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Dans quelle mesure peut-on vraiment dire ce qu’on pense ?

Rédigé par : Hugo Weyermann

Il y a quelques années, le chanteur d’un groupe de musique que j’aime beaucoup a été attaqué par la justice polonaise. Le motif ? Blasphème. Je me souviens m’être alors étonné : « Mais c’est quoi cette histoire ? On ne fait plus ce genre de procès pour ça en occident. » Le fait que la justice polonaise utilise ce biais pour attaquer ce groupe m’a énervé, j’ai craint que le groupe ne puisse plus se produire sur scène (ce qui aurait probablement été synonyme de fin de carrière pour lui). Je me suis alors demandé si une chose pareille pourrait arriver en Suisse.

Mais avant de pouvoir répondre à cela j’ai été confronté à un problème inattendu : comment définir le blasphème ? Blasphémer est le fait de faire injure à Dieu, selon la définition étymologique du terme. Voltaire, dans la deuxième édition de son Dictionnaire philosophique, à la suite du procès de La Barre, propose quelques ajustements. Il définit le blasphème comme dépendant de la personne qui le prononce, du contexte et surtout de l’interprétation de celui/celle qui le reçoit. 

La liberté d’expression est « un fondement des sociétés démocratiques » selon la Cour européenne. Cependant, les Etats ont le droit de la limiter pour un certain nombre de raisons : « 1) protéger la sécurité nationale, 2) l’intégrité territoriale et politique, 3) la prévention du crime, 4) de la santé ou de la morale, 5) de la réputation ou des droits d’autrui, 6) pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire ». Cette définition faite par Carine Laurent-Boutot montre une certaine latitude quant à sa mise en œuvre.

Dans cet article nous allons voir comment les contours du blasphème et de la liberté d’expression peuvent s’entremêler et former un tout, aussi souple que perméable. La problématique qui va être le centre de ce sujet est la suivante : comment faire coexister la liberté d’expression et le blasphème ?

Cette épineuse question sera développée de la manière suivante : une première partie consistera en une analyse historique de la notion du blasphème qui sera illustrée à l’aune de Voltaire et de Diderot. Quelques éléments historiques vont servir de socle solide à cette partie. Ensuite, la question de la juridiction moderne sera notre principale préoccupation. Une comparaison des lois suisses et polonaises va servir de base pour la troisième partie. Cette dernière va mettre en avant le cas d’un artiste polonais qui s’est vu à plusieurs reprises attaqué par la justice de son pays pour des faits de blasphème, alors que lui, invoque son droit à la liberté d’expression.

Le premier point à avoir en tête lorsqu’on évoque la notion de blasphème est l’époque dans laquelle il a lieu. Ce n’est pas la même chose au XVIIIe siècle qu’au XXIe siècle, cela n’a pas la même portée.

Au XVIIIe siècle, le roi de France, par exemple, était roi de droit divin. Blasphémer était alors décrit comme un crime de lèse-majesté divine avec des peines pouvant entraîner la mort du pécheur. Il s’agissait, d’une part, d’une offense religieuse et, surtout, d’une attaque contre l’ordre social établi. Si Dieu n’existait pas, ou s’il n’avait pas les qualités que lui reconnaît l’Église, comment justifier les pouvoirs du roi ? Il y a eu plusieurs cas célèbres, comme celui du Chevalier de La Barre qui a été accusé de ne pas avoir retiré son chapeau lors d’une procession religieuse, d’avoir chanté une chanson impie et surtout de posséder un livre interdit, car jugé blasphématoire par l’État. Le livre en question était le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Les versions divergent mais il aurait été, selon certains, cloué sur le cœur du malheureux avant qu’il ne soit brûlé vif. C’est cet acte qui a poussé Voltaire à introduire l’article sur le blasphème dans son Dictionnaire philosophique.

Avant la mise à mort du Chevalier de la Barre, il y avait déjà une certaine crainte de la répression du blasphémateur qui se comprend bien dans La promenade du sceptique de Diderot, où Ariste se fait conseiller par Cléobule de ne pas se risquer à critiquer la religion ou de le faire assez mal pour ne pas offenser l’Église ou ses fidèles. Toutefois, dans ce livre, Diderot met en garde contre l’obscurantisme religieux, contre le fait de croire aveuglément en une chose dont nous n’avons la moindre preuve. Dans sa métaphore, il parle d’un bandeau que les occupants de l’Allée des Épines ne veulent pas enlever et d’une tunique qui représentent respectivement le voile de la connaissance et du savoir véritable, ainsi que la pureté de l’âme du voyageur. Ledit voyageur est enjoint à suivre une voix qu’il ne connaît pas qui est censée l’amener vers un Souverain réputé très sage, mais que personne n’a jamais vu. Il existe des moyens pour les occupants de nettoyer les taches sur leurs robes. Si on pousse la réflexion religieuse, ce serait l’équivalent de la confession et des « Notre Père, je vous salue Marie ».

