Un mur en céramique planté dans le paysage universitaire évoque les fameux « azulejo » portugais. C’est l’œuvre du Lausannois Victor Ausländer, lauréat de la Triennale UNIL.

Enfant, Victor Ausländer devait aimer les puzzles. Aujourd’hui, il fait dialoguer des fragments au sein d’un ensemble, dont il étudie les modifications dans ce qui est pour lui une forme de recherche philosophique et esthétique. Il revient d’un voyage à pied entre Lisbonne et Roscoff en Bretagne ; cette traversée des forêts de châtaigniers en Espagne, de hêtres et de chênes en France lui a inspiré des croquis qui ont servi de support aux motifs organiques décorant le mur de faïence bleuté dressé entre l’Internef et l’Anthropole.

Né en 1993, le Lausannois Victor Ausländer est devenu en septembre 2016 le deuxième lauréat dans l’histoire de la Triennale UNIL, après Tarik Hayward en 2014. Son œuvre figurait un gisant féminin fragmenté – déjà – sous les aspects d’un jardin potager coloré qui saisissait le visiteur entre fascination et inquiétante étrangeté. Le mur de faïence est une nouvelle réalisation destinée à demeurer une année dans le paysage. Sa couleur ne devrait pas trop bouger : « J’ai utilisé une terre cuite à basse température avec du verre à l’intérieur, comme le font les artisans en Normandie pour les recouvrements de cheminées et les pierres tombales », explique-t-il.

Un souvenir maritime

L’idée de pouvoir montrer son travail dans le cadre d’une institution comme l’UNIL lui plaît beaucoup. Il dit « art public » pour évoquer cette expérience débutée en 2016 avec sa participation au concours de la Triennale aux côtés de 18 autres plasticiens et plasticiennes. La fresque exposée entre mai 2018 et mai 2019 s’offre au regard comme un « azulejo » monumental qui nous transporte un peu du côté de Lisbonne et de Porto. Cette décoration typique des bâtiments publics, des églises et de palais portugais a séduit le jeune Lausannois. A quelques jours du vernissage, il lui reste encore à mettre du lierre sur son mur qui se fondra ainsi peu à peu dans le paysage vert du campus.

L’artiste est tombé tout jeune dans la céramique puisque sa grand-mère potière lui en a appris la technique. Il a suivi une formation en art et en histoire de l’art en Angleterre et sa prochaine réalisation sera une variation autour de pièces de vaisselle (assiettes, bols, pots, cruches et saladiers) sur lesquelles il va inscrire un texte dont le sens complet ne se révélera qu’à la faveur de séquences filmiques qu’il entend tourner lorsqu’il aura atteint 300 poteries…

Là encore un ensemble qui ne prendra vie que dans le dialogue entre ses parties et avec elles. A noter que la fresque « azulejo » de Victor Ausländer a pris le nom de cet océan dont il vient de parcourir les rivages en marchant : Atlantique.

Triennale UNIL – vernissage le 8 mai 2018 à 18 heures – parc de l’Internef