{"id":4476,"date":"2018-04-24T12:40:53","date_gmt":"2018-04-24T10:40:53","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/?p=4476"},"modified":"2018-04-24T12:41:57","modified_gmt":"2018-04-24T10:41:57","slug":"j-r-r-tolkien-lenracine-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/2018\/04\/j-r-r-tolkien-lenracine-1-3\/","title":{"rendered":"J.R.R. Tolkien, l\u2019enracin\u00e9 (1\/3)"},"content":{"rendered":"<p><strong>J.R.R. Tolkien, l\u2019enracin\u00e9 (1\/3)<\/strong><\/p>\n<p><img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-4477\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/files\/2018\/04\/tolkien1-600x261.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"261\" \/><\/p>\n<p>Cet article sur l\u2019oeuvre incontournable de Tolkien sera publi\u00e9 en trois parties \u00e0 raison d\u2019une partie par semaine. Bonne lecture!<\/p>\n<p>Ash nazg durbatul\u00fbk, ash nazg gimbatul,<\/p>\n<p>Ash nazg thrakatul\u00fbk agh burzum-ishi krimpatul.<\/p>\n<p>Est-il possible de rendre compte d\u2019une \u0153uvre aussi profonde, complexe, fournie et marquante que Le Seigneur des Anneaux ? Ne prend-t-on pas le risque de se faire submerger comme avait risqu\u00e9 de l\u2019\u00eatre son cr\u00e9ateur, John Ronald Reuel Tolkien, qui mit douze ans \u00e0 en venir \u00e0 bout ? C\u2019est possible, mais nous irons au combat, quoi qu\u2019il en soit.<!--more--><\/p>\n<p><strong>Toujours \u00e0 l\u2019heure pr\u00e9vue<\/strong><\/p>\n<p>J.R.R. Tolkien, po\u00e8te, philologue, professeur d\u2019anglais \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et \u00e9crivain, est n\u00e9 le 3 janvier 1892 en Afrique du Sud et est mort le 2 septembre 1973 \u00e0 Bournemouth sur la c\u00f4te sud de l\u2019Angleterre. A la mort de son p\u00e8re d\u2019une h\u00e9morragie en 1896, la famille du jeune Ronald (c\u2019est ainsi que sa famille l\u2019appelait) part s\u2019installer \u00e0 Sarehole, au sud de Birmingham. Cette particularit\u00e9 n\u2019est pas anodine et a certainement influenc\u00e9 l\u2019homme qui l\u2019explique dans une de ses correspondances : \u00ab Je suis des West Midlands par mon sang (et j\u2019ai pris go\u00fbt au haut moyen anglais des West Midlands comme langue connue d\u00e8s que je l\u2019ai vu), mais peut-\u00eatre qu\u2019un trait de mon histoire personnelle expliquera en partie pourquoi \u00ab l\u2019atmosph\u00e8re du nord-ouest \u00bb m\u2019attire \u00e0 la fois comme une \u00ab patrie \u00bb et une d\u00e9couverte. Je suis en fait n\u00e9 \u00e0 Bloemfontein, et ces impressions profond\u00e9ment ancr\u00e9es, ces souvenirs latents de ma prime enfance, qui sont encore disponibles sous forme d\u2019images pour \u00eatre analys\u00e9s, sont donc pour moi ceux d\u2019un pays chaud et dess\u00e9ch\u00e9. Mon premier souvenir de No\u00ebl est d\u2019un soleil \u00e9clatant, de rideaux tir\u00e9s et d\u2019un eucalyptus qui se fane. \u00bb [1] Autre fait marquant la vie du jeune Ronald : la conversion de sa m\u00e8re au catholicisme en juin 1900 qui la mise en porte-\u00e0-faux avec son environnement et a cr\u00e9\u00e9 des dissensions au sein de sa famille. En effet, dans cette cat\u00e9gorie sociale r\u00e9pandue dans tout le Common Wealth, l\u2019anglicanisme \u00e9tait une v\u00e9ritable r\u00e9f\u00e9rence culturelle. Sa m\u00e8re meurt en 1904. \u00c9tudiant \u00e0 la King Edward\u2019s School, Tolkien explique dans une lettre avoir consacr\u00e9 l\u2019essentiel de son temps \u00e0 y apprendre le latin et le grec. \u00ab Mais j\u2019ai \u00e9galement