{"id":10011,"date":"2019-09-26T08:24:29","date_gmt":"2019-09-26T06:24:29","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/?p=10011"},"modified":"2019-11-14T11:17:47","modified_gmt":"2019-11-14T09:17:47","slug":"redecouvrir-catherine-colomb-en-gourmet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/redecouvrir-catherine-colomb-en-gourmet\/","title":{"rendered":"(Re)d\u00e9couvrir Catherine Colomb, en gourmet"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_9908\" aria-describedby=\"caption-attachment-9908\" style=\"width: 433px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-9908\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/colomb_73_1.jpg\" alt=\"\" width=\"433\" height=\"593\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/colomb_73_1.jpg 433w, https:\/\/wp.unil.ch\/allezsavoir\/files\/2019\/09\/colomb_73_1-190x260.jpg 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 433px) 100vw, 433px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-9908\" class=\"wp-caption-text\">Catherine Colomb. Dans le jardin des Passiaux, sa maison \u00e0 Prilly, d\u00e9but des ann\u00e9es 60. \u00a9 Raymonde Chapuis<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Le Centre des litt\u00e9ratures en Suisse romande publie chez Zo\u00e9 une \u00e9dition critique et annot\u00e9e de \u00abTout Catherine Colomb\u00bb. \u00c0 d\u00e9guster par petites bouch\u00e9es comme un mets rare.<\/em><\/p>\n<p>Lire Tout Catherine Colomb est aujourd\u2019hui possible. Plus besoin de se limiter \u00e0 l\u2019habituelle \u2013 et par ailleurs remarquable \u2013 trilogie romanesque constitu\u00e9e par <em>Ch\u00e2teaux en enfance<\/em>, <em>Les esprits de la terre<\/em> et <em>Le temps des anges<\/em>. Gr\u00e2ce au d\u00e9p\u00f4t de ses archives par la famille au Centre des litt\u00e9ratures en Suisse romande de l\u2019UNIL (CLSR) et au magnifique travail r\u00e9alis\u00e9 par celui-ci sous la direction de Daniel Maggetti, on peut d\u00e9sormais se plonger aussi bien dans ses articles de jeunesse parus dans la presse que dans \u00abLes Malfil\u00e2tre\/Vol de mouettes\u00bb, un projet qui l\u2019a occup\u00e9e durant ses derni\u00e8res ann\u00e9es et qui, pour la premi\u00e8re fois, est accessible dans son int\u00e9gralit\u00e9. Riche de 1680 pages r\u00e9unies en un seul volume, cette \u00e9dition critique para\u00eet en novembre aux \u00c9ditions Zo\u00e9. Un \u00e9v\u00e9nement pour gourmet litt\u00e9raire!<\/p>\n<p>Pour ceux qui la d\u00e9couvrent, pr\u00e9cisons que l\u2019\u00e9crivaine, n\u00e9e en 1892 au ch\u00e2teau de Saint-Prex, s\u2019appelait en r\u00e9alit\u00e9 Marie Colomb \u2013 Marion pour ses proches \u2013 avant de devenir Marie Reymond par mariage. Orpheline de m\u00e8re \u00e0 cinq ans, elle est \u00e9lev\u00e9e par sa grand-m\u00e8re maternelle \u00e0 Begnins puis \u00e0 Lausanne o\u00f9, \u00e9l\u00e8ve brillante, elle fait des \u00e9tudes de lettres puis se lance dans une th\u00e8se de doctorat sur B\u00e9at-Louis de Muralt \u2013 un essai int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 cette nouvelle \u00e9dition. On sait aujourd\u2019hui qu\u2019elle commence \u00e0 \u00e9crire avant m\u00eame l\u2019\u00e2ge de 20 ans. Elle ne cessera plus jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1965. Son premier roman, <em>Pile ou Face<\/em>, para\u00eet en 1934 aux \u00c9ditions Attinger, sign\u00e9 Catherine Tissot.