GRIME

Dans la foulée du colloque Penser l’émancipation, qui s’est tenu à l’Université de Lausanne, les 25-27 octobre dernier, son comité d’organisation lausannois a constitué un Groupe de recherche interfacultaire sur les mouvements d’émancipation (GRIME). Ce collectif s’est fixé pour objectif d’incarner dans la durée, à l’UNIL, les objectifs fixés : favoriser la diffusion des recherches et réflexions portant sur l’émancipation humaine ; créer des ponts entre les disciplines et les écoles ; susciter des échanges et des discussions qui échappent à l’esprit de chapelle. Certaines des conférences ont été filmées et les vidéos sont directement accessibles dans les liens ci-dessous dans les archives.

Contact
Groupe de recherche interfacultaire sur les mouvements d’émancipation (GRIME).
Histoire – Théories – Pratiques
Pour toute information complémentaire : Jean.Batou@unil.ch ; Sébastien.Guex@unil.ch; Silvia.Mancini@unil.ch; Stefanie.Prezioso@unil.ch

Conférences à venir

Conférences du GRIME semestre hiver 2014-15

Les musulmans dans la révolution russe (1917-1923)

avec Xavier Hallez

Jeudi 27 novembre, 17h15 (Géopolis, salle n° 2144)

L’intervention de Xavier Hallez aura pour sujet la représentation politique des musulmans dans la période révolutionnaire russe. L’attention sera portée tout particulièrement sur la constitution d’organes soviétiques et communistes musulmans au sein des populations tatares, bachkires et centrasiatiques et sur les principaux acteurs musulmans de ces nouvelles institutions (Mullanur Vahitov, Mirsaid Sultan-Galiev, Šarif Manatov et Turar Ryskulov). Les activités de ces derniers seront abordées au travers de leurs relations à la fois avec le pouvoir russe, local et central, et avec les autres milieux musulmans actifs dans les années 1917-1923. Il sera question de l’élaboration d’une vision de l’Orient révolutionnaire et de la délimitation de la politique nationale par les bolcheviks.

Xavier Hallez, chercheur associé au CETOBAC (EHESS, Paris), a soutenu une thèse d’histoire, dont l’intitulé est : « Communisme national et mouvement révolutionnaire en Orient : parcours croisés de trois leaders soviétiques orientaux (Mirsaid Sultan-Galiev, Turar Ryskulov et Elbekdorž Rinčino) dans la construction d’un nouvel espace géopolitique entre 1917 et 1926 ». Son projet de recherche en cours est consacré à l’évolution des structures et des pratiques politiques dans les steppes kazakhes entre 1868 et 1938.

Conférences passées

Au-delà de la haine et de la faillite de l’Etat :
sur quelques grilles de lecture problématiques des conflits en cours

Mercredi 21 mai, 17h15 (Géopolis, salle n°2227)

avec Marielle Debos, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Paris Ouest Nanterre, membre de l’Institut des Sciences sociales du Politique. Elle est notamment l’auteure de Le Métier des armes au Tchad, le gouvernement de l’entre-guerres, Paris, Karthala, 2013.

La construction européenne et sa crise: éléments pour une lecture marxiste

Mardi 18 mars, 17h15 (Géopolis, salle n°2227)

avec Cédric Durand, économiste, est Maître de Conférences à l’Université Paris-13 et enseigne aussi à l’EHESS. Auteur de nombreuses études, dont Le capitalisme est-il indépassable ?, Paris, Textuel, 2010, il vient d’éditer l’ouvrage collectif Pour en finir avec l’Europe, Paris, La Fabrique, 2013.

Deux raisons justifient de tenter aujourd’hui un approfondissement de la réflexion théorique sur la construction européenne. Premièrement, le fait que depuis 2010 l’UE a été l’épicentre de la grande crise que connaît le capitalisme contemporain, crise qui a pourtant démarré aux État-Unis. C’est l’UE qui a connu le recul du PIB le plus marqué, bien que dans des proportions très variables selon les pays. Il y a donc une singularité de l’Europe dans cette crise qu’il convient d’éclairer. Le second élément renvoie à l’acuité des débats: la question européenne travaille aujourd’hui en profondeur les corps sociaux et divise intellectuels et militants. Dans cette présentation je me propose d’abord d’examiner ce que la crise nous a appris de l’UE en jetant les bases d’une interprétation de la séquence spécifiquement européenne de la crise. Afin d’apprécier plus précisément les processus à l’oeuvre, il convient ensuite d’ancrer l’analyse dans des cadres conceptuels éprouvés. A cette fin, je proposerai une relecture contemporaine du débat fondateur, entre Ernest Mandel et Nikos Poulantzas, des années 1970 sur le processus d’intégration européen. Enfin, une interprétation régulationniste de la construction européenne permettra de montrer que le rééchelonnement spatial des formes de l’étatité au cours de la construction européenne a permis un renversement de la hiérarchie des formes institutionnelles aux dépens du rapport salarial. Les implications politiques possibles de cette analyse seront présentées en conclusion.


Premier bilan des révolutions qui ébranlent la région arabe (vidéo de la conférence)

Jeudi 5 décembre, 17h15 (Geopolis, salle n° 2227)

Avec Gilbert ACHCAR, professeur de sciences politiques, School of Oriental and African Studies (SOAS), Londres.