appris l\u2019anglais. Pas la litt\u00e9rature anglaise ! \u00c0 l\u2019exception de Shakespeare (que je d\u00e9testais cordialement), le principal contact avec la po\u00e9sie consistait \u00e0 devoir tenter d\u2019en traduire en latin. Ce n\u2019est pas une mauvaise initiation, m\u00eame si c\u2019est un peu superficiel. J\u2019entends par appris l\u2019anglais, des notions de la langue et de son histoire. J\u2019ai appris l\u2019anglo-saxon \u00e0 l\u2019\u00e9cole (ainsi que le gothique, mais c\u2019\u00e9tait accidentel et sans aucun lien avec le programme, m\u00eame si cela a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif : j\u2019ai d\u00e9couvert \u00e0 cette occasion non seulement la philologie historique moderne, qui faisait appel au c\u00f4t\u00e9 historique et scientifique, mais aussi, pour la premi\u00e8re fois, l\u2019\u00e9tude d\u2019une langue par pur amour ; je veux dire pour l\u2019amour du plaisir esth\u00e9tique intense tir\u00e9 d\u2019une langue prise pour elle-m\u00eame, non seulement sans souci de son utilit\u00e9, mais m\u00eame sans qu\u2019elle soit le \u00ab\u00a0m\u00e9dium d\u2019une litt\u00e9rature\u00a0\u00bb) \u00bb. [2] En d\u00e9cembre 1910, Ronald obtient une bourse pour le coll\u00e8ge d\u2019Exeter \u00e0 Oxford. L\u00e0, il int\u00e8gre des clubs et des associations et il d\u00e9couvre le Kalevala, un recueil de po\u00e8mes de la mythologie nordique. Cette d\u00e9couverte provoquera un d\u00e9clic chez Tolkien : \u00ab Ces r\u00e9cits mythologiques sont plein de cette culture primitive et souterraine que, dans l\u2019ensemble, la litt\u00e9rature europ\u00e9enne n\u2019a cess\u00e9 de r\u00e9duire et d\u2019\u00e9liminer depuis des si\u00e8cles \u00bb, [3] \u00e9crit-il dans une lettre. En juin 1916, Ronald part pour le front dans la Somme dans les Lancanshire en tant que fusilier et connait l\u2019horreur des tranch\u00e9es. Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre Mondiale, il obtient un poste de ma\u00eetre assistant \u00e0 Leeds. En 1919, il collabore \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un lexique anglo-saxon, puis obtient une chaire de langues anciennes \u00e0 Oxford de 1925 \u00e0 1945 et de langue et litt\u00e9rature anglaise de 1945 \u00e0 sa retraite en 1959. Il donne notamment des cours sur la l\u00e9gende de Beowulf, mod\u00e8le de la litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vale. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, se cr\u00e9e le cercle litt\u00e9raire des Inklings, une soci\u00e9t\u00e9 savante d\u00e9fendant notamment la valeur de la fiction narrative, groupe d\u2019amis chr\u00e9tiens dont Tolkien mais \u00e9galement Clive Staples Lewis, cr\u00e9ateur du Monde de Narnia, font partie.<\/p>\n<p>Mais tout cela n\u2019est que la toile de fond du v\u00e9ritable accomplissement de Tolkien : son \u0153uvre litt\u00e9raire. Il commence \u00e0 cr\u00e9er sa premi\u00e8re langue d\u00e8s 1911, le quenya ou valinor\u00e9en, inspir\u00e9 du finnois, langue du savoir, \u00ab latin des Elfes \u00bb, qui comprendra plusieurs variantes : le vanyarin, le quenya exilique, le quenya n\u00famen\u00f3rien et le quenya \u00f1oldorin. Ce langage personnel, sur lequel il travaillera des d\u00e9cennies durant, complexe, d\u00e9velopp\u00e9 et qui \u00e9voluera avec le temps, n\u2019a donc pas grand-chose \u00e0 voir avec l\u2019esp\u00e9ranto. Pour s\u2019habituer \u00e0 son propre alphabet, Tolkien va jusqu\u2019\u00e0 \u00e9crire son journal intime dans cette langue fictive. Il ne