici\u00bb, lance Dave L\u00fcthi. R\u00e9am\u00e9nag\u00e9 et agrandi plusieurs fois, il n\u2019a cess\u00e9 de se d\u00e9velopper, de se modifier avec ses deux terrasses de style distinct. Celle du haut, con\u00e7ue \u00e0 la fran\u00e7aise, avec son bassin circulaire au centre, a une forme triangulaire. Tout y est ordonn\u00e9 avec pr\u00e9cision, de la rang\u00e9e de tilleuls taill\u00e9s en parasol aux arceaux de charmilles qui rappellent ceux de l\u2019Esplanade Montbenon, dus au m\u00eame paysagiste, Andr\u00e9 F. Desarzens.<\/p>\n<p>On peut encore y voir les traces des diff\u00e9rentes \u00e9poques, comme les petites lampes vintage (1950), fich\u00e9es en terre, qui semblent attendre Gene Kelly pour danser sur la pelouse. Ou les balconnets accroch\u00e9s au mur de sout\u00e8nement (1913), qui ont sans aucun doute accueilli les mains du chansonnier Jean Villard Gilles&#8230;<\/p>\n<p>Mais que l\u2019on passe \u00e0 la terrasse inf\u00e9rieure, et c\u2019est une tout autre configuration qui s\u2019\u00e9tale sous les pieds du visiteur. Petit sentier dall\u00e9 et sinueux qui ondule entre des bassins octogonaux, massifs floraux qui rappellent la mosa\u00efculture, glycines ombrageuses qui encadrent une grande fontaine. \u00abDessin\u00e9 par Albert Yersin, cet am\u00e9nagement est le dernier vestige d\u2019une exposition d\u2019art paysager tr\u00e8s contest\u00e9e organis\u00e9e en 1960\u00bb, peut-on lire dans le livre <em>Lausanne &#8211; Parcs et jardins publics<\/em>, dont les textes publi\u00e9s en 2014 sous la direction de Dave L\u00fcthi sont issus d\u2019un s\u00e9minaire de recherche men\u00e9 en Facult\u00e9 des lettres.<\/p>\n<p>\u00c0 la place des petits massifs color\u00e9s d\u2019autrefois, on voit d\u00e9sormais de hautes tiges un peu folles, des c\u00f4tes de bette qui campent pr\u00e8s des na\u00efves gueules de loup&#8230; L\u2019art des jardins n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00e9voluer, le choix des essences ob\u00e9it \u00e0 de nouvelles injonctions, \u00e0 l\u2019instar de la permaculture qui a r\u00e9volutionn\u00e9 la mani\u00e8re de jardiner jusque dans les villes. \u00abOn pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9sormais les herbes floues pour un effet impressionniste, des tons gris-vert plus naturels. On veut que les jardins soient autosuffisants, propices \u00e0 la biodiversit\u00e9. On les entretient avec des vivaces moins gourmandes en eau et des plantes moins co\u00fbteuses. Mais il faut relever que les parcs lausannois sont tous rest\u00e9s tr\u00e8s investis, les gens aiment y venir en toutes saisons\u00bb, conclut Dave L\u00fcthi. Si Derri\u00e8re-Bourg \u00e9tait autrefois un lieu silencieux, o\u00f9 l\u2019on pouvait prendre l\u2019air loin de l\u2019agitation urbaine, il est aujourd\u2019hui au c\u0153ur m\u00eame de la ville. Un peu moins calme, mais toujours aussi ressour\u00e7ant. Comme le sont tous les espaces verts plant\u00e9s au milieu du b\u00e9ton.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9911\" aria-describedby=\"caption-attachment-9911\" style=\"width: 262px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9911\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/DaveLuthi_73.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/DaveLuthi_73.jpg 262w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/DaveLuthi_73-173x260.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9911\" class=\"wp-caption-text\">Dave L\u00fcthi. Professeur associ\u00e9 \u00e0 la Section d\u2019histoire de l\u2019art (Facult\u00e9 des lettres). Nicole Chuard \u00a9 UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<h3>Les cinq parcs de Dave L\u00fcthi<\/h3>\n<p>Le plus insolite: la Vall\u00e9e de la Jeunesse, que l\u2019on doit \u00e0 l\u2019Expo nationale de 1964. C\u2019est la partie inf\u00e9rieure de la vall\u00e9e du Flon, qui \u00e9tait une d\u00e9charge \u00e0 ciel ouvert&#8230; Ce parc existe toujours, mais peu de gens savent encore pourquoi. C\u2019est un endroit incroyable, qui a pass\u00e9 de l\u2019\u00e9gout \u00e0 la roseraie.<\/p>\n<p>Le plus ancien: la place de la Cath\u00e9drale est le premier parc public intra muros, am\u00e9nag\u00e9 par les Autorit\u00e9s bernoises en 1715. On allait s\u2019y promener entre les all\u00e9es d\u2019arbres, pour regarder le panorama ou lire \u00e0 l\u2019ombre des tilleuls.<\/p>\n<p>Le plus exotique: le jardin botanique, install\u00e9 sur la colline de Montriond en 1937, compte plus de 1700 plantes saxicoles provenant d\u2019une collection priv\u00e9e. Et surtout un magnifique jardin alpin, tr\u00e8s \u00e0 la mode au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle au moment de l\u2019engouement pour les Alpes. En tout, quelque 6000 plantes alpines, m\u00e9dicinales, carnivores, tropicales&#8230;<\/p>\n<p>Le plus zen: le Bois-de-Vaux, parce que c\u2019est \u00e0 la fois un parc et un cimeti\u00e8re. Construit comme une ville dans la ville, avec ses all\u00e9es, ses places, ses buis taill\u00e9s, il n\u2019est pas triste du tout, gr\u00e2ce aussi \u00e0 une arborisation exceptionnelle de cypr\u00e8s, peupliers, micocouliers&#8230; On en oublie parfois les pierres tombales.<\/p>\n<p>Le plus ressour\u00e7ant: les jardins de l\u2019Hermitage, ancien domaine de la famille Bugnion. Avec son all\u00e9e courbe, son c\u00e8dre de l\u2019Atlas, la prairie qui monte vers le Signal, sa colonne romaine cach\u00e9e au milieu des arbustes sombres, c\u2019est un parc qui joue sur les registres pittoresque, rustique et m\u00e9lancolique. On y trouve surtout un grand calme et de belles vues panoramiques.<\/p>\n<figure id=\"attachment_9932\" aria-describedby=\"caption-attachment-9932\" style=\"width: 100px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9932\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/livre_parc_73.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"134\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9932\" class=\"wp-caption-text\">Lausanne &#8211; Parcs et jardins publics. Par Dave L\u00fcthi et al.<br \/>Ed. SHAS (2014), 223 p.<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Montal\u00e8gre \u00e0 Derri\u00e8re-Bourg, en passant par Mon-Repos: trois espaces verts, qui remontent le temps et racontent l\u2019histoire de Lausanne. 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