Archives de l’auteur : Fabien Thétaz

L’équipe de projet participe au Congrès suisse de sociologie avec une communication sur les controverses et la nécessité de les (re)contextualiser

L’équipe du projet (Hervé Rayner, Fabien Thétaz et Bernard Voutat) participe au Congrès de la Société suisse de sociologie qui se tiendra au mois de juin à l’Université de Lausanne. Dans le cadre de l’atelier « Controverses sociotechniques et dynamiques sociales », elle présentera une communication intitulée « De l’objet de la controverse à la controverse comme objet: (re)contextualiser! ». Il s’agira d’exposer un modèle théorique centré sur les mobilisations et de discuter de la place des énoncés et des discours dans l’analyse des controverses, affaires et scandales. Continuer la lecture

Nouvelle loi sur le renseignement adoptée par le National. Même clivage qu’en 1990 et affaire des fiches en toile de fond.

Vote sur la nouvelle LRens (RTS)

Vote sur la nouvelle LRens (RTS)

La nouvelle loi sur le renseignement a été adoptée par le Conseil national le 17 mars par 119 voix contre 65. Comme en 1990 lors du vote sur l’abolition de la police politique, la gauche a été minorisée par le vote des partis bourgeois.
La loi prévoit un renforcement de l’arsenal de surveillance à disposition du Service de renseignement de la Confédération (SRC) : observation des faits dans des lieux privés, si nécessaire au moyen de micros, perquisitions secrètes de systèmes informatiques, écoutes téléphoniques, utilisation de drones. Ces « recherches spéciales » ne pourront être mises en oeuvre qu’avec une autorisation limitée dans le temps et délivrée par le TAF et le DDPS. Si un renforcement des moyens de surveillance fait l’unanimité, la gauche aurait souhaité renforcer les mécanismes de contrôle.
Les éditorialistes se demandent comment ces nouveaux moyens seront mis en oeuvre par un service qui jusqu’à présent a surtout brillé par son amateurisme. On se souvient ainsi de l’informaticien qui en 2014 avait réussi, avec une facilité déconcertante, à voler quantités de données secrètes.

Allusions à l’affaire des fiches

Le SRC (RTS)

Le SRC (RTS)

En toile de fond de ces débats, l’affaire des fiches est systématiquement rappelée. Mais la référence au scandale sert surtout à montrer que le climat a bien changé. « Le traumatisme lié à l’affaire des fiches, il y a 25 ans, où l’on découvrit que 700 000 personnes avaient été fichées, semble bien loin. Les récentes actualités – attentats de Paris et de Copenhague, révélation de l’affaire des trois Irakiens emprisonnés à Berne soupçonnés de faire partie d’une cellule de l’Etat islamique, départs de résidents suisses pour le djihad – ont fini par convaincre la plupart des sceptiques », peut-on lire dans le Temps du 17 mars. Ces allusions journalistiques montrent en tout cas que l’affaire des fiches reste un événement repère dans la culture politique suisse et continue de susciter des débats sur sa signification.

Menace de référendum
Le Conseil des Etats se prononcera en juin. Si des modifications ne sont pas apportées au projet de loi, la gauche menace de lancer un référendum. « Une chose est claire: si le Conseil des Etats ne parvient pas à corriger massivement la LRens, un référendum sera inévitable », pouvait-on entendre dans les rangs des Verts. Du côté de la droite, pas de panique. Yannick Buttet (PDC/VS): « Un référendum… je me réjouis de cette discussion. Cela montrera qui soutiendra nos concitoyens et qui non. » Un tel discours n’est pas sans rappeler l’époque de guerre froide lorsque la police politique fichait les « mauvais Suisses »…

Un magnifique ouvrage fait dialoguer fiches de la police politique et photos de l’activiste zurichois Miklos Rozsa

5_5_mkr_cpressSorti en fin d’année passée et édité par la maison indépendante cpress, le magnifique ouvrage consacré au photographe et activiste Miklos Klaus Rozsa revient de manière originale sur la période agitée des années 1970 et 1980 lorsque jeunes alternatifs et policiers s’affrontent presque quotidiennement. L’ouvrage de 600 pages met en perspective les photos de Rozsa et les fiches correspondantes de la police politique, principalement celle de la ville de Zürich. Dans une composition sobre et sans commentaires, le recueil permet au « lecteur » d’imaginer aisément l’ambiance effervescente qui régnait alors.

