Les tsunamis du Léman

Lundi 7 décembre 2015 à 20h

Les tsunamis du Léman

Conférence du Dr. Stéphanie Girardclos, Université de Genève

Aula, Palais de Rumine (3ème niveau), Lausanne.

Conférence publique – Entrée libre

Cette conférence est organisée en partenariat avec la Société académique vaudoise.


Résumé de la conférence

Pour analyser la fréquence des catastrophes naturelles, tels que les forts tremblements de terre, les grands écroulements rocheux, les crues millénaires et les tsunamis, les données issues des archives historiques sont parfois insuffisantes. En effet, elles ne couvrent qu’une période de temps limitée et ne permettent pas de calculer avec précision les temps de retour des événements naturels extrêmes d’ordre millénaire. Pour étendre notre connaissance sur ces phénomènes, nous nous tournons vers les archives naturelles, comme les sédiments lacustres, qui peuvent enregistrer les changements environnementaux et les événements géologiques sur de longues périodes.

En parallèle à l’analyse des archives naturelles, il est possible de modéliser numériquement les phénomènes extrêmes pour tester les hypothèses issues des résultats empiriques. C’est avec cette double approche, qu’une équipe de Zurich a montré, dès 2002 pour le lac des Quatre-Cantons, que l’aléa de tsunami en Suisse est une réalité. Les tsunamis catastrophiques de l’Océan Indien (2004) et du Pacifique (2011) ont encore augmenté l’intérêt pour cette thématique de recherche.

Dans le cas du Léman, nos recherches ont permis de reconstruire le lieu, le processus, l’âge, et parfois la cause de grands glissements de terrain sous-lacustres. Ces glissements sous-lacustres ont pu être identifiés par plusieurs méthodes. La cartographie bathymétrique multifaisceaux a défini l’emplacement et la taille d’anciennes loupes d’arrachement et l’imagerie par sismique réflexion a confirmé le lieu et le volume des dépôts associés aux glissements. L’analyse de carottes de sédiment et la datation de macro-restes végétaux par radiocarbone a permis d’identifier la source géographique et de donner un âge à ces couches. Les importants volumes déplacés (106 – 108m3) indiquent que les glissements sous-lacustres ont généré d’importantes vagues sur le Léman, dont les hauteurs pluri-métriques ont pu être confirmées par modélisation numérique.

Six tsunamis ont pu être reconstruits par cette approche pour les derniers 3695 ans, indiquant une fréquence de 0.0016 tsunami /an dans le Léman. Parmi eux, deux tsunamis sont avérés, puisqu’ils sont décrits par les archives historiques et liés à des événements connus : l’écroulement de la montagne du Tauredunum en 563 ap. JC et le tremblement de terre d’Aigle de 1584. Les quatre événements restants sont plus mystérieux puisqu’ils ont eu lieu durant la Préhistoire (30 ± 120, 235 ± 85, 700 ± 150 et 1733 ± 128 av. JC) et que seuls les sédiments témoignent de leur possible existence.

En conclusion, les recherches en sciences de la Terre ont montré que l’aléa de tsunami est non négligeable sur le Léman, et par extension sur les lacs du Plateau Suisse. Ces résultats suggèrent qu’une réflexion collective est à mettre en route sur la façon dont la société peut, ou non, envisager de gérer de tels événements extrêmes mais dont la fréquence est faible.


La conférencière

Dr. Stéphanie Girardclos

Maître d’enseignement et de recherche, Département des sciences de la Terre, Université de Genève.