{"id":4473,"date":"2018-04-24T12:39:02","date_gmt":"2018-04-24T10:39:02","guid":{"rendered":"http:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/?p=4473"},"modified":"2018-04-24T12:39:03","modified_gmt":"2018-04-24T10:39:03","slug":"la-forge-de-vulcain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/2018\/04\/la-forge-de-vulcain\/","title":{"rendered":"La forge de Vulcain"},"content":{"rendered":"<p><strong>La forge de Vulcain<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<img alt=\"\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-4474\" src=\"https:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/files\/2018\/04\/vulcain.jpg\" alt=\"\" width=\"580\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/files\/2018\/04\/vulcain.jpg 580w, https:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/files\/2018\/04\/vulcain-150x86.jpg 150w, https:\/\/wp.unil.ch\/aessp\/files\/2018\/04\/vulcain-383x220.jpg 383w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab On devrait fonder une chaire pour l\u2019enseignement de la lecture entre les lignes. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>L\u00e9on Bloy<\/p>\n<p>Ex\u00e9g\u00e8se des lieux communs<\/p>\n<p>De tous les \u00e9crivains de langue fran\u00e7aise, Honor\u00e9 de Balzac est sans doute l\u2019une de ses plus grandes gloires. Au-del\u00e0 d\u2019\u00e9crire des romans, des contes ou des piges dans les journaux, c\u2019est tout un monde qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9. <!--more-->En effet, <em>la Com\u00e9die humaine<\/em>, bien que compos\u00e9 d\u2019au moins 85 \u00e9l\u00e9ments, n\u2019en constitue pas moins un seul et unique livre mais quel livre ! Pass\u00e9 ses portes, on peut faire toutes sorte de rencontres. L\u2019\u00e9tudiant Rastignac, le jeune Rubempr\u00e9, la sotte Emilie des Fontaines, l\u2019entrepreneur C\u00e9sar Birotteau \u00e9cras\u00e9 par la banque, la Duchesse de Longeais femme sans c\u0153ur, le cousin Pons et la cousine Bette, cette canaille de Vautrin, les malheurs de la femme de 30 ans Julie d\u2019Aiglemont, le p\u00e8re Goriot et ses filles, Flore Brazier dite la Rabouilleuse, Valentin et sa peau de Chagrin, des cris des Paysans \u00e0 l\u2019usure pratiqu\u00e9e par Gobseck, c\u2019est les m\u0153urs du si\u00e8cle de Balzac que vous avez sous les yeux. Stefan Sweig, qui a pondu un livre sur lui, disait qu\u2019il \u00e9tait l\u2019\u00e9crivain qui, en termes d\u2019\u00e9criture, r\u00e9digeait avec une intensit\u00e9 jamais \u00e9gal\u00e9e. Il \u00e9crivait en moyenne 16 pages par jour ! Il \u00e9crivait la nuit pendant que les autres dormaient et il dormait pendant que les autres vivaient. Ecrivant inlassablement tout ce qu\u2019il avait dans la t\u00eate en s\u2019aidant de litres entiers de caf\u00e9, dont on dit qu\u2019il en consommait des quantit\u00e9s effrayantes. Il m\u00e9rite donc, pour son travail, le titre de Vulcain de la litt\u00e9rature car comme il le disait lui-m\u00eame, <em>il portait litt\u00e9ralement toute une soci\u00e9t\u00e9 dans sa t\u00eate<\/em>. Cependant, un aspect m\u00e9connu de l\u2019\u00e9crivain, c\u2019est qu\u2019il \u00e9tait aussi un penseur. La com\u00e9die humaine \u00e9mane d\u2019un syst\u00e8me philosophique dont \u00e9tait porteur l\u2019auteur. Cette pens\u00e9e de Balzac traverse, par la suite, toute l\u2019architecture romanesque depuis <em>les Etudes de m\u0153urs<\/em> jusqu\u2019aux Etudes analytiques en passant par <em>les Etudes philosophiques<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Br\u00e9viaire de philosophie balzacienne<\/strong><\/p>\n<p>Tout le syst\u00e8me de pens\u00e9e de Balzac est contenu dans trois \u0153uvres, 2 romans et un troisi\u00e8me