Au moment de sa publication, en 1747, le livre a été interdit et toutes les copies auraient dû être brûlées. Cela montre qu’il y avait une certaine crainte au sujet de la propagation d’idées contraires aux dogmes religieux.

Voltaire a écrit Candide quelques années plus tard, sous un pseudonyme (M. le Docteur Ralph). Il n’a pas plu à la cour royale et a été interdit pour cause d’ « impiété ». Il fut tout de même un immense succès éditorial, se vendant clandestinement par milliers d’exemplaires. Le passage de l’auto-da-fé a posé quelques problèmes car Voltaire sous-entend que la religion peut être quelque peu insensée, « en quoi brûler trois hommes et en pendre un quatrième pourrait empêcher la terre de trembler ? ». La question est toujours ouverte à l’heure actuelle, dans le monde scientifique. La religion, elle, connaît des réponses que la rationalité ne saurait accepter. 

Une des revendications principales du mouvement des Lumières était, comme le demandait Montesquieu : la séparation des pouvoirs et la sécularisation de la société. Cela permettrait de mettre en doute certaines choses, non pas que les Lumières prêchent absolument l’athéisme, au contraire même, mais elles pensent que religion et État ne font pas une association bénéfique à la société dans son ensemble.

L’époque des Lumières est maintenant derrière nous, mais certaines de leurs idées sont toujours d’actualité. La séparation des pouvoirs de Montesquieu est bel et bien en place dans certains pays occidentaux. Il y a un certain nombre d’États mettant un point d’honneur à garantir la liberté de religion (Art. 15 Cst. fédérale CH, Art. 25 Cst. polonaise). La Pologne et la Suisse sont deux pays qui garantissent la liberté religieuse par leurs Constitutions respectives. Quant à la liberté d’expression, la Constitution polonaise la garantit avec l’article 54, alors que la Suisse formule le droit d’opinion et d’information dans l’article 16 de sa Constitution. Cependant, comme nous l’avons vu précédemment, la liberté d’expression est une chose malléable qui peut être restreinte en cas de besoin par (ou pour) l’État. Les deux constitutions disent peu ou prou la même chose, mais leurs applications ne sont pas les mêmes. L’article 261 CP. suisse protège notamment contre les atteintes aux convictions religieuses : « Atteinte à la liberté de croyance et des cultes ». Il y a eu une motion au Conseil National, déposée en 2018 par Beat Flach, demandant l’abrogation de cet article, d’une part car jugé inutile par certains et, d’autre part, pour donner un exemple aux pays punissant encore des gens pour un crime de blasphème. Je tiens à rappeler ici que le blasphème n’a pas de définition clairement établie, qu’il est avant tout dépendant de la sensibilité de tout un chacun et, dès le moment où la sensibilité rentre en ligne de compte, le débat est ouvert. Le Conseil Fédéral a jugé bon de maintenir l’article 261 du CP, tout comme le Conseil National qui a rejeté la motion.

Le droit n’est pas véritablement le même en Pologne. Tout un chacun peut attaquer qui il veut pour blasphème et l’accusé doit avancer les frais de justice, même s’il est acquitté. Les personnes déclarées coupables risquent des peines pécuniaires substantielles et, dans le pire des cas, jusqu’à plusieurs années d’emprisonnement. Ces peines ne sont généralement pas infligées, mais il n’empêche qu’un juge pourrait les ordonner. En Pologne, le blasphème peut prendre diverses formes : des actes, des paroles, des prises de position/postes sur les réseaux sociaux, orientation sexuelle. Tous sont des motifs d’accusation reconnus en vertu de l’article 196 du Code Pénal. Les tribunaux, après de longs procès pénibles finissent généralement par acquitter l’accusé mais le fait qu’il doive payer ses frais de justice de sa poche décourage toute envie de protestation et de poursuite du combat, aussi légitime soit-il. Un autre aspect, tout autant fâcheux, est le fait que la réputation de l’accusé en ressort violemment entachée. Le fait d’être attaqué en justice peut détruire une réputation, causer un licenciement, ce qui peut être une épreuve terrible. C’est là que se situe le cœur du problème. Il y a bien sûr des exceptions, des personnes qui récidivent au nom de leurs convictions. Cependant, la plupart ne peuvent pas se le permettre.