s\u2019imagine, \u00e0 cette \u00e9poque, pas encore romancier. Pourtant, il finit par se persuader que cette langue invent\u00e9e a besoin d\u2019une histoire pour la soutenir. Son univers va donc se fonder sur la constitution de langues fictives, avec tout l\u2019appareillage critique d\u2019une authentique philologue universitaire. Il commence donc par le plan linguistique, ce qui est tr\u00e8s \u00e9tonnant. Ses \u0153uvres comprennent donc de tr\u00e8s nombreuses langues invent\u00e9es, p\u00eale-m\u00eale : le valarin : langue des Valar, les plus puissants des Ainur. Les langues elfiques : primitives comme l\u2019eldarin commun ou le vieux sindarin, ou eldarines dont font partie le quenya, le telerin, le m\u00e1tengwi\u00eb, le nandorin ou encore le sylvain. Les langues humaines : Les langues taliskanes parmi lesquelles le taliska, le b\u00eborien, l\u2019ad\u00fbna\u00efque, le hobbitique, la langue du Nord, les langues du Val d\u2019Anduin ou le rohanais, et les langues halethiennes qui comprennent le halethien, le gondorien antique ou le dunlendais. La langue des Ents : l\u2019entique, langue des esprits de la for\u00eat. La langue des Nains : l\u2019glishm\u00eak et le khuzdul. Enfin, les langues de l\u2019Ennemi : Le parler noir, cr\u00e9\u00e9 par Sauron durant le Deuxi\u00e8me \u00c2ge, l\u2019orquien, la langue des Wargs ou encore celle des Araign\u00e9es g\u00e9antes de Mirkwood.<\/p>\n<p>Mais revenons au moment o\u00f9 Tolkien \u00e9crit son premier po\u00e8me : Le Voyage d&rsquo;E\u00e4rendel, qui deviendra la base du Silmarillion, sa mythologie. Il r\u00e9dige apr\u00e8s la guerre La chute de Gondolin ainsi qu\u2019une premi\u00e8re version des Enfants de H\u00farin. Le Silmarillion raconte la cr\u00e9ation et les premiers \u00e2ges de son monde. Il va mettre tout son c\u0153ur, tout le s\u00e9rieux dont il est capable dans ses recherches et dans ses travaux universitaires, dans la cr\u00e9ation de son univers. Le Silmarillion nous conte la cr\u00e9ation et la gen\u00e8se d\u2019Arda, le Royaume de la Terre \u00e0 travers diff\u00e9rents r\u00e9cit. L\u2019Ainulindal\u00eb conte la naissance du monde produit d\u2019une grande Musique harmonique des Ainur, \u00e0 l\u2019exception de Melkor qui voulut y imposer ses propres th\u00e8mes. Le Valaquenta d\u00e9crit les attributions des Ainur, des esprits cr\u00e9ateurs et parmi eux, les Valar, esprits sup\u00e9rieurs qui r\u00e9gnaient \u00e0 l\u2019aide des Maiar, esprits de second rang. Il nous apprend \u00e9galement l\u2019histoire du Valar d\u00e9chu, Melkor. Le Quenta Silmarillion est une histoire d\u00e9taill\u00e9e du monde, parsem\u00e9e de guerres et de conflits. Il contient l\u2019histoire des Derniers Enfants d\u2019Il\u00favatar, les humains, qui ne purent r\u00e9sister face aux arm\u00e9es de Melkor, symbolis\u00e9e par la Chute de Gondolin d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e. Ce r\u00e9cit se termine \u00e0 la fin du Premier \u00c2ge, lorsque Melkor fut jet\u00e9 au-del\u00e0 des remparts du monde. L\u2019Akallab\u00eath nous raconte les \u00e9v\u00e8nements du Second \u00c2ge. La chute de N\u00famenor, une grande \u00eele offerte aux Hommes en cadeau par les Valar. Les n\u00famen\u00f3r\u00e9ens ayant fini par jalouser les Elfes et les Valar, manipul\u00e9s par Sauron, un Maia corrompu par Melkor (Morgoth), captur\u00e9 et emmen\u00e9 par le roi de N\u00famenor sur son \u00eele, cette derni\u00e8re fut engloutie en repr\u00e9sailles d\u2019une attaque contre Valinor foment\u00e9e par les