rest\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9bauche. Le premier titre est <em>La Peau de chagrin<\/em>, un des premiers titres qui a v\u00e9ritablement contribu\u00e9 \u00e0 le faire conna\u00eetre aupr\u00e8s du grand public. Le roman nous narre l\u2019histoire de Rapha\u00ebl de Valentin qui acquiert un objet, une peau de parchemin, qui lui donne le pouvoir de r\u00e9aliser n\u2019importe lequel de ses souhaits. Mais \u00e0 chaque souhait r\u00e9alis\u00e9, l\u2019objet r\u00e9tr\u00e9cie peu \u00e0 peu. Ce qui reste, repr\u00e9sente le temps de vie restant du porteur. M\u00e9taphore de la vie humaine qui aura raison de Valentin et qui viendra nous fermer les yeux \u00e0 nous aussi. Voil\u00e0 que l\u2019\u00e9crivain se fait math\u00e9maticien, l\u2019espace d\u2019un th\u00e9or\u00e8me, <em>la vie d\u00e9croit en raison directe de la puissance des d\u00e9sirs ou de la dissipation des id\u00e9es<\/em><em>.<\/em> Le vieillard qui remet la peau lui dit d\u2019ailleurs, en substance :<\/p>\n<p><em>\u00ab Je vais vous r\u00e9v\u00e9ler en peu de mots un grand myst\u00e8re de la vie humaine. L\u2019homme s\u2019\u00e9puise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de la mort, VOULOIR et PENSER\u2026 Vouloir nous br\u00fble et pouvoir nous d\u00e9truit. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>La Peau de chagrin<\/em> n\u2019est que la th\u00e9orie, <em>Louis Lambert<\/em> sera la pratique. Cette seconde pierre de l\u2019\u00e9difice nous montre comment le g\u00e9nie d\u2019un homme peut \u00eatre \u00e9cras\u00e9 par la pens\u00e9e. Dans ce roman-l\u00e0, on ne peut que constater les liens qui unissent la pens\u00e9e et l\u2019organisme. Tout \u00eatre humain est compos\u00e9 d\u2019une double nature. L\u2019homme <em>ext\u00e9rieur<\/em>, que nous voyons et peut \u00eatre objet pour la science et l\u2019homme int\u00e9rieur, incorporel et indivisible qui peut, pour les \u00eatres de g\u00e9nie, quitter l\u2019enveloppe charnelle et vivre une courte vie en dehors de celle-ci. Louis Lambert est un tel \u00eatre mais il poss\u00e8de en lui une vie int\u00e9rieure beaucoup trop puissante pour un organisme humain. Il est constamment en \u00e9tat de saturation. Lambert sera un jour d\u00e9truit par la passion amoureuse qui sera le degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 de trop. Il ne peut le supporter et ce d\u00e9luge de joie lui d\u00e9truira le cerveau, enterr\u00e9, comme Rapha\u00ebl, sous une avalanche.<\/p>\n<p>Plus tard, Balzac \u00e9bauchera une sorte de vulgarisation qu\u2019il avait pr\u00e9vu d\u2019intituler le <em>Ph\u00e9don d\u2019aujourd\u2019hui<\/em>, du nom du dialogue c\u00e9l\u00e8bre de Platon o\u00f9 l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me est trait\u00e9e. Nous connaissons ce fragment sous le titre <em>les Martyres ignor\u00e9s<\/em> qui est une conversation entre intellectuels concernant ce probl\u00e8me de la pens\u00e9e. Le m\u00e9decin, Physidor, tiendra notamment le propos que voici :<\/p>\n<p><em>\u00ab Je voulais vous dire un secret, le voici. La pens\u00e9e est plus puissante que ne l\u2019est le corps, elle le mange, l\u2019absorbe et le d\u00e9truit ; la pens\u00e9e est le plus violent de tous les agents de destruction, elle est le v\u00e9ritable ange exterminateur de l\u2019humanit\u00e9, qu\u2019elle tue et vivifie, car elle vivifie et tue. Mes exp\u00e9riences ont \u00e9t\u00e9 faites \u00e0 plusieurs reprises pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, et je suis convaincu que la dur\u00e9e de la vie est en raison de la force que l\u2019individu peut opposer \u00e0 la pens\u00e9e ; le point d\u2019appui est le temp\u00e9rament. Les hommes qui, malgr\u00e9 l\u2019exercice de la pens\u00e9e, sont arriv\u00e9s \u00e0 un grand \u00e2ge, auraient v\u00e9cu trois fois plus longtemps en n\u2019usant pas de cette force homicide ; la vie est un feu qu\u2019il faut couvrir de cendres. Penser, mon enfant, c\u2019est ajouter de la flamme au feu. [\u2026] R\u00e9unissez sur un point donn\u00e9 quelques id\u00e9es violentes, un homme est tu\u00e9 par elles comme s\u2019il recevait un coup de poignard. