Petit compte rendu de la journée IRSB 29 octobre 2014

rédigé par Sara Schulthess

La journée du 29 octobre 2014 fut ensoleillée, mais surtout très enrichissante. Les différents exposés de la journée d’étude de l’IRSB, organisée autour du projet FNS se complétaient bien les uns les autres et les discussions qui les ont accompagnées ont été très constructives.

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Jakub Sypiański (Université Aix/Marseille) nous a présenté la problématique des missions scientifiques abbassides à Constantinople et des échanges de manuscrits. Pour éclairer ce phénomène, Jakub Sypiański utilise comme sources les écrits de genre historiographique des ṭabaqāt. Par l’analyse de ces sources, on peut voir que les échanges de livres entre Bagdad et Constantinople sont certainement en partie une construction historique. Souligner l’origine des livres pouvait en effet jouer un rôle positif (comme de rehausser le prestige du texte, surtout pour les textes de type « alchimiques »), ou un rôle négatif (dénigrer le calife impliqué dans l’importation). Toutefois, il s’agit très certainement aussi une réalité historique, comme le montre notamment la reprise à Byzance de la production de manuscrits à cette époque, après un siècle de pause dans la production littéraire.

Herman Teule (Nijmegen Radboud Universty) a développé le thème de l’arabisation et du bilinguisme des communautés chrétiennes. Ce contexte de biculture et bilinguisme (voire triculture/trilinguisme) est la toile de fond des mouvements traducteurs. Herman Teule a montré que l’adaptation en arabe de la littérature « interne » (pour un public chrétien) s’est fait avec plus ou moins de résistance. Il est intéressant de voir que le passage du syriaque à l’arabe a parfois été problématisé dans certains écrits, comme dans les « échanges » entre l’évêque nestorien Elie de Nisibe et Abu’l-Qasim al-Husain ibn ‘Ali al-Magribi (cf. Sur l’unicité du Créateur et la trinité de ses personnes, XIe siècle). La question y est posée : quelle langue est supérieure, le syriaque ou l’arabe ? L’évêque nestorien prendra la défense du syriaque, le vocabulaire théologique en arabe n’étant pas encore assez établi – l’évêque composera d’ailleurs par la suite un dictionnaire arabe-syriaque. De manière générale, Herman Teule souligne que les Chrétiens syro-orientaux ainsi que les Melkites adoptèrent plus rapidement la langue arabe que les Syro-occidentaux.

Samir Arbache (Université catholique de Lille) nous a proposé un parcours de la langue arabe, partant d’une tradition orale jusqu’à une culture de l’écrit. C’est la constitution d’un état, et non l’aspect religieux, qui donne à la langue arabe son assise écrite, vers la deuxième moitié du VIIe siècle. Samir Arbache nous a ensuite présenté le Sin. Ar. 72, manuscrit complet des évangiles et daté de 897. Il est le meilleur représentant d’une famille manuscrit traduit à partir du grec, dont le type de texte serait césaréen (notion toutefois discutée en critique textuelle du NT). Ce manuscrit représente certainement une des plus anciennes traductions des évangiles qui nous est parvenue. L’édition de l’Evangile de Luc a été publiée en 2012 aux Editions Safran.

Sara Schulthess (Université de Lausanne) a fait une présentation portant sur les manuscrits arabes des lettres de Paul. Elle a présenté l’état des connaissances sur les manuscrits arabes des lettres de Paul, défendant que les lettres de Paul furent traduites en arabe parallèlement aux évangiles, et non plus tardivement comme plusieurs chercheurs le pensent, et que celles-ci étaient tout aussi populaires que les versions arabes des évangiles. Elle a ensuite présenté quelques aspects du Vat. Ar. 13. La section paulinienne a très vraisemblablement été traduite du grec mais comporte de nombreuses corrections sur la Peshitta. Il est intéressant de constater que Monferrer Sala(1) arrive à une même conclusion pour les évangiles après une réévaluation de Mt 11,1-19, alors que les évangiles étaient généralement considérés comme traduits du syriaque.

Un grand merci aux intervenants et à tous les participants !

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(1)Monferrer-Sala, “An Early Fragmentary Christian Palestinian Rendition of the Gospels into Arabic from Mar Saba (MS Vat. Ar. 13, 9th c.)”, Intellectual History of the Islamicate World 1 (2013), p. 69-113. Ici p. 95.(retour)

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