{"id":10027,"date":"2019-09-26T08:22:18","date_gmt":"2019-09-26T06:22:18","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=10027"},"modified":"2020-07-29T10:03:54","modified_gmt":"2020-07-29T08:03:54","slug":"ados-et-sexting-etude-sur-une-pratique-presque-ordinaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/ados-et-sexting-etude-sur-une-pratique-presque-ordinaire\/","title":{"rendered":"Ados et sexting: \u00e9tude sur une pratique presque ordinaire"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9965\" aria-describedby=\"caption-attachment-9965\" style=\"width: 433px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9965\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/sexting_73_1.jpg\" alt=\"\" width=\"433\" height=\"590\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/sexting_73_1.jpg 433w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/sexting_73_1-191x260.jpg 191w\" sizes=\"auto, (max-width: 433px) 100vw, 433px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9965\" class=\"wp-caption-text\">Illustration \u00a9 Louiza<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Quel genre de photos sexy s\u2019envoient les ados, pourquoi certains les partagent \u00e0 l\u2019insu de l\u2019exp\u00e9diteur et quelle est la meilleure pr\u00e9vention pour \u00e9viter le harc\u00e8lement de ceux qui ne souhaitaient pas d\u00e9voiler leur intimit\u00e9 \u00e0 toute l\u2019\u00e9cole? R\u00e9ponses de Yara Barrense-Dias, criminologue et chercheuse.<\/em><\/p>\n<p>Les adolescents appellent \u00e7a des nudes. Les m\u00e9dias et les adultes, eux, parlent de <em>sexting<\/em>. Contraction des termes anglais sex et texting \u2013 envoi de messages texte par sms \u2013 le <em>sexting<\/em> est la transmission \u00e9lectronique de mat\u00e9riel \u00e0 caract\u00e8re sexuel entre deux personnes. Si visionner et s\u2019\u00e9changer de tels contenus n\u2019est pas nouveau, les progr\u00e8s de la technologie et le triomphe des smartphones ont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 cette pratique qui, au d\u00e9part, n\u2019a rien de r\u00e9pr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Envoyer un petit <em>nude<\/em> pour pimenter une relation ou pour faire plaisir \u00e0 l\u2019autre, \u00e7a ne mange pas de pain. Quoique. Si, un jour ou l\u2019autre, le ou la destinataire d\u00e9cide de partager ce genre de clich\u00e9s intimes via les r\u00e9seaux sociaux ou diverses messageries, les probl\u00e8mes risquent de commencer. Pour la victime de cette trahison, les cons\u00e9quences vont parfois jusqu\u2019au harc\u00e8lement, m\u00eame physique, et sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart par les copains d\u2019\u00e9cole qui s\u2019\u00e9rigent en gardiens intransigeants de la morale.<\/p>\n<p>Criminologue de formation, charg\u00e9e de recherche dans le Groupe de recherche sur la sant\u00e9 des adolescents d\u2019Unisant\u00e9, le nouveau Centre universitaire de m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et sant\u00e9 publique \u00e0 Lausanne, Yara Barrense-Dias est co-auteure et principale investigatrice de l\u2019\u00e9tude intitul\u00e9e <em>La sexualit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique: les adolescents et le sexting 2.0, 2e phase<\/em> publi\u00e9e au printemps 2019. Il y a trois ans, elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la pratique du <em>sexting<\/em> des 16-21 ans(1). \u00abContinuer notre approche exploratoire en incluant les opinions et les interpr\u00e9tations des 12 \u00e0 15 ans nous a permis d\u2019avoir une vision compl\u00e8te de la probl\u00e9matique du sexting.