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Nous avons maintenant la cl\u00e9 de voute nous permettant d\u2019analyser avec finesse les \u00c9tudes de m\u0153urs. C\u2019est \u00e0 cause d\u2019une id\u00e9e unique que Balthazar Cla\u00ebs, le protagoniste de <em>la Recherche de l\u2019absolu<\/em>, ira jusqu\u2019\u00e0 sacrifier sa fortune et sa famille pour la seule trouvaille du principe r\u00e9gissant la mati\u00e8re. Le p\u00e8re Goriot est progressivement d\u00e9truit par l\u2019id\u00e9e de la paternit\u00e9, il donnera tout pour ses filles. Il aime Rastignac proportionnellement \u00e0 l\u2019amour que lui porte Delphine de Nuncingen.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s <em>La Peau de chagrin<\/em> et <em>Louis Lambert<\/em>, Balzac franchi encore une \u00e9tape dans l\u2019\u00e9laboration de son syst\u00e8me avec <em>S\u00e9raph\u00eeta<\/em>. Lambert incarnait l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 mais au sein encore de l\u2019humain. S\u00e9raph\u00eeta est l\u2019incarnation de l\u2019homme int\u00e9rieur qui vit d\u00e9sormais sa propre vie. Contrairement \u00e0 d\u2019autres \u00e9crivains cr\u00e9ateurs d\u2019anges comme Vigny, par exemple, l\u2019ange de Balzac explique l\u2019humanit\u00e9 et lui octroie un but. Ce n\u2019est pas la cr\u00e9ature d\u2019un autre monde mais bien le point d\u2019arriv\u00e9e de l\u2019histoire humaine. L\u2019existence de S\u00e9raph\u00eeta est v\u00e9ritablement un acte de foi. Heureusement pour le lecteur, Balzac fait peu preuve, dans ce texte, de mysticisme. L\u2019auteur s\u2019en tire relativement bien en faisant de l\u2019h\u00e9ro\u00efne un docteur.<\/p>\n<p><strong>Quelle est la place des femmes ?<\/strong><\/p>\n<p>Il est certain que Balzac n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 Balzac s\u2019il n\u2019y avait eu des femmes pour le lire. Flaubert fera lui-m\u00eame l\u2019\u00e9loge de l\u2019auteur de <em>la Physiologie du mariage<\/em> et surtout son observation aigu\u00eb de la condition f\u00e9minine. <em>La Com\u00e9die humaine<\/em> n\u2019est donc pas en reste de personnages f\u00e9minins. Dans leurs cas, la pens\u00e9e se manifeste en sentiment ou en vanit\u00e9, des temp\u00eates et des tristesses au sein de la mondanit\u00e9. Nous avons souhait\u00e9 nous attarder, arbitrairement, sur deux personnages f\u00e9minins d\u2019importance \u00e0 nos yeux. Le premier de ces personnages est Julie d\u2019Aiglemont, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de <em>La Femme de trente ans<\/em>. Il faut d\u2019abord rappeler que ce roman est, \u00e0 l\u2019origine, plusieurs nouvelles s\u00e9par\u00e9es que Balzac adaptera en une seule et m\u00eame histoire. Ce roman est un roman \u00e0 th\u00e8se, il s\u2019agit de faire une d\u00e9monstration au lecteur. Balzac veut montrer que les ravages de la pens\u00e9e n\u2019en sont pas moins implacables avec les femmes qu\u2019avec les hommes. Cependant, la pens\u00e9e empoisonne, \u00e0 travers la femme, l\u2019ensemble de la famille. Tout ce que madame fait en dehors de son r\u00f4le d\u2019\u00e9pouse et de m\u00e8re se retourne en d\u00e9finitif contre elle et l\u2019enterre progressivement. Si elle faute, elle d\u00e9cha\u00eenera des forces que rien au monde ne pourra stopper. Julie se mariera avec un homme qu\u2019elle consid\u00e8re, au