Sans entrer dans le détail, il y a un cas qui illustre parfaitement la différence de jugement du blasphème entre la Pologne et la Suisse. Un homme Suisse a offert une sculpture au chanteur polonais, celui que j’ai évoqué au début. Cette sculpture était effectivement blasphématoire car elle utilisait un objet religieux de manière détournée. L’homme polonais a posté une vidéo montrant l’objet sur Instagram et la justice polonaise a été saisie. Elle a réclamé à la Confédération qu’elle envoie son ressortissant en Pologne pour qu’il y soit jugé. La Confédération a refusé, l’homme n’a nullement été inquiété. De son côté, l’homme polonais a invoqué son droit à la liberté d’expression. Le propos de cet homme importe relativement peu ; la nature de la sculpture encore moins. La revendication qu’il promeut est bien plus pertinente ici. Le fait qu’il soit attaqué pour blasphème est à mettre en lien avec des revendications contre l’ordre juridique établi et contre l’omniprésence de l’Eglise catholique dans les hautes sphères du pouvoir polonais. Je n’ai pas eu l’occasion d’en discuter avec lui, mais dans l’ensemble de son œuvre, il est légitime de penser que ce qu’il désire, au fond, c’est que l’Etat polonais suive la volonté de Voltaire (qu’il le connaisse ou non) et que la politique ne soit plus teintée de religion. 

Le cas que je viens de vous présenter, aussi unique soit-il, représente bien la situation en Pologne. Les revendications du chanteur peuvent être mises en lien avec les idées des Lumières. L’un comme l’autre veut pouvoir s’exprimer librement et sont menacés de répression en cas d’acte, de parole ou de prise de position jugée blasphématoire par autrui. Il y a aussi une revendication de séparation non pas des pouvoirs, mais de l’Église et de l’État. Comme je l’ai présenté, le cas du chanteur polonais montre bien que la justice et les convictions religieuses sont liées là-bas. En comparaison, il a beau y avoir, en Suisse, un article de loi, défendu par les Conseils National et Fédéral, pourtant l’homme suisse impliqué n’a pas été inquiété. Pour conclure, je dirais que les réclamations des Lumières ont eu un impact considérable en France, en Suisse et ailleurs, mais qu’il subsiste des endroits où ces demandes passées sont à inscrire au présent. La liberté d’expression semble étroitement liée au monde de l’art. L’interdire ou la restreindre peut susciter des tensions envers une société où la religion semble occuper une place très importante, notamment dans l’appareil judiciaire. Les cas de procès pour blasphème sont nombreux en Pologne, à tel point que le chanteur dont il a été question tout au long de l’article a ouvert une cagnotte en ligne pour financer la défense de la liberté de parole et d’opinion.

Je me permets de terminer ce texte en citant Diderot : « On peut détromper celui dont l’erreur est involontaire ; mais par quel endroit attaquer celui qui est en garde contre le sens commun ? »

PS : Le fait que l’administration Trump ait refusé des milliers de visas étudiants (6 000 selon la BBC) pour cause de soutien au terrorisme est quelque chose de compréhensible, hors contexte. Quand on sait que ce « soutien au terrorisme » est, pour un certain nombre en tout cas, des messages de soutien à la Palestine sur les réseaux sociaux, cela devient un peu plus difficile à concevoir. Lorsqu’on sait que les personnes demandant un visa étudiant aux USA doivent montrer patte blanche sur leurs réseaux sociaux, là ça devient vraiment compliqué. Mais bon… selon les lois de la Cour Européenne c’est légal, alors pourquoi ce serait différent aux USA ? Parlez librement, mais tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous… 

Ce n’est pas le propos mais je mets quand même le nom de Behemoth là en bas, si jamais quelqu’un avait envie d’aller voir de quel groupe il s’agit.

Bibliographie :

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https://www.lanouvellerepublique.fr/france-monde/libres-propos-sur-la-liberte-d-expression

Sources primaires littéraires :

Diderot Denis, La promenade du sceptique, éditions Garnier 1875 (1747, publié en 1830) https://fr.wikisource.org/wiki/La_Promenade_du_Sceptique_ou_les_Allées/Texte_entier

Voltaire, Candide, Le Livre de Poche, Paris 2024 (1759)

Voltaire, Dictionnaire philosophique, Tome 18, éditions Garnier 1878 https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_philosophique/Garnier_(1878)/Blasphème

Sources primaires légales :

En Pologne :

Budyn-Kulik, Magdalena, Znieważenie uczuć religijnych – analiza dogmatyczna i praktyka ścigania, PRAWO W DZIAŁANIU SPRAWY KARNE, 09/2014 https://iws.gov.pl/wp-content/uploads/2018/09/Magdalena-Budyn-Kulik-Znieważenie-uczuć-religijnych.-Analiza-dogmatyczna-i-praktyka-ścigania-100.pdf