Hommes. Ceux rest\u00e9s fid\u00e8les aux Valar purent rejoindre les rivages de la Terre du Milieu. Pour finir, le r\u00e9cit des Anneaux de Pouvoir et du Troisi\u00e8me \u00c2ge d\u00e9crit la mani\u00e8re dont Sauron, \u00e0 travers moult manigances, parvint \u00e0 obtenir le pardon de l\u2019Ouest et \u00e0 asservir les peuples qui y vivaient \u00e0 l\u2019aide des Anneaux de pouvoirs et de l\u2019Unique. Comment il fut vaincu par l\u2019alliance des Hommes et des Elfes et comment ces derniers se mirent \u00e0 quitter peu \u00e0 peu la Terre du Milieu.<\/p>\n<p>Bien \u00e9videmment, Tout ceci est le fruit du travail de toute une vie, le Silmarillion inachev\u00e9 a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 titre posthume par le troisi\u00e8me fils de Tolkien, Christopher, en 1977, apr\u00e8s quatre ans de tris dans les notes de son p\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 n\u2019est qu\u2019une partie de son travail, d\u00e8s 1925, Tolkien d\u00e9cide d\u2019\u00e9crire des histoires pour ses enfants, sans lien avec sa mythologie qui \u00e9voluera beaucoup au fil des ans. Ce sera Roverandom, puis il imagine les aventures de Tom Bombadil, et enfin, le Hobbit, publi\u00e9 en 1937. L\u2019histoire re\u00e7oit un accueil tr\u00e8s favorable et ses \u00e9diteurs lui r\u00e9clament naturellement une suite. Tolkien leur propose le Silmarillion, mais ils veulent une v\u00e9ritable suite, pour les enfants. Tolkien va se mettre \u00e0 \u00e9crire son \u0153uvre principale : Le Seigneur des Anneaux. Il quitte peu \u00e0 peu le style enjou\u00e9 pour un r\u00e9cit plus sombre et adulte. L\u2019histoire va faire le lien entre le Hobbit et le Silmarillion qui \u00e9taient au d\u00e9part sans rapports. Il modifiera le premier et le second en cons\u00e9quence. Il lui faudra douze ans pour \u00e9crire son chef d\u2019\u0153uvre. Il faut dire que Tolkien est bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un univers coh\u00e9rent dans ses moindres d\u00e9tails. Il va dessiner des cartes, \u00e9tablir une histoire, \u00e9tendre sa mythologie, cr\u00e9er une chronologie, avec un extr\u00eame perfectionnisme. Rien ne doit \u00eatre laiss\u00e9 au hasard, tout doit avoir un sens, des fondations, une raison d\u2019\u00eatre, une cr\u00e9dibilit\u00e9, une coh\u00e9rence, si bien que l\u2019histoire, telle qu\u2019elle sera publi\u00e9e dix-sept ans plus tard, ne sera que la pointe de l\u2019Iceberg, l\u00e0 o\u00f9, depuis, l\u2019univers \u00e9tendu de certains \u00e9crivains n\u2019est que de la poudre aux yeux, de l\u2019aveu m\u00eame de George R. R. Martin [4]. C\u2019est donc un travail \u00e9norme, ponctu\u00e9 de po\u00e9sies et de chants, qui va progressivement donner vie \u00e0 cet univers dans lequel Tolkien va mettre des personnages et une dramaturgie d\u2019un genre nouveau.<\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1954 et 1955, en trois volumes, le dernier tome renomm\u00e9 \u201cLe Retour du Roi\u201d au lieu de \u201cLa Guerre de l\u2019Anneau\u201d pour l\u2019occasion, Le Seigneur des Anneaux est un succ\u00e8s critique et dans le courant des ann\u00e9es 1960, les \u00e9tudiants am\u00e9ricains s\u2019en emparent comme d\u2019une \u0153uvre de contre-culture et en font un succ\u00e8s commercial. Nous allons donc, \u00e0 notre tour, nous int\u00e9resser aux diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations que l\u2019on peut tirer de cette trilogie.