L’artiste plasticien vaudois Tarik Hayward remporte le prix Casimir Reymond d’une valeur de 10’000 francs pour sa sculpture « New Extremes of Immobility ».

Le travail rigoureux de l’artiste et la dimension cyclique de son « mur de compost » ont plu au jury de cette première Triennale. Durant près d’une semaine, Tarik Hayward avait mis en place un véritable chantier, remplissant progressivement un coffrage avec près de 10m3 de compost. Une performance physique et artistique sans compromis qui n’est pas passée inaperçue auprès du jury. « C’est une oeuvre très exigeante qui a un côté évolutif remarquable car elle est faite d’un matériau qui se dégrade » explique Julien Goumaz, commissaire de l’exposition. C’est précisément sur l’ambivalence entre, d’une part, un contrefort – symbole de la pérennité – et, d’autre part, le compost – substance pourrissante – que l’artiste a basé son processus créatif.

Du monolithe à la brique, une séquence artistique avec Tarik Hayward

Lauréat de la première Triennale de l’Université de Lausanne, Tarik Hayward renouvelle sur un mode à la fois minimaliste et spectaculaire la notion de « Do it yourself ». A l’heure des encyclopédies libres et autres partages numériques, dans un univers qui montre partout ses limites, il incarne le désir contemporain de se réapproprier l’espace en y investissant d’une manière très intense et directe ses forces physiques et intellectuelles. Que ce soit pour constituer son propre habitat, défendre un mode de vie et de production ou proposer des œuvres qui témoignent d’un art de la récupération, de la survie et de la métamorphose.

A l’origine, son projet monographique supposait la fabrication de 3000 briques disséminées ou empilées sur le campus. Une première étape performative lui a donné l’occasion d’investir le cheminement piétonnier avec un dispositif artisanal conçu pour mixer du papier usagé, de l’eau et un liant (ciment, argile ou chaux), une technique utilisée dans les années 1920 pour fabriquer des briques, oubliée puis ressurgie dans la période hippie et, plus récemment, chez les paysans abandonnés par le rêve américain. Bon marché, le système exige un engagement physique important puisqu’il s’agit de mouler soi-même cette mixture… en espérant que le soleil sera de la partie pour durcir ce matériau isolant. A l’arrivée, Tarik Hayward a dû composer avec la pluie et un espace universitaire très maîtrisé, peu enclin à accepter l’interférence d’un geste artistique troublant une harmonie acquise de longue date.

A cette ingérence prévue et voulue par les organisateurs de la Triennale s’est ajoutée une autre forme d’ingérence inattendue : celle des étudiantes et étudiants apparemment décidés également à se réapproprier le campus… en piétinant les briques encore molles pour y graver la forme d’un pied ou d’une main. La dernière étape de l’œuvre s’avère dès lors incertaine : comment exposer des briques explosées ?

La réponse de l’artiste passe par une évocation de l’échec comme moteur paradoxal d’une démarche qui vient clore deux années très riches sur le campus de l’UNIL. L’intervention de Tarik Hayward comprend la sculpture qui a remporté le prix Casimir Reymond en 2014 – New Extremes of Immobility, un contrefort de compost qui évolue d’une manière très poétique avec le temps ; ce geste s’est prolongé à travers des conférences et ateliers impliquant des étudiantes et des étudiants en histoire de l’art (de l’UNIL et de l’ECAL), en lien avec une autre composante spectaculaire et radicale de l’œuvre : l’enfouissement sous 30 tonnes de terre du module d’exposition situé dans le bâtiment Anthropole, le Cabanon. L’intervention puissante, virile, prendra dans sa tournure finale une allure plus modeste visible dès le vernissage du 19 juin 2015.

En passant du monolithe bien visible à la brique de papier disséminée sur le campus dans un geste expérimental inachevé, Tarik Hayward a signé une séquence universitaire marquante pour lui et pour les usagers du campus. La Triennale est appelée à se répéter sur les traces de cette première édition qui s’achève en pointillé le long de la Méridienne, le cheminement piétonnier qui relie les différents sites de l’Université.