Workshop international FNS

MEDIAS & TRAVAIL.
Nouvelle visibilité, représentations et culture visuelle des groupes professionnels (XXe-XXIe siècles)

10-12 février 2016, Université de Lausanne

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Mercredi 10 février 2016
Le travail médiatisé : objets, approches, méthodes

Dès 13h : Accueil (Géopolis, salle 1620)

13h30 : Introduction du colloque

14h : Sabine Chalvon-Demersay (EHESS),
Réflexions autour des héros de séries télévisées : les êtres de fiction comme objets sociologiques

Discutants : David-Olivier Jaquet-Chiffelle (UNIL) et Benoît Verdier (URCA)

15h30-17h : Sessions parallèles / Atelier 1
1a / salle 2121 / Sabine Chalvon-Demersay (EHESS) et David-Olivier Jaquet-Chiffelle (UNIL), Etudier les êtres de fiction: définitions et méthodes
1b / salle 2144 / Pierre-Yves Connan (URCA) et Elsa Gimenez (UNIL), Collecter et traiter les matériaux du web

17h30 : Guillaume Le Saulnier (URCA) et Michaël Meyer (UNIL),
L’appropriation des médias dans les milieux professionnels : programmes et défis

Jeudi 11 février 2016
La mise en spectacle médiatique de la force publique

9h : Introduction de la journée

9h30 : Peter Manning (Northeastern University)
Police Work, Social Media and the Shadows of Technology

Discutant : Samuel Tanner (Univ. de Montréal)

11h : Chris Greer (City University London)
Trial by Media and Institutional Scandal

Discutants : Olivier Delémont (UNIL)

14h-15h30 : Sessions parallèles / Atelier 2
2a / salle 2121 / Samuel Tanner (Univ. de Montréal) et Michaël Meyer (UNIL), La preuve par l’image : caméras embarquées et production de la légitimité
2b / salle 2144 / Guillaume Le Saulnier (URCA) et Sarah Saïdi (UQAM), Web et réseaux sociaux dans la communication policière

16h-17h30 : Sessions parallèles / Atelier 3
3a / salle 2121 / Christian Mouhanna (Cesdip, CNRS) et Quentin Rossy (UNIL), La police et ses outils : entre mythe médiatique et efficacité professionnelle
3b / salle 2144 / Barbara Villez (Univ. Paris 8) et Héloïse Boudon (Univ. Paris 2), Police et justice en séries : les séries TV comme matériaux de recherche

Dès 18h30, Lecture-discussion, Librairie Basta-Dorigny
« Ecrire le métier : policiers-auteurs« 
En présence des écrivains : Yves Patrick Delachaux et Serge Reynaud

Vendredi 12 février 2016
Mondes professionnels, récits visuels et médias

9h : Introduction de la journée (Géopolis, salle 1620)

9h30 : Aurélie Jeantet (Univ. Paris 3) et Emmanuelle Savignac (Univ. Paris 3)
Les représentations des mondes du travail au prisme de leurs émetteurs

11h : Magali Uhl (UQAM)
La narration visuelle, une pensée en présence

14h : Table ronde : “Professionnels du croire en images : processus de création d’une série
avec Benoît Verdier (URCA) et l’équipe de la série «Ainsi soient-ils» (ARTE, France, 2012-2015, 3 saisons)
En présence des scénaristes Vincent Poymiro et David Elkaïm, et de François Sauvagnargues, Délégué Général Fipa.

15h30 : Conclusion

***

A propos du workshop international

Les groupes professionnels font l’objet d’une médiatisation croissante. Celle-ci résulte de la prolifération des moyens de communication, mais aussi de la constitution du monde du travail comme préoccupation prioritaire dans l’information, et comme ressort narratif dans la fiction. Elle tient également à l’extension des «relations presse» dans les secteurs public et privé, et à la démocratisation de la parole publique à la faveur de l’internet 2.0. En effet, les interfaces numériques offrent aux professionnels un terrain propice à l’autopromotion, à la mise en débat ou encore à la circulation des savoirs (Convert et Demailly, 2007). Dans ce contexte de « nouvelle visibilité » (Thompson, 1995), le monde privé des professions se trouve ainsi, de plus en plus, placé voire projeté sous le regard et le débat publics. C’est le cas, notamment, des métiers de la sécurité (Le Saulnier, 2012 ; Meyer, 2012 ; Goldsmith, 2010 ; Galera, 2008), de la justice (Villez, 2005), de la santé (Chalvon-Demersay, 1999) ou encore de l’enseignement (Bigeon, 2010 ; Chalvon-Demersay, 2003). Ce processus de publicisation et de sémiotisation fournit aux collectifs de travail une tribune providentielle pour faire voir et valoir leurs intérêts ; mais il bouscule leur capacité à produire une image cohérente et positive, en termes de contrôle des informations et de maîtrise des apparitions publiques.