<\/p>\n<p><strong>Interpr\u00e9tations mythologiques et religieuses<\/strong><\/p>\n<p>Avant tout, l\u2019\u0153uvre de Tolkien est une r\u00e9ussite au niveau du style : <em>\u00ab Une vall\u00e9e en longue pente, un profond chasme d\u2019ombre, montait loin dans les montagnes. Sur le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9, \u00e0 quelques distances dans les bras de la vall\u00e9e, haut perch\u00e9s sur une assise rocheuse des courbes noires de l\u2019Ephel Duath, se dressaient les murs et la tour de Minas Morgul. Tout \u00e9tait noir alentour, terre et ciel, mais elle \u00e9tait \u00e9clair\u00e9e. Ce n\u2019\u00e9tait pas le clair de lune emprisonn\u00e9 qui jaillissait au travers des mers de marbre de Minas Ithil au temps jadis, de la Tour de la Lune, belle et radieuse au creux des collines. Plus p\u00e2le en v\u00e9rit\u00e9 que la lune souffrant de quelque lente \u00e9clipse \u00e9tait sa lumi\u00e8re pr\u00e9sente, qui vacillait et soufflait comme une exhalaison f\u00e9tide de pourriture, une lumi\u00e8re-cadavre, une lumi\u00e8re qui n\u2019\u00e9clairait rien. \u00bb<\/em> [5] Un passage parmi d\u2019autres particuli\u00e8rement marquant. Il serait d\u2019ailleurs impossible de tous les r\u00e9pertorier au risque de recopier les trois livres entiers. Cette remarque est loin d\u2019\u00eatre subjective, Tolkien a r\u00e9ellement r\u00e9volutionn\u00e9 la litt\u00e9rature. En plus de redonner ses lettres de noblesse au genre de la fantasy, il a invent\u00e9 un nouveau genre litt\u00e9raire : la Fa\u00ebrie, chose remarquable. Cette cr\u00e9ation rarissime a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de nombreuses \u00e9tudes universitaires.<\/p>\n<p>Le but n\u2019est pas ici de r\u00e9sumer l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des trois livres, si vous ne les avez pas lu, il n\u2019est pas trop tard ! Cet article vous aura certainement donn\u00e9 envie. L\u2019histoire de Frodon et de sa qu\u00eate pour d\u00e9truire l\u2019anneau Unique dans les flammes d\u2019Orodruin, la Montagne du Destin, est un des grands r\u00e9cits de notre temps. Pour les autres, le voyage ne fait que commencer et pourrait bien prendre une tournure inattendue \u00e0 travers les interpr\u00e9tations et diff\u00e9rentes cl\u00e9s de lecture qui vont suivre.<\/p>\n<p>Tolkien disait : <em>\u00ab Je suis moi-m\u00eame un hobbit, en tout sauf en taille, j\u2019aime les jardins, les arbres, les cultures non-m\u00e9canis\u00e9es, je fume la pipe, j\u2019aime la bonne nourriture simple, pas congel\u00e9e et je d\u00e9teste la cuisine fran\u00e7aise. J\u2019aime les gilets brod\u00e9s, les champignons, je ne voyage gu\u00e8re et j\u2019ai un sens de l\u2019humour tr\u00e8s simple. \u00bb<\/em> [6] Il n\u2019est donc pas dur de comprendre ce que repr\u00e9sentait pour lui la Comt\u00e9 (Shire en anglais, mot utilis\u00e9 pour de nombreux lieux-dits ou provinces, marque toponymique de lieux particuliers en Angleterre). Cette Comt\u00e9 va donc \u00eatre la typification de cette campagne d\u2019Angleterre dont il donne un portrait charmeur. Tolkien incarne \u00e0 la fois des valeurs populaire \u2014 ce que George Orwell va appeler la common decency \u2014 et les vertus aristocratiques typiques de l\u2019Angleterre. Il est donc le type m\u00eame du gentleman-farmer britannique, v\u00eatu de tweed, fumant la pipe au coin du feu en lisant un livre. Il est donc naturel que ses go\u00fbts pour les plaisirs de table, pour la boisson, le tabac, la convivialit\u00e9, pour les jeux et les chansons se retranscrivent dans les Hobbits, semi-hommes aux pieds poilus, qui peuplent la Comt\u00e9.