d\u00e9part, comme toujours au d\u00e9but d\u2019une histoire. Elle d\u00e9couvrira vite la lassitude \u00e0 travers cet homme inint\u00e9ressant et l\u2019enfermement dans la vie domestique. Elle tente donc une \u00e9chapp\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019adult\u00e8re. Cependant, \u00e0 cette \u00e9poque, il y a toujours le risque des enfants. Elle en aura deux, un de son mari et un de l\u2019amant. Cet enfant-l\u00e0, H\u00e9l\u00e8ne, ressent bien qu\u2019elle est l\u2019incarnation d\u2019une faute. Elle d\u00e9teste son fr\u00e8re car il est pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 elle. Un jour, au bord d\u2019une rivi\u00e8re, elle le pousse\u2026 La faute de la m\u00e8re vient de tuer mais cela n\u2019est que le commencement. La fille de Julie partira, un jour, avec un vagabond qui s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 leur domicile. Il venait d\u2019assassiner \u00e0 coup de hache un procureur g\u00e9n\u00e9ral. H\u00e9l\u00e8ne sera attir\u00e9e par cet homme portant une mal\u00e9diction semblable \u00e0 la sienne. On la retrouvera agonisante pr\u00e8s d\u2019un village. Elle finira par mourir dans les bras de sa m\u00e8re, qui ne la reconnaitra pas.<\/p>\n<p>Le second personnage f\u00e9minin que nous mettons en jeu est Antoinette de Longeais. Elle est l\u2019incarnation de la coquetterie et de l\u2019individualisme, l\u2019id\u00e9al-type de sa classe sociale. Elle \u00e9volue et parle selon les codes de cette m\u00eame classe. A travers l\u2019amour sans conditions que lui porte le g\u00e9n\u00e9ral de Montriveau, c\u2019est tout un m\u00e9lodrame qui se d\u00e9veloppe. L\u00e0 encore, le lecteur peut observer les d\u00e9g\u00e2ts galopants qu\u2019exerce la pens\u00e9e sur Antoinette, \u00e0 travers l\u2019enl\u00e8vement dont elle est la victime. Ce moment incarne la c\u00e9sure entre un avant et un apr\u00e8s. Un proc\u00e9d\u00e9 litt\u00e9raire tout \u00e0 fait \u00e0 propos pour ce roman car on d\u00e9teste la manipulation qu\u2019Antoinette exerce sur Montriveau. Tel ce passage : <em>\u00ab La duchesse de Longeais, sachant de quel prix passager \u00e9tait la conqu\u00eate de cet homme, r\u00e9solut, pendant le peu de temps qui mit la duchesse de Maufrigneuse \u00e0 l\u2019aller prendre pour le lui pr\u00e9senter, d\u2019en faire un de ses amants, de lui donner le pas sur tous les autres, de l\u2019attacher \u00e0 sa personne, et d\u00e9ployer pour lui toutes ses coquetteries. Ce fut une fantaisie, pur caprice de duchesse avec lequel Lope de Vega ou Calderon a fait le Chien du jardinier. Elle voulut que cet homme ne f\u00fbt \u00e0 aucune femme, et n\u2019imagina pas d\u2019\u00eatre \u00e0 lui. \u00bb<\/em> Nous avons une coquette qui fait mumuse avec un homme habit\u00e9 par un sentiment profond. Apr\u00e8s la c\u00e9sure nous trouvons plut\u00f4t ceci :<\/p>\n<p><em>\u00ab &#8211; Armand, dit-elle, il me semble qu\u2019en r\u00e9sistant \u00e0 l\u2019amour, j\u2019ob\u00e9issais \u00e0 toutes les pudeurs de la femme, et ce n\u2019est pas de vous que j\u2019eusse attendu de tels reproches. Vous vous armez de toutes mes faiblesses pour m\u2019en faire des crimes. Comment n\u2019avez-vous pas suppos\u00e9 que je pusse \u00eatre entrain\u00e9e au-del\u00e0 de mes devoirs par toutes les curiosit\u00e9s de l\u2019amour, et que le lendemain je fusse f\u00e2ch\u00e9e. D\u00e9sol\u00e9e d\u2019\u00eatre all\u00e9e trop loin ? H\u00e9las ! c\u2019\u00e9tait p\u00eacher par ignorance. Il y avait, je vous le jure, autant de bonne foi dans mes fautes que dans mes remords. Mes duret\u00e9s trahissaient bien plus d\u2019amour que n\u2019en accusaient mes complaisances. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>La question des classes<\/strong><\/p>\n<p>Cette question est pr\u00e9sente, dans l\u2019\u0153uvre de Balzac, dans trois de ses textes, au moins, ce sont <em>la maison du chat qui pelote<\/em>, <em>C\u00e9sar Birotteau<\/em> et <em>les Paysans<\/em> bien s\u00fbr. Nous voyons l\u00e0 comment la pens\u00e9e structure les individus et les s\u00e9parent en groupes. Dans <em>la maison<\/em> nous trouvons une fille, petite bourgeoise, qui travaille dans la boutique familiale et tombe amoureuse d\u2019un peintre, repr\u00e9sentant de la boh\u00e8me. Balzac nous montre bien l\u2019antagonisme de classe \u00e0 travers la remarque du p\u00e8re \u00e0 sa fille : <em>\u00ab Augustine, dit-il, les artistes sont en g\u00e9n\u00e9ral des meurt-de-faim. Ils sont trop d\u00e9pensiers pour ne pas \u00eatre toujours de mauvais sujets. \u00bb<\/em> Bien apr\u00e8s, Augustine va s\u2019int\u00e9resser au monde dans lequel \u00e9volue son mari et ce \u00e0 travers sa rencontre avec la duchesse de Carigliano, la propre ma\u00eetresse de l\u2019artiste-peintre. Elle lui demande conseil car son mari est de la m\u00eame classe qu\u2019elle. Augustine, malgr\u00e9 toute les forces de sa volont\u00e9, ne parvient pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer le monde dont est issu son mari.<\/p>\n<p>Dans <em>C\u00e9sar Birotteau<\/em> l\u2019id\u00e9e s\u2019incarne \u00e0 travers toute une conception mercantile que ce parfumeur exemplifie. Dans ce roman, on voit le changement, le bousculement d\u2019une id\u00e9e du commerce pour une id\u00e9e des affaires. Ce changement d\u2019id\u00e9e applique ces lois et se trouve \u00eatre \u00e0 la source des souffrances de ce commer\u00e7ant-parfumeur. Il incarne la disparition <em>du bon vieux temps<\/em>.<\/p>\n<p><em>Les Paysans<\/em> est un cas \u00e0 part dans l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain. Commenc\u00e9 en 1835, une partie est publi\u00e9e en 1840. La seconde partie n\u2019est pas termin\u00e9 quand Balzac d\u00e9c\u00e8de. C\u2019est le roman le plus engag\u00e9 de toute son \u0153uvre. Dans ce roman fort ennuyeux \u00e0 l\u2019\u00e9poque mais parfaitement moderne et m\u00eame d\u2019avant-garde de nos jours, c\u2019est une id\u00e9e nouvelle qui a pris racine dans la Bourgogne d\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution. Le monde paysan se souvient de la p\u00e9riode des jacqueries et de l\u2019acc\u00e8s aux terres, le seul outil de la r\u00e9volution pouvant impacter sur le comportement de la paysannerie. En t\u00e9moigne cet extrait sans \u00e9quivoque :<\/p>\n<p><em>\u00ab &#8211; comment, depuis trente ans que le \u00e8re Rigon vous suce la moelle de nos os, vous n\u2019avez pas encore vu que les bourgeois et gouvernement, c\u2019est tout un ! Qu\u00e9qu\u2019ils deviendraient si nous \u00e9tions tous riches ?&#8230; Laboureraient-ils leurs champs, feraient-ils la moisson ? Il leur faut des malheureux !&#8230;<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Faut tout de m\u00eame chasser avec eux, r\u00e9pondit Tonsard, puisqu\u2019ils veulent allotir les grandes terres\u2026 Et apr\u00e8s, nous nous retournerons contre les Rigon\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Vous avez raison, r\u00e9pondit Fourchon. Comme dit le p\u00e8re Niseron, qu\u2019est rest\u00e9 r\u00e9publicain apr\u00e8s tout le monde, le Peuple a la vie dure, il ne meurt pas, il a le temps pour lui !