Dans son dernier livre – Le Peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Arles, Actes Sud, 2013 – Gilbert Achcar se distancie des interprétations simplistes des soulèvements qui ont ébranlé le monde arabe depuis décembre 2010 (culturelles, générationnelles, confessionnelles ou vulgairement policières). Il analyse d’abord les modalités particulières du développement du capitalisme dans cette région du monde. Celles-ci ont produit un blocage de la croissance dont les conséquences sociales dramatiques (pauvreté, inégalité, précarité, chômage surtout) se sont aggravées durant les dernières décennies sous l’effet du despotisme politique ambiant et du népotisme qu’il entretient comme mode de gouvernement.
Caractérisant ces soulèvements comme point de départ d’un processus révolutionnaire au long cours, et non comme une éruption aboutie (un «printemps arabe», selon une appellation séduisante mais trompeuse), l’auteur livre une analyse concrète des forces sociales en présence et dresse un bilan d’étape, pays par pays, de la Tunisie à la Syrie en passant par l’Égypte, le Yémen, le Bahreïn et la Libye. Il éclaire ce faisant le rôle ambigu des mouvements se réclamant de l’islam, notamment les Frères musulmans, et de leurs soutiens anciens et actuels à l’échelle régionale (le Royaume saoudien et l’émirat du Qatar), fidèles alliés des États-Unis. L’attitude de Washington face à la crise régionale est décortiquée. Achcar montre également les limites du «tsunami islamique» que d’aucuns ont pris comme prétexte pour dénigrer les soulèvements dans leur ensemble.

Vie, capitalisme contemporain et aliénation (vidéo de la conférence)

Mardi 19 novembre, 17h15 (Geopolis, salle n° 2227)

Avec Stéphane HABER, professeur de philosophie à l’université Paris-X Nanterre, spécialiste des théories de l’aliénation en référence à Marx et à Freud.

Dans son dernier livre – Penser le néocapitalisme, Paris, Les Prairies ordinaires, 2013 – l’auteur montre que l’univers économique du capitalisme s’organise autour d’une tendance au toujours plus qui débouche sur un mouvement d’expansion global (toujours plus de capitalisme) ; il s’organise aussi autour d’habitudes et d’institutions qui, tout à la fois, expriment et stimulent un tel impératif d’accroissement illimité.
Pourquoi ces deux caractéristiques ? Parce que la société capitaliste abrite des «puissances autonomes» (des mondes propres, tels que l’univers de la finance, des entreprises, des dispositifs techniques, etc.) qui, sur la base de la logique du profit, visent inexorablement leur reproduction élargie. Elles trouvent les moyens de poursuivre cette fin en entrant en synergie les unes avec les autres.
Ces puissances, devenues trop autonomes, trop remuantes, trop imbues d’elles-mêmes par rapport aux intérêts humains les plus généraux et les plus importants nous dépossèdent de notre capacité de vivre et d’agir. Une telle approche permet de comprendre la nature du «néocapitalisme» : l’âge où ces puissances autonomes se présentant sous une forme décomplexée, exigent de toute la vie sociale et psychique qu’elle se cale sur leurs exigences propulsives d’accélération et de performance.

Création artistique et capitalisme (vidéo de la conférence)
Mardi 29 octobre, 17h15 (Geopolis, salle n° 2227)

Avec Isabelle GARO, philosophe, spécialiste de Marx et du marxisme. Elle collabore au séminaire « Marx au 21e siècle » de la Sorbonne et à la revue Contretemps.

Dans son dernier livre – L’Or des images. Art-Monnaie-Capital, Paris, La Ville brûle, 2013 – l’auteure montre comment la création artistique peut à la fois s’intégrer et échapper à la logique économique capitaliste. Elle propose une approche marxiste de l’activité artistique, question à la fois difficile et centrale pour qui se réclame de cette tradition. Difficile, car on connaît la résistance de cet objet aux analyses de type matérialiste; Centrale, car déjà chez Marx, malgré l’absence de théorie esthétique explicite, la référence à l’art est constante et sert de contrepoint à la critique de l’économie politique.
L’art, comme activité, ne peut pas entièrement être assimilé par le capital. C’est la raison pour laquelle Marx ne cesse de faire référence au travail de l’artiste pour donner à voir ce que pourrait être le travail non aliéné. L’artiste n’est pas une survivance contemporaine de la production artisanale, mais l’anticipation vivante d’une abolition de l’aliénation.
Contre une histoire idéaliste des formes, séparant le monde de l’art du reste de la société, Isabelle Garo multiplie les analyses d’œuvres picturales et cinématographiques pour mettre en lumière cette autoréflexion de l’art sur lui-même. C’est en tant qu’activité qui s’intègre et échappe à la fois à la logique capitaliste que l’art occupe une place privilégiée pour penser les contradictions du monde social et leur possible dépassement.

– Mercredi 8 mai, 12h15, Géopolis, salle n° 2215 :
Quel avenir du syndicalisme face à la montée du chômage de masse, de la précarité et de la mondialisation ?
Avec Sam GINDIN, ancien responsable de recherche du syndicat de l’automobile au Canada, professeur à l’Université de York (Toronto) et membre du comité de rédaction de la revue Socialist Register.

– Mercredi 22 mai, 12h15, Géopolis, salle n° 2215 :
Sociétés, politique, socialisme et marxisme dans l’Amérique latine d’aujourd’hui.
Avec Fernando Martinez Heredia, Directeur de L’Institut cubain de recherche culturelle Juan Marinello et titulaire de la chaire Antonio Gramsci rattachée à ce même Institut.