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Premiers cas aux \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<p>\u00c2g\u00e9e de bient\u00f4t 30 ans, Yara Barrense-Dias n\u2019a pas connu les heurs et malheurs du <em>sexting<\/em> lorsqu\u2019elle \u00e9tait adolescente. Sa d\u00e9couverte du ph\u00e9nom\u00e8ne date de 2014. Dans le cadre de son master, elle collabore alors avec la Division pr\u00e9vention de la police cantonale vaudoise. Les collaborateurs de cette division avaient sorti un jeu sur le <em>sexting<\/em>. \u00abJe me suis demand\u00e9: qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette pratique?\u00bb De retour \u00e0 son bureau, la jeune femme explore le sujet. C\u2019est aux \u00c9tats-Unis que le ph\u00e9nom\u00e8ne a commenc\u00e9 \u00e0 faire la une des m\u00e9dias, dans les ann\u00e9es 2008-2009, apr\u00e8s le suicide de jeunes filles dont les photos d\u00e9nud\u00e9es \u00abtournaient\u00bb sur les t\u00e9l\u00e9phones portables des \u00e9l\u00e8ves de leur \u00e9cole. Yara Barrense-Dias se penche \u00e9galement sur les recherches au niveau suisse, elle ne d\u00e9couvre pas grand-chose. \u00abEn parlant avec des professionnels du terrain, il semblait que des d\u00e9rives, soit des cas de harc\u00e8lement et de cyberharc\u00e8lement, commen\u00e7aient \u00e0 se profiler. Elle se met donc en piste avec les r\u00e9sultats que l\u2019on conna\u00eet.<\/p>\n<p>Un total de 36 jeunes (56% de gar\u00e7ons) \u00e2g\u00e9s de 12 \u00e0 15 ans ou fr\u00e9quentant encore l\u2019\u00e9cole obligatoire ont particip\u00e9 aux entretiens. Selon l\u2019\u00e9tude JAMES (2016) sur l\u2019utilisation des m\u00e9dias par les jeunes en Suisse, 10% des 12-15 ans avaient d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 une photo\/vid\u00e9o aguicheuse\/\u00e9rotique d\u2019eux-m\u00eames, et 53% en avaient d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u. Le pic de la production <em>sexting<\/em> se situe vers 13-14 ans. La chercheuse s&rsquo;est notamment adress\u00e9e aux enseignants, via la Direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019enseignement obligatoire, pour trouver des \u00e9l\u00e8ves volontaires. Facile \u00e0 convaincre, la DGEO? \u00abC\u2019est tr\u00e8s dur de passer par les \u00e9coles dans le canton de Vaud. De plus, c\u2019est un sujet d\u00e9licat et qui peut faire peur.\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_9971\" aria-describedby=\"caption-attachment-9971\" style=\"width: 257px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9971\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/YaraBarrenseDias_73.jpg\" alt=\"\" width=\"257\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/YaraBarrenseDias_73.jpg 257w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/YaraBarrenseDias_73-170x260.jpg 170w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9971\" class=\"wp-caption-text\">Yara Barrense-Dias. Charg\u00e9e de recherche dans le Groupe de recherche sur la sant\u00e9 des adolescents \u00e0 Unisant\u00e9, Centre universitaire de m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et sant\u00e9 publique Lausanne.