<\/p>\n<p>Nous l\u2019avons vu, Tolkien \u00e9tait fascin\u00e9 par la culture nordique, germanique et britannique. Il a donc naturellement int\u00e9gr\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments r\u00e9els dans sa mythologie, des \u00e9l\u00e9ments arch\u00e9ologiques (Tolkien a le g\u00e9nie d\u2019int\u00e9grer des ruines dans son r\u00e9cit), mythiques ou linguistiques, en leur donnant un nouveau souffle. On pense par exemple au mythe de l\u2019Atlantide, habitat originaire des indo-europ\u00e9ens, ou \u00e0 l\u2019Ultima Thul\u00e9, le point le plus au Nord, sorte de bout du monde, qui rappel N\u00famenor, \u00eele situ\u00e9e au Nord, centre spirituel et originel, lieu de pouvoir et de force, s\u00e9jour du premier Roi des Hommes. Centre secondaire englouti, nous l\u2019avons mentionn\u00e9, comme l\u2019Atlantide pour punir les Hommes de leur Hubris.<\/p>\n<p>Les Nains, habitants des antres de la terre, dans les Mines d&rsquo;Anghabar ou de la Moria, renvoient \u00e0 la mythologie gr\u00e9co-latine, sorte de serviteurs de Vulcain, Dieu romain du feu bienfaisant, consacrant leur vie au travail des m\u00e9taux. Gandalf, un des cinq membres des Istari avec Saroumane, Maiar envoy\u00e9 sur Terre par les Valar, renvoie par ses connaissances de la magie, des secrets et du feu, \u00e0 la mythologie nordique. Il a des caract\u00e9ristiques semblables \u00e0 Odin, tout comme son cheval blanc, Gripoil, chef des Mearas, rappel celui du Dieu nordique. Il en va de m\u00eame des Aigles, grands oiseaux dot\u00e9s de la parole par les Valar, dont Gwaihir envoy\u00e9 par Gandalf pour surveiller et recueillir des nouvelles, proche des deux corbeaux d\u2019Odin, Hugin et Munin. Il est \u00e9galement possible de rattacher les Elfes, cr\u00e9atures des for\u00eats sacr\u00e9es, \u00e0 la mythologie nordique. Jaques Brosse, dans un chapitre de son livre Mythologie des arbres, parle du retrait vers le Nord d\u2019\u00eatres f\u00e9\u00e9riques devant l\u2019avanc\u00e9e de la civilisation humaine. Le retour du R\u00f4deur Aragorn. Fils d\u2019Arathorn, et son accession au tr\u00f4ne rappel quant \u00e0 lui le mythe du roi cach\u00e9 qui traverse les \u00e2ges depuis la fin du XVI\u00e8me si\u00e8cle. Cela nous renvoie \u00e9galement au mythe du Roi du monde ou \u00e0 celui du Roi Arthur, homme providentiel qui suit sa destin\u00e9e, ou aux Rois des Rois de la Perse ancienne.<\/p>\n<p>Beaucoup de r\u00e9f\u00e9rences pa\u00efennes, donc, mais pas uniquement. Tolkien \u00e9tait profond\u00e9ment catholique, communiait tous les jours, et cela se ressent dans son \u0153uvre. D\u00e9j\u00e0, si on commence par le niveau de lecture explicite, c\u2019est-\u00e0-dire la correspondance de personnages et de situation avec l\u2019Histoire Sainte, on peut noter la ressemblance entre Melkor et Lucifer. Tous deux d\u00e9chus du royaume de Dieu. Et Gandalf, \u00e0 nouveau, nous renvoie l\u2019image, par exemple, d\u2019un saint Gr\u00e9goire le Thaumaturge, ou des \u00e9v\u00eaques des premiers temps de La L\u00e9gende dor\u00e9e, sortes de druides convertis, proche du paganisme. Tr\u00e8s loin des Papes actuels, qui ont fait des droits de l\u2019Homme leur nouvelle religion. Gandalf, toujours, qui communique avec les animaux comme saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise qui aurait converti un loup meurtrier dans la ville de Gubbio en Italie. Animaux tels que les cerfs, dont les Elfes font leur monture dans l\u2019univers de Tolkien, qui ont une forte symbolique chr\u00e9tienne, \u00e9galement