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Quatrième de couverture:

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Révision controversée de la loi sur la surveillance de la correspondance: certains y voient un retour de « l’Etat fouineur »

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Logo de la Jeunesse socialiste suisse utilisé pour sa campagne contre la révision de la LSCPT

La nouvelle loi sur la surveillance de la correspondance par poste et télécommunication (LSCPT), actuellement débattue au Parlement, prévoit la conservation par les opérateurs des données secondaires pendant une durée de 12 mois ainsi que l’utilisation de logiciels « espions » permettant d’infiltrer les ordinateurs et téléphones de suspects. Dans une résolution adoptée lors de son dernier congrès, le PS Suisse note que « la conservation des données par les fournisseurs de services fait de nous tous des criminels en puissance. Son rallongement à 12 mois la rend particulièrement intrusive dans la mesure où, sur la base de la durée des communications téléphoniques, de la géolocalisation du téléphone mobile, de l’identité de l’interlocuteur ou encore des objets des courriels échangés, il est tout à fait possible d’élaborer – très précisément – le profil de nos vies. »

Comme dans la plupart des débats portant sur la protection des données et la surveillance policière, il est fait référence à « l’Etat fouineur », une expression inventée à l’occasion du scandale des fiches, un événement qui reste saillant 25 ans après les faits. Pour les uns, les leçons n’ont pas été tirées de l’affaire et les droits fondamentaux restent menacés. Pour les autres, le contexte et les menaces ayant drastiquement évolué, un renforcement de la surveillance est jugé inévitable. Continuer la lecture

Sorti l’année passée, « Skandal und Nation » de l’historienne Dorothee Liehr retrace les luttes de sens autour de l’affaire Kopp et du scandale des fiches

9783828833524Issu d’une thèse en histoire réalisée à l’Université de Zürich par Dorothee Liehr et publié en fin d’année passé, l’ouvrage « Skandal und Nation » retrace finement la suite de controverses qui ébranle la Suisse au début des années 1990 : affaire Kopp, scandales des fiches et de la P-26, boycott des 700 ans de la Confédération. S’appuyant sur la presse écrite et audio-visuelle, une série d’entretiens avec des protagonistes des affaires et quelques sources officielles, Dorothee Liehr contribue à comprendre un période charnière de l’histoire politique suisse, qui n’avait étonnamment pas fait l’objet de travaux scientifiques d’envergure.

Malgré quelques faiblesses théoriques et une prise de position normative discutable, l’ouvrage de Liehr apporte un éclairage intéressant aux « luttes d’interprétation politiques » des années 1988-1991. Une originalité du travail consiste à faire le lien entre les affaires et la remise en cause de l’image de la « nation » ou du moins sa mobilisation dans les discours autour des dénonciations.

Une recension exhaustive de l’ouvrage sera publiée prochainement sur ce site. Continuer la lecture

A l’occasion des 25 ans de la publication du rapport de la CEP DFJP, Swissinfo discute de l’évolution de la perception de la surveillance policière

Fin 2014, le site d’information swissinfo revenait sur l’affaire des fiches avec cette accroche: « la Suisse se souvient ». « L’Etat fouineur » est certes resté un référentiel commun de la vie politique suisse, à l’image du Watergate aux Etats-Unis, il n’en demeure pas moins que « l’époque a changé ». Généralisation de l’usage des réseaux sociaux et nouvelles menaces terroristes auraient adouci les craintes liées à la surveillance de masse. Le projet de nouvelle loi sur le renseignement, actuellement en phase parlementaire, donne d’ailleurs de nouveaux pouvoirs d’investigation aux services de protection de l’Etat.

Bienvenue sur le site du projet FNS sur l’affaire des fiches

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Financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique et mené au sein d’une petite équipe de l’Institut d’études politiques, historiques et internationales de l’Université de Lausanne, le projet de recherche sur l’affaire des fiches vise à mettre à jour la dynamique et les ressorts d’un des plus grands scandales que la Suisse moderne ait connu. Vous trouverez de plus amples informations sur le cadre théorique et méthodologique du projet sur cette page et quelques repères historiques sur le scandale des fiches sur cette page.

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