<br \/>Nicole Chuard \u00a9UNIL<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Tous au parfum<\/strong><\/p>\n<p>Car ce th\u00e8me touche \u00e0 l\u2019intime et \u00e0 la sexualit\u00e9. Yara Barrense-Dias et ses deux coll\u00e8gues ont d\u2019ailleurs choisi de s\u00e9parer filles et gar\u00e7ons, pour \u00ab\u00e9viter toute g\u00eane et adaptation de leurs paroles\u00bb, et ont form\u00e9 des groupes de discussion de 5 \u00e0 8 jeunes qui ont dur\u00e9 90 minutes chacun. Le but? \u00abNous ne nous int\u00e9ressions pas \u00e0 leur propre pratique, sinon nous aurions men\u00e9 des entretiens individuels. Nous voulions vraiment avoir une opinion g\u00e9n\u00e9rale sur tout ce qui se passe actuellement concernant le <em>sexting<\/em>, ce que les adolescents voient, ce qu\u2019ils en pensent. Les groupes focus sont tr\u00e8s int\u00e9ressants, car un d\u00e9bat peut avoir lieu entre les participants. La parole y \u00e9tait ais\u00e9e. Tous, sans exception, avaient \u00e0 un moment donn\u00e9 une histoire \u00e0 raconter.\u00bb<\/p>\n<p>Si l\u2019essor colossal des smartphones a facilit\u00e9 l\u2019envoi de nudes, une application joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans les m\u0153urs adolescentes: Snapchat, soit Snap dans le langage jeune, qui permet de partager gratuitement photos et vid\u00e9os. \u00abC\u2019est sur Snapchat que tout se passe\u00bb, raconte une fille de 14 ans cit\u00e9e dans l\u2019\u00e9tude. Si les envois n\u2019\u00e9taient visibles que durant une \u00e0 dix secondes par le destinataire, r\u00e9cemment, les r\u00e8gles de cette application n\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Stanford, ont chang\u00e9 et la dur\u00e9e n\u2019est plus forc\u00e9ment limit\u00e9e. De toute fa\u00e7on, il est facile de contourner cette contrainte pour la personne qui re\u00e7oit une photo, gr\u00e2ce \u00e0 des captures d\u2019\u00e9cran \u2013 des <em>screens<\/em> \u2013 et autres syst\u00e8mes D.<\/p>\n<p><strong>Des \u00abnudes\u00bb pas si \u00abnude\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Tr\u00eave de pr\u00e9liminaires, passons \u00e0 la question cl\u00e9: que voit-on concr\u00e8tement sur ces nudes? Au risque d\u2019en d\u00e9cevoir certains, les nudes ne sont pas aussi&#8230; nude que \u00e7a. \u00abIl s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que la nudit\u00e9 totale restait peu utilis\u00e9e par les jeunes qui sont plus dans la suggestion\u00bb, indique Yara Barrense-Dias. De fait, la gamme de ce genre de selfies est large: elle va de la position aguicheuse, une tendance plut\u00f4t f\u00e9minine, \u00e0 la photographie crue de son propre sexe, une strat\u00e9gie \u00abdroit au but\u00bb clairement masculine. Entre les deux, l\u2019\u00e9ventail est tr\u00e8s large. Une adolescente de 13 ans explique pourquoi les copains ne font pas dans la dentelle: \u00abIls ont vraiment rien \u00e0 montrer en fait presque.\u00bb Voil\u00e0 qui est dit.<\/p>\n<p>N\u2019emp\u00eache, atouts \u00e0 d\u00e9voiler ou pas, les jeunes hommes sont aussi nombreux que les jeunes filles \u00e0 envoyer ce genre de photos, selon Yara Barrense-Dias qui cite l\u2019\u00e9tude James. Les raisons sont multiples: d\u00e9sir de s\u00e9duire, faire plaisir \u00e0 son petit ami ou sa petite amie du moment, sans r\u00e9fl\u00e9chir aux cons\u00e9quences possibles, r\u00e9pondre \u00e0 des demandes r\u00e9it\u00e9r\u00e9es de photos, c\u00e9der \u00e0 une sorte de pression ou de chantage \u2013 \u00absi tu n\u2019envoies pas cette photo, je ne suis plus avec toi\u00bb ou \u00absi tu n\u2019envoies pas cette photo, je ne me mets pas avec toi\u00bb. La chercheuse constate qu\u2019en comparaison avec les participants (des 16-21 ans) interrog\u00e9s en 2016, les plus jeunes ont \u00e9t\u00e9 beaucoup plus nombreux \u00e0 ne pas comprendre les raisons pour lesquelles une personne envoie un nude. Cit\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude, un gar\u00e7on de 14 ans constate: \u00abC\u2019est pas intelligent d\u2019envoyer, il faut tout montrer en face.