The Arabic Manuscripts of the Pauline Epistles: The case of the Vat. Ar. 13

rédigé par Sara Schulthess

Le 24 novembre, j’ai présenté, à l’Annual Meeting de la SBL à Baltimore, quelques résultats de recherche sur le Vat. Ar. 13, que je propose de résumer ici.

Le manuscrit Vat. Ar. 13

Le Vat. Ar. 13 n’est pas daté, mais les chercheurs le considèrent comme particulièrement ancien:

  • « Codex antiquissimus […] inter codd. arabicos »
    Mai, Scriptorum nova collectio e Vaticanis codicibus edita IV, Romae Typis Vaticanis, 1831, p. 11.
  • « The oldest representative of this class, perhaps the oldest monument of Arab Christianity. »
    Burkitt, « Arabic Versions », Dictionary of the Bible, Vol. 1, Edinburgh: T&T Clark, 1898, p. 136-138. P. 136.
  • « Aelteste Sammelhandschrift mag einmal cod. Vat. ar. 13 gewesen sein »
    Graf, Geschichte der christlichen arabischen Literatur. Vol. 1, Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana, 1944, p.171.

Ce manuscrit a été particulièrement porté à notre attention, car il joue un rôle important dans l’argumentation de Kashouh en faveur d’une traduction des évangiles en arabe avant ou parallèlement à l’arrivée de l’Islam:

1. The autographed text of h1 [Vat. Ar. 13], in the Gospels only, was prepared in the sixth century in a place such as al-Hîra in Iraq […] ; 2. The autographed text of h1, in the Gospels only, was prepared in the early seventh century and coincides with the rise of Islam. It was prepared for the Arab Christians in al-Hîra, Basra or Najrân. This version precedes all other versions of the Gospels prepared in the second half of the seventh or early eighth century. (1)

Mais que savons-nous réellement sur ce manuscrit?

Contenu

Nous savons, grâce à un colophon en grec sur le dernier folio, que le manuscrit contenait à l’origine une traduction des psaumes, des quatre évangiles, des Actes des apôtres, des sept lettres catholiques et des quatorze lettres de Paul.

Aujourd’hui, il nous reste uniquement des fragments des évangiles (Mt 1.1-28.11, Mc 5.19b-16.8, Lc 3.31-7.11) et les lettres de Paul.

Origine du manuscrit

Le manuscrit ne comporte pas d’indications quant au lieu où il aurait été composé/copié. Monferrer-Sala et Kashouh, ainsi que Burkitt à l’époque, se prononcent en faveur du couvent de Mar Saba.

Bien que rien ne vienne pour l’instant confirmé ce lieu de production, il est vrai que nous avons pu remarqué des caractéristiques linguistiques correspondant à ce que Joshua Blau appelle le Early Middle Arabic.(2) Blau a développé cette catégorie linguistique à l’aide de manuscrits sud-palestiniens datant des 9e-10e s., ce qui pourrait correspondre au monastère de Mar Saba ou celui de Sainte-Catherine.

Caractéristiques paléographiques

Dans son analyse de la partie des évangiles, Kashouh présente des arguments paléographiques en faveur de l’antiquité de cette partie du manuscrit.(3) Nous pouvons remarquer que la plupart des caractéristiques avancées se retrouve dans notre partie du manuscrit. Par exemple:

  • la queue du mîm finale est courte et a une courbe, qui le fait ressembler à un râ’;
  • les bâ’ et tâ’ finaux n’ont pas de barres qui remontent;
  • le demi-cercle du nûn final pointe davantage vers le bas que vers le haut; etc.

Pour Kashouh, la partie évangiles (copie d’un texte plus ancien) remonterait au 8e s. Les similarités entre les écritures nous orientent vers une date ancienne pour la section paulinienne. De même, une comparaison avec le Sin. Ar. 151, qui est daté de 867, pourrait appuyer une datation du 9e s.

Toutefois, la prudence est de mise – la paléographie ne saurait ici suffire à arrêter une date.

Une copie

Il est évident que la section paulinienne, à l’image de la section évangélique, est une copie – nous avons pu remarqué plusieurs erreurs de copistes (dittographies, homoioteleuton).

Une traduction du syriaque ?

La majorité des chercheurs semble penser que la traduction des évangiles a été faite à partir du syriaque et la traduction des épîtres pauliniennes à partir du grec:

  • Mai 1831: traduit du grec
  • Burkitt 1898: évangiles traduits du syriaque, Paul traduit du grec
  • Graf 1944: évangiles traduits du syriaque et du grec, Paul traduit du grec
  • Kashouh 2011: évangiles traduits du syriaque (Peshitta), Paul traduit du grec

Or, à partir de l’analyse de la première épître aux Corinthiens, il nous semble évident que la traduction a été établie à partir du syriaque. Ici quelques exemples:

  • Les noms propres ont généralement une translittération syriaque, ici deux exemples (en 1 Co 1.12 et 1 Co 1.14): Apollos et Stéphane

nom

  • Le texte a souvent des leçons syriaques, comme ici en 1 Co 1.11 ou en 1 Co 1.13
1co1.11
« On m’a envoyé » en syriaque et en arabe, contre « on m’a déclaré » en grec.

1co1.13

Interrogatif « pourquoi » devant « le Christ est-il divisé » en syriaque et en arabe.

Au fur et à mesure de l’étude de 1 Co, les indices en faveur d’une traduction faite à partir du syriaque s’accumulent. Il reste à comprendre pourquoi les chercheurs étaient jusqu’à présent persuadés de l’origine grecque de la traduction.

Conclusion

Nous pouvons poser comme conclusions provisoires que les lettres de Paul dans le Vat. Ar. 13 ont été copiés du syriaque et non du grec.

Notre manuscrit pourrait remonter au 9e s., et est une copie d’un manuscrit plus ancien.

Devons-nous partager les conclusions de Kashouh, qui place le texte autographe des évangiles du Vat. Ar. 13 au 6e ou 7e s. à al-Hirâ, Basra or Najrân? Pour ma part, je partage l’opinion de Sydney Griffith, qui défend que les évangiles ont étés traduits en arabe durant le premier siècle abbasside, en premier lieu dans un milieu melkite. Dans notre cas, peut-être Mar Saba? L’origine syriaque de la traduction ne contredit pas cette hypothèse: nous pouvons penser au trilinguisme du théologien Abû Qurra, qui fut moine à Mar Saba. De plus, notre texte contient des caractéristiques propres au Early Middle Arabic identifiées par Blau, qui a travaillé à partir de manuscrits arabes chrétiens sud-palestiniens, du 9e-10e s.

***
(1) Kashouh, H., The Arabic Versions of the Gospels. The Manuscripts and their Families, De Gruyter, Berlin, 2011, p. 169.(retour)
(2) Blau, J., A Grammar of Christian Arabic: Based Mainly on South-Palestinian Texts from the First Millennium. CSCO Vol. 267, 276, 279, Louvain: Secrétariat du Corpus SCO, 1967. (retour)
(3) Kashouh, H., The Arabic Versions of the Gospels, p. 145-146. (retour)

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