Constitution Pologne

https://www.sejm.gov.pl/prawo/konst/francuski/kon1.htm

En Suisse :

L’Assemblée fédérale de la Confédération suisse, Code pénal suisse, 2025 (1937)https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/54/757_781_799/fr

Le Parlement suisse, Motion 18.4344 : Abolir le délit de blasphème. La norme pénale antiraciste et la protection contre l’atteinte à l’honneur et contre l’injure sont suffisantes, Berne 2020

https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20184344

Sources primaires journalistiques :

Faguy Ana, US State Department revokes 6,000 student visas, BBC News Washington DC, 18/08/2025 https://www.bbc.com/news/articles/cz93vznxd07o

Hann Michael, Nergal: the extreme metal musician fighting Poland’s blasphemy laws, The Guardian, 18/03/2021 https://www.theguardian.com/music/2021/mar/18/nergal-the-extreme-metal-musician-fighting-poland-blasphemy-laws?fbclid=IwAR03ITRsaRevMXgtAJIh-Z9f9OM6rg_3GUZSutNnku6Kymc2hKSXDnJHaMw

Szramka Oskar, Behemoth teddy bear fundraising rejected by UNICEF, donations go to children’s hospital instead, Lambgoat 09/08/2023 https://lambgoat.com/news/39825/behemoth-teddy-bear-fundraising-rejected-by-unicef-donations-go-to-childrens-hospital-instead

Wookubus, Behemoth’s Nergal Acquitted For Allegedly ‘Offending Religious Feelings’ With A Blasphemous Phallus, Theprp news, 08/03/2025 https://www.theprp.com/2025/03/08/news/behemoths-nergal-once-again-acquitted-for-offending-religious-feelings-with-a-blasphemous-phallus/

Youen Tanguy, Accusé de blasphème en Pologne, la star de rock « Nergal », du groupe Behemoth, lance une cagnotte, Huffpost, 31/03/2021 https://www.huffingtonpost.fr/international/article/accuse-de-blaspheme-en-pologne-la-star-de-rock-nergal-du-groupe-behemoth-lance-une-cagnotte_178947.html

Cagnotte en ligne

https://www.ordoblasfemia.com

Sources secondaires historiques :

Cabantous Alain, Histoire du blasphème en Occident xvi  e-xix  e siècle, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l’Évolution de l’Humanité », 2015 (1re édition, 1998) https://shs.cairn.info/revue-cites-2016-1-page-175?lang=fr

Dierkens, Alain, Le blasphème : du péché au crime, Problèmes d’histoire des religions, 21, Bruxelles, 2012 https://library.oapen.org/viewer/web/viewer.html?file=/bitstream/handle/20.500.12657/24572/9782800415208.pdf?sequence=4&isAllowed=y

Radio France, Épisode 3/4 : Impies au siècle des Lumières, les philosophes face au sacrilège, 08/01/2025 https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/impies-au-siecle-des-lumieres-les-philosophes-face-au-sacrilege-9703473

Mervaud Christiane, Le Dictionnaire philosophique : combats et débats, in Revue d’Histoire littéraire de la France, Mar. – Apr., 1995, 95e Année, No. 2, Voltaire, Michaux (Mar. – Apr., 1995), pp. 187-198, Presses Universitaires de France https://www.jstor.org/stable/40532222

Sources secondaires philosophiques :

Leveleux-Teixeira Corinne, « Entre droit et religion : le blasphème, du péché de la langue au crime sans victime », Revue de l’histoire des religions, 4 | 2011, 587-602. https://journals.openedition.org/rhr/7828

Gerkrath, Jörh, Table Ronde sur la liberté d’expression du 17 juin 2017, Institut du Grand Ducal, Luxembourg 2018 https://orbilu.uni.lu/bitstream/10993/35122/1/JG_Peut-on%20se%20moquer%20de%20tout.pdf

Haarscher Guy, Liberté d’expression, blasphème, racisme : essai d’analyse philosophique et comparée, Working Papers du Centre Perelman de philosophie du droit, n° 2007/1, mis en ligne le 24 juin 2007, http://www.philodroit.be

https://www.centreperelman.be/content/uploads/2022/09/WP-2007-1-GHaarscher.pdf

Laurent-Boutot, Carine  (2019). Fiche 27. La liberté d’expression. Fiches sur la Convention européenne des droits de l’Homme : Rappels de cours et exercices corrigés (p. 209-220). Ellipses. https://droit.cairn.info/fiches-sur-la-convention-europeenne-des-droits-de-l-homme–9782340029804-page-209?lang=fr.

Roy, Olivier (2018). Les tribunaux européens, accélérateurs de sécularisation. Esprit, Novembre(11), 59-69.

https://doi.org/10.3917/espri.1811.0059.