\u00bb \u00c0 voir quel effet inattendu pourrait avoir ce genre de d\u00e9ballage sans \u00e9cran. En tout cas, cette tactique a un m\u00e9rite: pas de photo, pas de partage \u00e0 l\u2019insu de son plein gr\u00e9. Un gar\u00e7on de 13 ans raconte la m\u00e9saventure de l\u2019un de ses amis: \u00abIl avait envoy\u00e9, je crois \u00e0 sa copine, et au bout d\u2019un mois ils se sont s\u00e9par\u00e9s et genre, apr\u00e8s les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 quand ils ont rejoint l\u2019\u00e9cole, il se faisait harceler, il se faisait cracher dessus, etc.\u00bb Ce genre d\u2019exp\u00e9rience semble \u00eatre courant.<\/p>\n<p><strong>Go\u00fbt de vengeance<\/strong><\/p>\n<p>Au fait, quelle mouche a piqu\u00e9 les petits mufles qui partagent ces photos intimes? Yara Barrense-Dias constate: \u00abOn a souvent entendu parler du <em>revengeporn<\/em>: il y a rupture amoureuse et donc on se venge. Cependant, dans nos enqu\u00eates, beaucoup r\u00e9pondent que \u201cc\u2019\u00e9tait pour rire\u201d. Il y a une volont\u00e9 de reconnaissance des pairs. C\u2019est assez similaire \u00e0 tout ce qui a trait au harc\u00e8lement.\u00bb La Vaudoise se demande si derri\u00e8re l\u2019explication \u00abc\u2019est pour rire\u00bb ne se cache pas une envie de faire souffrir la personne. D\u2019autres motivations sont \u00e9galement ressorties lors des discussions pour expliquer les partages ind\u00e9licats: par fiert\u00e9, pour se rendre int\u00e9ressant au sein d\u2019un groupe, pour se moquer, par inconscience, pour partager un contenu choquant. Certains ados montrent les photos sur leur smartphone au lieu de les envoyer. Le probl\u00e8me? Ce genre de pratique peut engendrer des rumeurs et donc \u00e9galement des insultes.<\/p>\n<p>Si les gar\u00e7ons pratiquent autant les <em>nudes<\/em> que les filles, d\u2019apr\u00e8s les observations de l\u2019\u00e9quipe de recherche, ils semblent recevoir plus de photos que les filles. Yara Barrense-Dias commente: \u00abPeut-\u00eatre qu\u2019ils en demandent plus et en re\u00e7oivent donc plus, ou alors ils se retrouvent plus dans les cha\u00eenes de partage. Nous avons \u00e9galement constat\u00e9 qu\u2019ils sont \u00e9galement plus souvent les auteurs de ces partages.\u00bb<\/p>\n<p>Autre in\u00e9galit\u00e9: lorsque de tels clich\u00e9s sont diffus\u00e9s, les r\u00e9actions sont beaucoup moins vives et les cas de moqueries et de harc\u00e8lement beaucoup moins fr\u00e9quents s\u2019il s\u2019agit d\u2019un gar\u00e7on. Les railleries durent \u00e9galement moins longtemps. Dans l\u2019\u00e9tude, une jeune fille de 15 ans constate: \u00abS\u2019il y a la photo d\u2019un gars qui tourne, les autres gars vont dire \u201cc\u2019est un beau gosse\u201d, alors que si c\u2019est une fille, on va dire que \u201cc\u2019est une pute\u201d.\u00bb<\/p>\n<p>Yara Barrense-Dias fait un parall\u00e8le avec le jugement de la sexualit\u00e9 d\u2019apr\u00e8s le genre. \u00abSi une fille a couch\u00e9 avec dix gar\u00e7ons, on va dire que c\u2019est une pute. Si c\u2019est un gar\u00e7on, on va dire que c\u2019est un Don Juan. On n\u2019est pas sorti de ce clich\u00e9.\u00bb Elle pense que c\u2019est cette forme d\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre filles et gar\u00e7ons qui perdure dans cette pratique-l\u00e0. \u00abJ\u2019irais m\u00eame plus loin: le <em>sexting<\/em> est juste une nouvelle pratique qui permet ce genre de comportement.\u00bb Les r\u00e9actions n\u00e9gatives et violentes d\u00e9pendraient \u00e9galement de la popularit\u00e9 et du physique de l\u2019adolescent sur la photo. De telles r\u00e9actions toucheraient donc davantage les personnes plus faibles ou physiquement moins s\u00fbres d\u2019elles.