Conférences plénières

Lorenzo Bonoli (axe 1)

La formation professionnelle : derrière le « modèle helvétique », quels compromis ?

Depuis quelques années, la formation professionnelle suisse suscite un intérêt croissant aussi bien en Suisse que sur la scène internationale. Cet intérêt est motivé par un système présenté comme étant en mesure d’offrir non seulement du personnel qualifié pour les entreprises du pays, mais aussi une transition facile de l’école vers le marché du travail pour les jeunes générations. Deux caractéristiques majeures retiennent l’attention :l’apprentissage dual, qui prévoit une alternance entre enseignement à l’école et formation sur le lieu du travail, et le partenariat public-privé qui prévoit une étroite collaboration entre instances étatiques (Confédération et Cantons) et instances privées (Associations professionnelles et Entreprises). Or, si ces deux éléments constitutifs du système sont souvent loués au niveau international, les conditions de leur émergence et de leur développement sont souvent peu connues. Un regard historique sur leur origine nous permet de relever la nature complexe, progressive et négociée de leur mise en place. Ce regard rétrospectif mettra en évidence la recherche d’un compromisentre les acteurs principaux du domaine comme la caractéristique majeure du système suisse tout au long de son évolution. Une recherche d’équilibre qui caractérise tout le système de formation professionnelle et les logiques qui le traversent, à partir des structures de la gouvernance du système jusqu’à ses finalités, qui oscillent entre visées sociales, objectifs pédagogiques et exigences économiques ;une recherche d’équilibre qui façonne aujourd’hui encore un système de formation professionnelle complexe – avec ses points forts et ses points faibles. Cet équilibre, sans cesse rediscuté, participe largement au plébiscite de la filière, que ce soit par les acteurs du terrain, par les politiques ou encore par le grand public.

 

Rafael Merino Pareja (axe 2)

Formation professionnelle : des jeunes qui choisissent ou qui sont choisi-e-s ?

L’interrogation posée en titre fait référence à une question complexe qui renvoie à des facteurs historiques, sociaux, politiques et éducatifs. Pour tenter d’y répondre, l’exposé sera divisé en trois parties. La première proposera une brève approche socio-historique de la construction de l’« offre », c’est-à-dire de la manière dont la formation professionnelle a été institutionnalisée comme filière éducative plus ou moins attractive pour les jeunes. Le deuxième axe se concentrera sur la discussion du concept de choix, à la croisée des chemins entre vision structuraliste et individualiste, ce afin de comprendre la construction des biographies des jeunes. Le troisième axe proposera un panorama global à partir de résultats empiriques. Y seront présentés les profils des jeunes qui suivent une filière de formation professionnelle dans différents pays, en mettant l’accent sur certains mécanismes de reproduction des inégalités sociales. Pour conclure, seront examinées certaines implications pour les politiques éducatives, en particulier celles visant la transformation de la formation professionnelle en une filière plus « attractive » pour les jeunes.

Fabienne Maillard (axe 3)

La formation professionnelle dans le système éducatif français : une métamorphose permanente au service d’une meilleure insertion des diplômés ?

Si, en France, la formation professionnelle n’occupe pas dans le système éducatif la même place que dans d’autres pays comme la Suisse ou l’Allemagne, la professionnalisation des diplômes et leur déclinaison en compétences s’y sont généralisées, au nom des évolutions du travail et de l’emploi comme d’une meilleure employabilité des diplômés. Depuis la loi du 17 janvier 2002, tous les diplômes y sont devenus « à finalité professionnelle », même lorsque la poursuite d’études fait partie de leurs ambitions.

L’adéquation entre diplômes et emplois fait ainsi partie des leitmotivs des politiques publiques, lesquelles s’efforcent en même temps d’élever le niveau général d’éducation et d’atteindre des objectifs quantitatifs traduits en taux de diplômés à tel ou tel niveau. Or, bien que l’appel à l’emploi et la démocratisation des diplômes soient au cœur de ces objectifs, leurs corrélations avec le fonctionnement du marché du travail n’apparaissent pas immédiatement.

Dans l’enseignement professionnel, par exemple, qui relève du second degré, la scolarisation a souvent pris le pas sur la professionnalisation, alors que les ouvriers et les employés persistent à représenter une part importante de la population active et que leurs activités professionnelles réclament des savoir-faire spécifiques. Les filles sont par ailleurs très nombreuses à être orientées dans des formations qui mènent mal à l’emploi, mais dont l’offre augmente pour généraliser l’accès à un diplôme et massifier le nombre des détenteurs d’un baccalauréat.

Bien que les règles de définition des diplômes prévoient de laisser une part importante aux représentants des entreprises, à la formation en alternance et à la prospective des emplois, les réformes permanentes qui affectent les diplômes professionnels se passent volontiers du dialogue social, font des promesses difficilement tenables et tendent plus souvent à brouiller l’image et la valeur d’échange des parchemins qu’à en assurer la reconnaissance par les employeurs.

Dès lors, visent-elles l’insertion professionnelle ou bien l’avènement d’un nouveau modèle salarial, fondé sur l’individualisation de la relation salariale, l’instabilité professionnelle et la labellisation des compétences « productives » ?

Séverine Depoilly (axe 4)

Filles et garçons dans l’enseignement professionnel français : De l’apprentissage de l’ordre du genre à sa mise en question.

Cette présentation consacrée à l’analyse des quotidiens scolaires d’élèves de l’enseignement professionnel français peu qualifié et peu qualifiant, préparant aux métiers des secteurs tertiaires et du bâtiment, vise un double objectif.

L’enseignement professionnel, de par les filières de formation qu’il propose, est particulièrement segmenté du point de vue du genre. Il véhicule ainsi un certain nombre d’attendus en termes de manières d’être et de faire genrées et jugées nécessaires à la réussite du parcours de formation et au bon exercice du métier. Le premier objectif de cette communication sera de saisir ce qui dans l’ordre des contenus de formation, des savoirs techniques et professionnels transmis, des relations élèves-agents scolaires, mais aussi élèves-élèves du même sexe et du sexe opposé, participe au maintien, dans l’enseignement professionnel, d’un ordre du genre traditionnel.

Le second objectif est de saisir, par l’analyse notamment de ce qui se joue dans les coulisses de l’école et des classes, la variété des modes de réponses des élèves à ces tentatives d’assignations identitaires genrées allant de la conformation à de multiples formes de contestation et de mise à distance de normes de genre.

La démonstration se fondera sur l’analyse de données d’enquêtes ethnographiques – observations des espaces vie scolaire, classe et interstitiels et entretiens auprès d’élèves et d’agents scolaires – conduites entre 2005 et 2018 dans différents lycées professionnels, situés en zones urbaines et rurales, accueillant des filières de formation variées (administration-gestion, coiffure, esthétique, soin à la personne, transport routier, maçonnerie, plomberie).