<\/p>\n<p>Il lui faudra toutefois attendre la publication du <em>Temps des anges<\/em> chez Gallimard et l\u2019obtention du Prix Rambert en 1962 pour \u00eatre v\u00e9ritablement reconnue. C\u2019est que son \u00e9criture profond\u00e9ment originale et libre avait de quoi surprendre et troubler. Et elle d\u00e9concerte encore: Catherine Colomb ne se lit pas comme un polar.<\/p>\n<p>\u00abC\u2019est incontestablement l\u2019un des \u00e9crivains les plus importants de la litt\u00e9rature romande du XXe si\u00e8cle, notamment par sa capacit\u00e9 \u00e0 inventer, ou r\u00e9inventer, de nouvelles formes romanesques tout en les remettant en jeu \u00e0 chaque fois, se r\u00e9jouit Daniel Maggetti. Elle est en outre \u00e0 la fois tr\u00e8s vaudoise et compl\u00e8tement internationale. Parler allemand, anglais puis utiliser le mot \u201cruclon\u201d ne lui pose aucun probl\u00e8me. Elle r\u00e9ussit \u00e0 utiliser des \u00e9l\u00e9ments fortement ancr\u00e9s dans un contexte r\u00e9gional ou personnel sans jamais tomber dans le local et le pittoresque. C\u2019est en cela que je la trouve particuli\u00e8rement int\u00e9ressante.\u00bb<\/p>\n<p>Catherine Colomb aimait beaucoup Marcel Proust, partageant avec lui la capacit\u00e9 \u00e0 suivre et restituer le murmure des mots. Comme lui, transcendant l\u2019ordinaire, elle fait de la m\u00e9moire et du temps la colonne vert\u00e9brale de ses romans. De quoi parlent-ils? De la bourgeoisie terrienne vaudoise, de ses jalousies, ses r\u00e9ussites et ses \u00e9checs. Mais par-del\u00e0 les intrigues, c\u2019est le travail d\u2019\u00e9criture qui est au premier plan. Tr\u00e8s vite, le lecteur se retrouve ainsi saisi, comme envo\u00fbt\u00e9, par son appropriation subtile et tr\u00e8s personnelle de la reprise, du motif, par l\u2019utilisation r\u00e9currente d\u2019une phrase ou d\u2019une image qui ponctuent tout le r\u00e9cit comme un leitmotiv ou un refrain.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude des archives a par ailleurs permis de mieux comprendre sa fa\u00e7on de travailler. \u00abCatherine Colomb a toujours dit qu\u2019elle \u00e9crivait au fil de la plume, et je crois que c\u2019est vrai, rel\u00e8ve Daniel Maggetti. Proc\u00e9dant par associations d\u2019id\u00e9es, par glissements, elle allait jusqu\u2019au bout d\u2019un r\u00e9cit avant de le reprendre de fond en comble, dans une sorte de palimpseste permanent. Sans plan ni sch\u00e9ma pr\u00e9alable, elle aboutit ainsi \u00e0 une marqueterie extr\u00eamement bien construite, o\u00f9 rien n\u2019est laiss\u00e9 au hasard. Mais on ne s\u2019en aper\u00e7oit souvent qu\u2019\u00e0 la deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me lecture, et c\u2019est totalement fascinant.\u00bb<\/p>\n<p>Tout Catherine Colomb. \u00c9d. dirig\u00e9e, \u00e9tablie et annot\u00e9e par Daniel Maggetti, avec la collab. de Fran\u00e7ois Demont, Auguste Bertholet, Val\u00e9rie Cossy, Claudine Gaetzi, Jos\u00e9-Flore Tappy et Anne-Lise Delacr\u00e9taz. \u00c9ditions Zo\u00e9, 1680 p. Parution en novembre 2019.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Centre des litt\u00e9ratures en Suisse romande publie chez Zo\u00e9 une \u00e9dition critique et annot\u00e9e de \u00abTout Catherine Colomb\u00bb. \u00c0 d\u00e9guster par petites bouch\u00e9es comme un mets rare. 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