<\/p>\n<p><strong>Pudibonderie adolescente<\/strong><\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce qui se passe dans la t\u00eate de ces ados qui se comportent en mini p\u00e8res-la-pudeur? \u00abCet aspect moralisateur, que j\u2019ai pu constater chez les plus jeunes, d\u00e9pend de leur propre stade de d\u00e9veloppement sexuel, constate Yara Barrense-Dias. Si certains ont d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 certaines choses, ils vont mieux accepter cette pratique, car elle fait partie de leur sexualit\u00e9 et de leur apprentissage. Par contre, s\u2019ils n\u2019ont pas encore d\u2019exp\u00e9rience, ils vont \u00eatre assez d\u00e9gout\u00e9s, comme pour la sexualit\u00e9 de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale.\u00bb<\/p>\n<p>La jeune femme avance que ce genre de r\u00e9actions peut \u00e9galement \u00eatre d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9ducation donn\u00e9e par les parents: \u00abSi on n\u2019a jamais parl\u00e9 de sexualit\u00e9 \u00e0 la maison et que tout d\u2019un coup, on re\u00e7oit ce genre de photos&#8230; quand bien m\u00eame je suis persuad\u00e9e que les ados voient plein de choses sur internet, le fait que ce soit une personne qu\u2019ils connaissent peut les choquer.\u00bb La chercheuse a entendu des jeunes lui dire: \u00abJe ne la vois plus de la m\u00eame mani\u00e8re. Je ne pensais pas qu\u2019elle pouvait faire \u00e7a.\u00bb Elle commente en souriant: \u00abAlors qu\u2019en fait, son ou sa camarade n\u2019a pas fait grand-chose&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>On l\u2019aura compris, il y a encore du chemin \u00e0 parcourir pour sortir de la stigmatisation et du harc\u00e8lement. Les adultes ont un r\u00f4le important \u00e0 jouer dans les cas de <em>sexting<\/em> qui tournent mal. La r\u00e9action qu\u2019il faudrait absolument \u00e9viter quand une victime de harc\u00e8lement vient se confier? Demander: \u00abPourquoi tu as fait \u00e7a?\u00bb Yara Barrense-Dias explique: \u00abSi on arrive en premier avec cette question, frontalement, la personne risque de se fermer et on ne pourra pas l\u2019aider. Il ne faut pas qu\u2019elle s\u2019isole avec ses probl\u00e8mes. La premi\u00e8re chose \u00e0 faire, c\u2019est de la rassurer. Elle est victime et n\u2019a rien fait de r\u00e9pr\u00e9hensible. La personne qui a fait du mal, c\u2019est celle qui a diffus\u00e9 les photos.\u00bb La chercheuse sait que pour certains parents, enseignants ou m\u00e9diateurs, \u00e9viter cette question demande parfois un effort surhumain. \u00c0 leurs yeux, le fautif est celui qui a envoy\u00e9 les photos. \u00ab\u00c7a peut para\u00eet \u00e9tonnant, mais c\u2019est encore compliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019heure actuelle que les personnes-ressources partent de cette optique-l\u00e0, soit que c\u2019est le diffuseur qui est responsable.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Importance de la pr\u00e9vention<\/strong><\/p>\n<p>Au niveau l\u00e9gal, et peu de jeunes semblent le savoir, des poursuites peuvent \u00eatre engag\u00e9es contre quelqu\u2019un qui diffuserait une photo d\u2019une autre personne sans son consentement. Cela inclut les exp\u00e9diteurs secondaires qui continuent \u00e0 partager. Si l\u2019ado sur la photo a moins de 16 ans, il s\u2019agit m\u00eame de contenu p\u00e9dopornographique. Mais le temps que la justice fasse son travail, beaucoup d\u2019eau aura coul\u00e9 sous les ponts et la victime sera retourn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole depuis belle lurette. De plus, elle risque d\u2019\u00eatre harcel\u00e9e de plus belle si elle a port\u00e9 plainte.