important pour la th\u00e9matique de l\u2019\u00e9cologie sur laquelle nous reviendrons. \u00c0 noter \u00e9galement la pr\u00e9sence de mal\u00e9dictions. Par exemple dans le Silmarillion, la mal\u00e9diction qui toucha Morgoth lorsqu\u2019il s\u2019empara des Silmarils \u00e0 Valinor, ou des mal\u00e9dictions g\u00e9n\u00e9rationnelles comme le fl\u00e9au d\u2019Isildur ou encore des possessions, comme celle de Th\u00e9od\u00e8n, roi du Rohan, qui se fait lib\u00e9rer par Gandalf lors d\u2019une esp\u00e8ce d\u2019exorcisme. On peut \u00e9galement mentionner les diff\u00e9rentes batailles du Seigneur des Anneaux qui suivent toutes un sch\u00e9ma similaire, celui de l\u2019eucatastrophe, n\u00e9ologisme cr\u00e9\u00e9 par Tolkien qui signifie un coup de th\u00e9\u00e2tre, sorte de Deus Ex Machina, qui apporte la victoire aux protagonistes. L\u2019arriv\u00e9e des aigles en est l\u2019exemple le plus connu : <em>\u00ab Gandalf fit un mouvement ; il se retourna vers le nord, o\u00f9 les cieux \u00e9taient p\u00e2les et clairs. Puis il leva les mains et cria d\u2019une voix forte qui domina le fracas : Les Aigles viennent ! Et de nombreuses voix reprirent le cri : Les Aigles viennent ! Les Aigles viennent ! Les arm\u00e9es de Mordor regard\u00e8rent en l\u2019air, se demandant ce que ce signe pouvait indiquer. \u00bb<\/em> [7] Sch\u00e9ma similaire \u00e0 l\u2019Histoire du Salut par la Mort ou \u00e0 la R\u00e9surrection du Christ.<\/p>\n<p>Mais plus que cela, Le Seigneur des Anneaux et une \u0153uvre profond\u00e9ment chr\u00e9tienne, pas par son sujet directement, mais dans sa morale et ses th\u00e9matiques de nature plus immanentes. Une morale chr\u00e9tienne qui se caract\u00e9rise par le respect des petits, par la conscience du caract\u00e8re sacr\u00e9 de la vie et par une grande humilit\u00e9. Dans cette histoire, ce n\u2019est pas dans les mains du plus puissant des guerriers que l\u2019on place le destin du monde, mais dans celles d\u2019un Hobbit. Les mains que l\u2019Ennemi, dans son orgueil, jugerait trop insignifiantes pour m\u00eame les consid\u00e9rer. Ces \u00eatres, ces semi-hommes, qui n\u2019ont rien d\u2019extraordinaire dans ce monde rempli d\u2019\u00eatres fabuleux, qui n\u2019ont ni une grande sagesse, ni une grande puissance, ni une grande cruaut\u00e9, et qui, pourtant, sont capables de grandes choses. \u00c9l\u00e9ment que l\u2019on retrouve dans la liturgie chr\u00e9tienne o\u00f9 le fils de Dieu, sauveur de l\u2019humanit\u00e9, est n\u00e9 dans une \u00e9table. Certains dialogues \u00e9galement en t\u00e9moignent, par exemple cette citation de Faramir dans le deuxi\u00e8me tome : <em>\u00ab La guerre doit \u00eatre, tant que nous d\u00e9fendons nos vies contre un destructeur qui nous d\u00e9vorerait tous ; mais je n&rsquo;aime pas le glaive luisant pour son acuit\u00e9, ni la fl\u00e8che pour sa rapidit\u00e9, ni le guerrier pour sa gloire. J&rsquo;aime seulement ce qu&rsquo;ils d\u00e9fendent. \u00bb<\/em> Cette phrase montre bien qu\u2019il n\u2019est pas ici question d\u2019un quelconque culte de la force ou de violence inutile. Il ne s\u2019agit pas forc\u00e9ment de grands gestes ou d\u2019actions spectaculaires, m\u00eame s\u2019il y en a, citons Gandalf face au Balrog, esprit du feu de la race des Maiar, ou \u00c9owyn, ni\u00e8ce de Th\u00e9oden, face au spectre, Nazg\u00fbl servant de l\u2019Anneau, le Roi-Sorcier de l\u2019Angmar. Mais chacun a son r\u00f4le \u00e0 jouer dans le destin du monde, si humbles soient-ils, comme le r\u00e9sume