Conférences plénières

XVème colloque de l’AICLF – Descriptif détaillé des conférences plénières:

  • Mathilde DARLEY, CESDIP-UVSQ, France

Intégrer ou expulser : le contrôle des étrangers aux frontières de l’Europe.
Le contrôle de l’immigration, enjeu politique majeur depuis le milieu des années 1970, fait aujourd’hui l’objet d’une attention particulièrement soutenue dans la plupart des pays européens. Il importe donc plus que jamais non seulement de comprendre le contexte historique, politique et législatif dans lequel il s’inscrit, mais aussi d’analyser comment ce pouvoir de contrôler prend forme : la présentation de recherches conduites sur une frontière Schengen, dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile et dans les centres de rétention pour migrants en situation irrégulière, visera ainsi à éclairer le dispositif politique de filtrage des étrangers aux frontières de l’Europe.

Chargée de recherche au CNRS (CESDIP), Mathilde Darley a travaillé sur le contrôle de l’immigration en Europe centrale et orientale (aux frontières et dans les lieux d’enfermement pour étrangers), le travail policier (et ses implicites genrés), et la prostitution (notamment de femmes migrantes). Depuis 2014, elle coordonne le projet ANR-DFG ProsCrim portant sur le traitement institutionnel de la traite à des fins d’exploitation sexuelle en France et en Allemagne. Elle a publié dans de nombreuses revues de sociologie et de science politique : Déviance et Société ; Sociétés contemporaines ; Sociologie du travail ; Genèses ; Cultures & Conflits ; Critique internationale ; Revue française de sociologie.

  • Dan KAMINSKI, Université catholique de Louvain, Belgique

Des objets impénétrables à la connaissance ou des chercheurs rendus impuissants par leur désir de dévoilement ?
À partir d’une recherche menée sur base d’une question adressée à des juges correctionnels (qu’est-ce que condamner ?), il s’agira de questionner l’impénétrabilité à la connaissance de certaines activités publiques, mais sans doute plus encore la façon dont des chercheurs semblent voués au dévoilement de l’écart, du secret, de la transgression professionnelle, de l’inavouable, de l’inadmissible. C’est en faisant de l’impénétrabilité la condition de tout rapport entre un objet et sa connaissance, ainsi qu’en observant les conditions normales du travail policier, judiciaire et pénitentiaire que l’on se trouve le plus à même de connaître. Cette connaissance est la condition nécessaire de l’évaluation, de la critique, de l’indignation ou du dévoilement, lorsqu’il y a lieu de s’y consacrer.

Juriste et criminologue, professeur ordinaire à l’UCL (Louvain-la-Neuve, Belgique), Dan Kaminski a mené pendant dix ans des recherches sur le traitement réservé par le système pénal aux usages de drogues, avant de se consacrer à divers aspects transversaux du fonctionnement du système pénal, ainsi qu’aux nouveautés pénologiques. Ses dernières publications sont Pénalité, management, innovation (PUN, 2010), La flexibilité des sanctions (dir., Bruylant, 2012), Crime, Justice et Lieux communs (Larcier, 2014), Condamner. Une analyse des pratiques pénales (Eres, 2015).

  • Sébastien-Yves LAURENT, Université de Bordeaux et Sciences po, France

Travailler sur « l’État secret » contemporain.
À l’occasion de cette communication, je proposerai une réflexion vagabonde sur vingt ans de travaux personnels et collectifs relatifs à la figure de “l’État secret”, un sujet qui a tardé à être objectivé par les sciences sociales. L’État secret sera entendu sous sa forme contemporaine (apparue à la fin du XIXe siècle), c’est-à-dire reposant sur sa dimension institutionnelle-bureaucratique et permanente, en temps de guerre comme en temps de paix. Le propos sera principalement centré sur l’exemple français, tout en débouchant sur des comparaisons avec les travaux existants dans « l’anglosphère ». La question sera abordée d’un double point de vue. D’une part, on se demandera comment les sciences sociales peuvent dépasser les obstacles d’accessibilité (sources documentaires) et les difficultés de traitement (rareté des travaux académiques, force des préjugés, difficultés pratiques de construction de l’objet). D’autre part, on discutera de l’apport des travaux à ce jour, de leurs apories et des futures avenues de recherche explorables.

Historien et politiste, Sébastien-Yves Laurent est professeur à la faculté de droit et de science politique de l’Université de Bordeaux. Ses recherches portent sur la fonction coercitive de l’Etat dans ses composantes de veille, d’anticipation et de prospective souvent communément évoquées sous le terme de « renseignement ». Il a récemment publié : Transformations et réformes de la sécurité et du renseignement en Europe (Bordeaux, P.U.B., 2016, co-dir. avec B. Warusfel) ; Le secret de l’Etat – Surveiller, protéger, informer XVIIe-XXe siècle (Paris, Nouveau monde éditions, 2015) ; Atlas du renseignement. Géopolitique du pouvoir (Presses de Sciences-Po, 2014).

