Marie Verhoeven


MarieVerhoevenProfesseure de sociologie – Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication, Université catholique de Louvain – Belgique.


 

Forme et institution scolaire : nouveaux imaginaires, nouvelles frontières et défis pour la critique

Un diagnostic semble aujourd’hui largement partagé : l’école, dans sa forme scolaire moderne, serait obsolète face aux mutations technologiques, culturelles et organisationnelles qui caractérisent nos sociétés. Cette rhétorique du changement nécessaire prend la forme d’appels à l’innovation, à la réforme ou à la révolution éducative. Un nouvel imaginaire éducatif se cristallise, loin des grands récits de la « première modernité ». Sur fond de déclin du programme institutionnel (Dubet, 2002), une distance s’installe entre la rationalité instrumentale qui oriente la régulation des systèmes éducatifs (acquis standardisés d’apprentissage, accountability…), et la réaffirmation locale de projets éducatifs « en valeur » (autour d’affiliations religieuses, de projets pédagogiques alternatifs, …). L’image d’organisations éducatives ouvertes, connectées à leur environnement ou répondant à des demandes spécifiques supplante celle d’une institution disciplinaire unique et séparée de la vie. La relation pédagogique se pense davantage comme une maïeutique du sujet, prétendant réconcilier un objectif de subjectivation et un objectif instrumental d’insertion : il faut « devenir soi pour mieux s’insérer ».

Ce nouvel imaginaire éducatif s’accompagne d’une multiplicité d’innovations organisationnelles qui redessinent les frontières du champ. De nouvelles organisations émergent dans ou à la périphérie des systèmes, prétendant assumer tout ou partie du projet éducatif (apprentissage, socialisation normative, formation du sujet) : opérateurs de soutien scolaire, d’accompagnement des enseignants ou des équipes ; dispositifs d’accueil des élèves décrocheurs ; écoles privées, écoles religieuses ou homeschooling.

Ces forces centrifuges interrogent le programme démocratique que prétendait poursuivre l’école moderne. La conférence examinera ce nouvel imaginaire éducatif ainsi que ses déclinaisons organisationnelles et professionnelles, tout en réfléchissant à la relation complexe qui s’établit entre ce mouvement de fonds et les différentes formes de critique sociale qu’on peut adresser à l’école.