&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Physiologie du secteur tertiaire contemporain<\/strong><\/p>\n<p>A pr\u00e9sent, nous nous tenons loin du fast et des grandiloquences du bon go\u00fbt parisien. Pourtant <em>Les Employ\u00e9s<\/em> est bien un roman class\u00e9 dans <em>les sc\u00e8nes de la vie parisienne<\/em>. Contrairement \u00e0 une id\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9pandue, Balzac ne d\u00e9crit pas les vicissitudes et les m\u00e9diocrit\u00e9s de la bourgeoisie seulement. La majeure partie de ses textes traite plut\u00f4t du <em>tout Paris<\/em>. Cela pour une raison simple, ce milieu illustre bien mieux la pens\u00e9e de Balzac. Sur la bourgeoisie, la pens\u00e9e agit mais au compte-goutte. Ce ne peut \u00eatre que la t\u00eate du pays car c\u2019est la t\u00eate qui est touch\u00e9e en premier. La matrice de nos employ\u00e9s c\u2019est une <em>id\u00e9e sociale<\/em> qui cr\u00e9e une <em>esp\u00e8ce sociale<\/em> <em>particuli\u00e8re<\/em> qui n\u2019existe que par sa <em>fonction<\/em>. La fonction impose, quant \u00e0 elle, ses m\u0153urs, son v\u00eatement et sa nourriture. Par les effets de la fonction, l\u2019employ\u00e9 se d\u00e9forme physiquement par l\u2019habitude de la subordination et il se voit mutil\u00e9 ontologiquement car on lui propose <em>un id\u00e9al de bureau<\/em> \u00e0 savoir la progression au sein de l\u2019administration. Son existence se voit aussi r\u00e9duite car cette ontologie ali\u00e9natoire de table n\u2019est e<em>ffective<\/em> que dans les bureaux. Elle s\u2019auto-abolirait de fait en dehors d\u2019eux, face au r\u00e9el complexe et nourrissant ext\u00e9rieur. L\u2019employ\u00e9 n\u2019est pas un \u00eatre humain g\u00e9n\u00e9rique mais un macchab\u00e9 qui d\u00e9ambule et rampe dans les dossiers. Certains voient en Balzac un pr\u00e9curseur de la sociologie. Nous voyons, nous, un habile <em>dialecticien<\/em> qui articule <em>une pens\u00e9e du Tout<\/em> et il utilise cette m\u00e9thode pour analyser la soci\u00e9t\u00e9 de son \u00e9poque et, par corollaire, la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. C\u2019est l\u00e0 ce qui fait son actualit\u00e9. Ensuite, la philosophie de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il montre dans les <em>Etudes Philosophiques<\/em> ne sort pas de sa t\u00eate mais au contraire, gr\u00e2ce \u00e0 la fr\u00e9quentation du milieu parisien qui \u00e9tait la sienne, il a pu extraire sa pens\u00e9e et sa m\u00e9thode directement du r\u00e9el lui-m\u00eame. Apr\u00e8s, avec cette pens\u00e9e du Tout, il peut analyser un cas <em>particulier<\/em> au sein de la totalit\u00e9, c\u2019est le cas avec <em>Les Employ\u00e9s<\/em>. Car le Tout est contenu dans les parties comme les parties sont pr\u00e9sentes dans le Tout. En revanche, et ce sera l\u00e0 notre conclusion, le Tout n\u2019est pas \u00e9gal \u00e0 la somme des parties.<\/p>\n<p><strong>La Com\u00e9die humaine<\/strong><\/p>\n<p>Nous terminerons l\u00e0-dessus. Nous avons fait qu\u2019esquisser un fil conducteur qui traverse toute l\u2019\u0153uvre de cet \u00e9crivain de g\u00e9nie. Nous avons extrait, \u00e0 cet effet, quelques titres, ceux qui nous paraissaient les plus pertinents tout du moins. Il est certain que nous ne <em>lisons<\/em> pas la Com\u00e9die humaine mais que nous la <em>pratiquons<\/em>. En effet, nous apprenons tout ce qu\u2019il faut savoir sur la soci\u00e9t\u00e9 de notre \u00e9poque \u00e0 travers ses \u0153uvres. Au demeurant, nous esp\u00e9rons que cette l\u00e9g\u00e8re monographie donnera envie au lecteur de se plonger dans cette \u0153uvre sans pareil.<\/p>\n<p><strong>Josselin Fernandez<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La forge de Vulcain \u00a0 \u00ab On devrait fonder une chaire pour l\u2019enseignement de la lecture entre les lignes. \u00bb L\u00e9on Bloy Ex\u00e9g\u00e8se des lieux communs De tous les \u00e9crivains de langue fran\u00e7aise, Honor\u00e9 de Balzac est sans doute l\u2019une de ses plus grandes gloires. 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