Elrond au Conseil : <em>\u00ab Les faibles peuvent tenter cette qu\u00eate avec autant d\u2019espoir que les forts. Mais il en va souvent de m\u00eame des actes qui meuvent les roues du monde : de petites mains les accomplissent parce que c\u2019est leur devoir, pendant que les yeux des Grands se portent ailleurs. \u00bb<\/em> [8] Il y a aussi ce respect de la vie lorsque Gandalf dit, en parlant de Gollum : <em>\u00ab Nombreux sont les vivants qui m\u00e9riteraient la mort. Et les morts qui m\u00e9riteraient la vie. Pouvez-vous la leur rendre, Frodon ? Alors, ne soyez pas trop prompt \u00e0 dispenser la mort en jugement. M\u00eame les grands sages ne peuvent conna\u00eetre toutes les fins. \u00bb<\/em> Et derri\u00e8re, comme une loi des correspondances, l\u2019id\u00e9e que ce qui est en haut correspond \u00e0 ce qui est en bas, sorte de logique holistique. Et l\u2019id\u00e9e, peut-\u00eatre, que Gollum, tout sournois qu\u2019il est, pourrait avoir un r\u00f4le \u00e0 jouer dans cette histoire. Il ne faut donc pas se hisser au-dessus des autres, ce sont plut\u00f4t les caract\u00e9ristiques de l\u2019Ennemi. L\u2019ethos de cette \u0153uvre, c\u2019est \u00e9galement l\u2019espoir. Aucune situation n\u2019est jamais totalement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et le Bien \u2014 m\u00eame s\u2019il n\u2019en sort pas indemne \u2014 finit toujours par triompher du Mal.<\/p>\n<p><strong>Dorian Briggen <\/strong><\/p>\n<p>Sources :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Image : <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/images\/2014\/12\/10\/1202291lp-1202295-article-jpg_4342138_980x426.jpg\">https:\/\/www.lepoint.fr\/images\/2014\/12\/10\/1202291lp-1202295-article-jpg_4342138_980x426.jpg<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[1] <a href=\"https:\/\/www.pourtolkien.fr\/spip.php?article52\">https:\/\/www.pourtolkien.fr\/spip.php?article52<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[2] <a href=\"https:\/\/www.pourtolkien.fr\/spip.php?article52\">https:\/\/www.pourtolkien.fr\/spip.php?article52<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[3] <a href=\"https:\/\/youtu.be\/FgAk6h5b9rE?t=13m47s\">https:\/\/youtu.be\/FgAk6h5b9rE?t=13m47s<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[4] <a href=\"https:\/\/youtu.be\/q9Pr0uUfVw0?t=3m6s\">https:\/\/youtu.be\/q9Pr0uUfVw0?t=3m6s<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[5] TOLKIEN J.R.R. 1972. Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours, Editions Pocket. p.504.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[6] <a href=\"https:\/\/youtu.be\/FgAk6h5b9rE?t=31m9s\">https:\/\/youtu.be\/FgAk6h5b9rE?t=31m9s<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[7] TOLKIEN J.R.R. 1972. Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi, Editions Folio Junior. p.376.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n[8] TOLKIEN J.R.R. 1972. Le Seigneur des Anneaux : La Communaut\u00e9 de L\u2019Anneau, Editions Pocket. p.421.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J.R.R. Tolkien, l\u2019enracin\u00e9 (1\/3) Cet article sur l\u2019oeuvre incontournable de Tolkien sera publi\u00e9 en trois parties \u00e0 raison d\u2019une partie par semaine. Bonne lecture! Ash nazg durbatul\u00fbk, ash nazg gimbatul, Ash nazg thrakatul\u00fbk agh burzum-ishi krimpatul. Est-il possible de rendre compte d\u2019une \u0153uvre aussi profonde, complexe, fournie et marquante que Le Seigneur des Anneaux ? 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