La finale de Marc dans le Vat. Ar. 13

rédigé par Sara Schulthess

Le manuscrit Vat. Ar. 13 ne conserve aujourd’hui plus que les lettres de Paul et des fragments des évangiles de Matthieu, Marc et Luc. Voici la liste des cahiers et de leurs contenus:

listecahier

Le texte de l’évangile de Marc s’arrête ainsi au chapitre 16, verset 8 (f. 74v). La question se pose alors: quelle finale de Marc le Vat. Ar. 13 a-t-il ?

Voici la dernière ligne du folio 74 v :

(…) عجب و قرع و وجل فلم تقولا لاحد شيا لانهما

que l’on peut traduire par: … émerveillement et tremblement et peur, et elles ne dirent rien à personne car (dernier mot illisible)

On notera que:

  • sans aller dans le détail, le texte qualifie l’état des femmes avec trois qualificatifs. Cette variante se trouve chez D W pc it sams.
  • le folio 74v se termine bien avec le verset 8.

Le texte se terminait-il ici ou continuait-il sur le folio suivant? Comme nous n’avons pas non plus la fin des autres évangiles, nous ne pouvons pas savoir comment ceux-ci se terminaient. Les lettres de Paul se terminent toutes par un excipit de quelques lignes. Or, si excipit il y avait, celui-ci se trouvait vraisemblablement sur le folio suivant. Il n’est donc pas possible de déterminer à l’aide du manuscrit quelle finale de Marc le texte du Vat. Ar. 13 possédait à l’origine.

Une finale courte dans le Vat. Ar. 13 serait le résultat d’une traduction faite sur un texte grec à la finale courte ou sur un texte syriaque à la finale courte – comme c’est le cas de la vieille syriaque sinaïtique. De manière générale, le lien entre les versions arabes et la Vetus Syra n’est pas à prouver (voir par exemple Valentin sur le Sin. Ar. 112 (1)), mais plutôt à étudier en détail. Dans le cas du Vat. Ar. 13, Kashouh (2) et Monferrer-Sala (3) ne s’accordent pas sur l’origine de la traduction: le premier soutient que la partie la plus ancienne des évangiles (dont le texte de Marc) est traduite à partir d’un texte syriaque similaire à la Peshitta; le second suppose que celle-ci est traduite à partir d’un texte grec et corrigé sur un texte syriaque, probablement la Peshitta. Même si la conclusion est bien différente, Kashouh et Monferrer Sala s’accordent donc sur une proximité avec la Peshitta, et non un autre texte syriaque. Si le texte des évangiles est bien proche de la Peshitta, Vat. Ar. 13 avait probablement la finale longue de Marc.

Cette conclusion est toutefois à relativiser au vue de la variante que nous avons mentionné plus haut. Les trois qualificatifs émerveillement/tremblement/peur ne se trouvent pas dans la Peshitta, ce qui démontre que le texte peut très bien s’éloigner de la Peshitta. Une fois de plus, l’histoire textuelle du Vat. Ar. 13 se révèle complexe. Cela montre la nécessité d’en étudier le texte dans le détail, ce que nous entreprenons pour la première lettre aux Corinthiens.

***

(1) Valentin Jean, « Les évangéliaires arabes de la bibliothèque du Monastère Ste-Catherine (Mont Sinai) : Essai de classification d’après l’étude d’un chapitre (Matth. 28). Traducteurs, réviseurs, types textuels », Le Muséon 116, 2003, pp. 415-477. (retour)
(2) Kashouh Hikmat, The Arabic Versions of the Gospels, The Manuscripts and their Families, Berlin, Boston, De Gruyter, 2012 (Arbeiten zur neutestamentlichen Textforschung 42), pp. 142-170. (retour)
(3) Monferrer-Sala Juan Pedro, « An Early Fragmentary Christian Palestinian Rendition of the Gospels into Arabic from Mar Saba (MS Vat. Ar. 13, 9th c.) », Intellectual History of the Islamicate World 1, 2013, pp. 69‑113. (retour)

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