  • Carlo MORSELLI, CICC – Université de Montréal, Canada

La fin du « crime organisé » : quand les pièces dépassent l’ensemble.
En matière de crime organisé, le défi le plus important auquel les chercheurs sont confrontés n’est pas la redoutable menace de ce phénomène mais plutôt le caractère insaisissable du terme lui-même. Après plus de cinq décennies de recherches en ce domaine, aucune définition formelle et consensuelle n’est encore disponible. Il en va de même en matière juridique. Les tentatives pour résoudre ce problème conceptuel ont été en grande partie mises de côté au cours des quinze dernières années en faveur d’une approche plus empirique. Ce qui a conduit à l’émergence de nouveaux cadres d’analyse sur les entreprises illégales, les marchés illicites, les réseaux criminels ainsi que les approches administratives. Dans le milieu académique, ces objets fragmentés liés au répertoire du « crime organisé » ont conduit à se détourner de sa conceptualisation insaisissable, quand la culture populaire s’en est emparée. Durant cette période de transition, pourtant cruciale à caractériser, les organismes d’application de la loi et de renseignement criminel n’ont pas encore trouvé eux-mêmes leur objet de combat. Ils doivent pourtant adopter une (ou des) perspective(s) moins sensationnaliste(s) et mieux fondé(s) sur des faits avérés, pour pouvoir espérer régler le défi au niveau local, glocal et global.

Carlo Morselli est Directeur du Centre International de Criminologie Comparée et Professeur à l’École de criminologie à l’Université de Montréal. Ses travaux de recherche portent principalement sur le crime organisé, les réseaux criminels et les marchés illicites. Il a écrit ou édité quatre ouvrages : Contacts, Opportunities, and Criminal Enterprise (University of Toronto Press, 2005) ; Inside Criminal Networks (Springer, 2009) ; Crime and Networks (Routledge, 2014) ; Les réseaux criminels (avec Rémi Boivin ; Presses de l’Université de Montréal, 2016). Ses publications se retrouvent aussi dans diverses revues de criminologie ou sociologie : Criminologie ; Criminology ; Annals of the American Academy of Political and Social Science ; Social Networks. Il est éditeur de la revue Global Crime.

  • Olivier RIBAUX, Université de Lausanne, Suisse

L’indiscipline qui mène de l’étude de la trace à l’étude du crime (ou vice-versa).
Depuis au moins le milieu du siècle passé, la science forensique et la criminologie se sont séparées, bien qu’étudiant des objets fortement liés. Leurs approches s’arriment à des disciplines distinctes, relevant pour l’une des sciences naturelles et de l’information, et, pour l’autre, des sciences humaines et sociales. La trace recueillie, examinée et interprétée par le forensicien provient toutefois le plus souvent d’une activité contraire aux normes, étudiée par le criminologue. Entre les barrières érigées par les traditions institutionnelles, académiques et professionnelles, il doit exister un passage condamné, reliant logiquement l’une à l’autre. Cet exposé discutera cette proposition en exprimant les tensions subies par l’investigateur de scènes de crimes, tenaillé entre le respect des procédures et son rôle implicite dans une variété de modèles policiers. L’étude du crime par la trace dans un contexte toujours plus numérisé conduit enfin nécessairement aux réflexions contemporaines sur la Vitesse de traitement de grands Volumes de traces Variées qui renferment une Valeur pour leurs détenteurs. L’intégration de ces dimensions constitutives des espaces de données massives (Big data – 4 V) ouvre des perspectives pour étendre les méthodologies de résolution de problèmes de sécurité, situer les acteurs traçologues et leurs données, et exprimer les enjeux pour les libertés individuelles.

Professeur, directeur et vice-doyen de la Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique à l’Ecole des Sciences Criminelles de l’Université de Lausanne, Olivier Ribaux est mathématicien et informaticien de formation. Il a mis ses compétences au service de l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne. Spécialiste de l’étude des crimes répétitifs, des moyens de les détecter et d’en déchiffrer les mécanismes, il propose des méthodes à l’intersection de la résolution de problèmes et de la science forensique, à partir de données matérielles et numériques notamment. Analyste criminel pour les polices de la Suisse romande, il contribue au développement du système de renseignement criminel partagé par ces cantons suisses. Outre de très nombreux articles, il a récemment publié : Police scientifique : le renseignement par la trace (PPUR, Lausanne, 2014).

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