<\/p>\n<p>Pragmatique, Yara Barrense-Dias compte plus sur la pr\u00e9vention que la r\u00e9pression pour faire changer les choses. Elle d\u00e9plore le caract\u00e8re moralisateur des campagnes de pr\u00e9vention qui ont \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Avec g\u00e9n\u00e9ralement un point de vue: le responsable est celui qui s\u2019est pris en photo. \u00abC\u2019est le cas de la campagne de Pro Juventute avec ce slogan jug\u00e9 peu clair par les jeunes qui ont \u00e9t\u00e9 questionn\u00e9s: \u201cLe <em>sexting<\/em> peut te rendre c\u00e9l\u00e8bre\u201d. Une phrase accompagn\u00e9e de selfies de deux ados d\u00e9nud\u00e9s.\u00bb La chercheuse en est persuad\u00e9e: il faut \u00e9voquer les d\u00e9rives et aussi la pression qui peut \u00eatre faite sur une personne. \u00abMais il faut surtout parler de diffusion, parce que les jeunes ne sont pas tr\u00e8s au clair concernant ce qu\u2019ils ont le droit de faire ou ne pas faire avec ce genre de photos re\u00e7ues.\u00bb Elle regrette \u00e9galement que parmi les campagnes nationales et internationales sur le <em>sexting<\/em> qu\u2019elle a \u00e9tudi\u00e9es, 90% mettent en avant une adolescente victime. \u00abOn stigmatise encore une fois les filles.\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes les d\u00e9rives possibles, une chose a frapp\u00e9 Yara Barrense-Dias: la conception plut\u00f4t positive que les jeunes ont de la pratique du <em>sexting<\/em>. \u00abAujourd\u2019hui, \u00e7a fait partie de l\u2019exploration de soi et de l\u2019autre. \u00bb Avant d\u2019interroger et d\u2019\u00e9couter les jeunes, tout ce que la Vaudoise avait lu dans la litt\u00e9rature \u00e9tait plut\u00f4t tr\u00e8s n\u00e9gatif. \u00abOn d\u00e9crivait le <em>sexting<\/em> comme quelque chose de risqu\u00e9, en lien avec d\u2019autres comportements sexuels \u00e0 risque. Je me disais donc que c\u2019\u00e9tait une activit\u00e9 dangereuse, alors qu\u2019en fait les jeunes m\u2019ont dit que des fois, \u00e7a se passe tr\u00e8s bien et que \u00e7a am\u00e8ne quelque chose \u00e0 la relation.\u00bb<\/p>\n<p>(1) La sexualit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique: les adolescents et le sexting. Par Yara Barrense-Dias, Joan-Carles Suris, Christina Akre.<br \/>\n&gt; i<a href=\"https:\/\/www.iumsp.ch\/Publications\/pdf\/rds269_fr.pdf\">umsp.ch\/Publications\/pdf\/rds269_fr.pdf<\/a> (1\u00e8re phase)<br \/>\n&gt; <a href=\"https:\/\/www.iumsp.ch\/Publications\/pdf\/rds296_fr.pdf\">iumsp.ch\/Publications\/pdf\/rds296_fr.pdf<\/a> (2\u00e8me phase)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quel genre de photos sexy s\u2019envoient les ados, pourquoi certains les partagent \u00e0 l\u2019insu de l\u2019exp\u00e9diteur et quelle est la meilleure pr\u00e9vention pour \u00e9viter le harc\u00e8lement de ceux qui ne &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":825,"featured_media":9966,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[42184,35],"tags":[42166],"class_list":{"0":"post-10027","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-no-73","8":"category-societe","9":"tag-sabine-pirolt"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/825"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10027"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10027\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9966"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}