« Une guerre personnelle »

Mercredi 8 décembre, Jean-Michel et moi sommes allés au théâtre de Vidy voir « Une guerre personnelle« , par le Théâtre KnAM d’après « Alkhan-Yourt » (dans La couleur de la guerre) et autres récits inédits d’Arkadi Babtchenko.

Théâtre documentaire témoignant de la guerre en Tchétchénie, en langue russe sous titré français. Utilisation d’une caméra filmant les comédiens en direct, un écran au lointain. L’image nous rappelle notre façon de vivre les guerres à travers le prisme des médias. Sur scène, chacun est tantôt acteur parfois caméraman. La projection évite ainsi la confusion, elle installe une distance entre la réalité d’un plateau et celle du véritable théâtre des opérations. On ne joue pas à la guerre, on en rend compte à travers les mouvements des acteurs et les mots des témoignages parfois dits, parfois filmés.

Les acteurs ne se touchent pas ou peu, isolés, livrés à eux-mêmes, chacun dans son propre combat, sa guerre personnelle. Dans l’air le bruit des balles et des bombes, l’odeur de la poudre, sur scène de la terre et de l’eau. La guerre c’est le bruit, la pluie, le froid. La terre légère et belle devient boue, gadoue, elle blesse les visages et les corps, les recouvre. Sous les projecteurs la guerre prend alors les traits de cette nature qui dépasse les humains, les frigorifie, les trempe, les perd entre tempêtes et accalmies, puis les enterre.

Beau spectacle, on est touché par le récit de cette guerre là, son actualité et sa réalité. Mais peut-on parler de la guerre sans impliquer nos émotions, sans en affirmer notre dégoût? La nature est-elle la seule voie pour traduire l’horreur de la guerre? Ne pourrait-on pas en parler froidement ? La disséquer?

A l’issue de ce spectacle nous repartons donc avec quelques questions de plus, mais quelques décisions aussi…

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