Pourtant, ce phénomène reste un point aveugle ou un angle mort de la recherche en sciences sociales, malgré la centralité des professions dans la société contemporaine mais aussi dans la tradition sociologique (Dubar, 2004). Ainsi, on sait que toute profession se ramène à une construction rhétorique, au sens où elle résulte d’une argumentation rationnelle (et au-delà de procédés dramaturgiques) pour revendiquer une compétence, conquérir, exercer, conserver un statut, et dans certains cas monopoliser une activité (Abbott, 1988 ; Freidson, 1984). Mais on ignore largement le rôle et la place des médias dans ce mécanisme d’institutionnalisation : comment et dans quelle mesure sont-ils mobilisés dans le travail politique et symbolique destiné à « construire la compétence » (Paradeise, 1985 :18) auprès de l’Etat, de l’environnement sectoriel et du public ? De même, on sait que les médias interviennent de façon significative dans la construction des identités sociales : non seulement ils symbolisent l’existence et la valeur des groupes sociaux aux yeux du plus grand nombre, mais en outre ils fournissent des ressources interprétatives pour définir le rapport à soi, à autrui et au monde (Le Grignou, 2003). Mais les études consacrées au poids des représentations et des imaginaires médiatiques dans la construction des identités au travail restent relativement rares.

Objectifs

Dès lors, ce workshop international se donne pour mandat d’interroger la médiatisation des groupes professionnels, à partir d’ancrages disciplinaires et de terrains d’enquête variés. Plus précisément, il entend questionner le rôle et la place des médias dans la représentation des collectifs de travail, et dans la construction des statuts et des identités professionnels. Il s’adresse à tous les chercheurs investis dans cette thématique, afin de discuter les approches, les hypothèses et les résultats, et de défricher un champ d’investigation original.

Pour cela, le workshop revendique un double parti pris. D’une part, dans une visée intégrative, il s’agit de dépasser la frontière des « genres », au sens sémiotique du terme (Jost, 1997), pour penser dans un même mouvement l’ensemble des récits médiatiques mettant en discours ou en image une profession donnée, qu’ils relèvent de l’information, de la communication, de la fiction, ou encore de l’auto-publication en ligne. En effet, si ces mises en récit sont configurées et spécifiées par des «contraintes de production » (Charaudeau, 1997), elles dialoguent les unes avec les autres pour constituer une image publique d’ensemble. De plus, à la faveur des effets d’intertextualité et de la porosité plus ou moins accusée entre les genres (publi-information, « fiction documentarisante » (Pontarolo, 2004), etc.) elles peuvent se répéter, se confirmer, et ainsi contribuer d’autant à la construction et à la stabilisation des imaginaires sociaux sur le travail et les professions. Par exemple, le thème du « malaise policier » se matérialise tant dans les productions journalistiques sur les difficultés du métier, que dans les polars de facture réaliste mettant en scène des héros faillibles voire tragiques, ou encore dans les doléances exprimées par les policiers auteurs d’un blog sur leur métier.

D’autre part, il s’agit de penser les récits médiatiques comme un matériau signifiant passible d’une analyse textuelle ou filmique, mais aussi, dans une approche pragmatique, comme une activité sociale. Dans ce sens, tout récit médiatique constitue le produit fini d’un processus créatif inscrit dans une dynamique d’interactions et d’interlocutions, et impliquant des opérations de sélection et de cadrage, des stratégies énonciatives, des rapports sociaux entre des acteurs porteurs d’intérêts et de visions du monde plus ou moins concurrents. De même, tout récit médiatique, dans sa réception, appelle un travail d’interprétation (individuel ou collectif) au cours duquel sont élaborées et partagées des significations, et donne potentiellement matière à se définir tant subjectivement que socialement.

Par médiatisation, on entend ainsi « un processus complexe résultant de l’interaction entre divers acteurs collectifs et individuels et aboutissant à la présence d’un sujet dans les médias de masse et à des conflits pour l’interprétation et l’attribution de valeurs symboliques » (Bonnafous, 1999). On inscrira également les médias sociaux dans ce processus, ne serait-ce qu’en vertu de leur logique collaborative et conversationnelle. Une telle définition suppose de rompre avec le média-centrisme et de dépasser le clivage traditionnel entre représentations et pratiques, pour s’intéresser à la fois à la mise en récit de tel ou tel collectif de travail dans les médias, à l’ensemble des moyens mobilisés par ses membres pour intervenir dans le processus de médiatisation et façonner leur image publique, et à la réception de ces mêmes récits dans la profession considérée.

Axes de travail

Sur cette base, ce workshop international propose d’examiner la médiatisation des groupes professionnels sous trois angles distincts mais complémentaires, entre lesquels il existe une continuité théorique (Macé, 2000 :251) :

-la REPRESENTATION : comment et dans quelle mesure les groupes professionnels sont-ils donnés à voir, qu’il s’agisse de leurs membres, de leurs activités et relations de travail, des moyens à leur disposition, de leur vie privée, de leurs préoccupations individuelles ou collectives ? Quelles sont les modalités de leur mise en récit ? Quelles régularités mais aussi variations apparaissent (thèmes récurrents, structures énonciatives, figements discursifs, stéréotypes et contre-stéréotypes, figures ordinaires, héroïques ou controversées, etc.)? Cette représentation s’arrime-t-elle à des enjeux politiques ou normatifs (conquête ou défense d’un statut, intérêts catégoriels, reconnaissance sociale, etc.) ?

-la PRODUCTION : dans une profession donnée, quels sont les acteurs prenant part (officiellement ou non) à la mise en récit de leur activité ? Que s’efforcent-ils de faire voir et valoir ? Quelles ressources et stratégies mobilisent-ils à cette fin ? Quels sont leurs intérêts et leurs motivations ? Il peut s’agir aussi bien de la communication officielle (réactive ou proactive) à destination des journalistes, que des professionnels investis dans la création fictionnelle, ou de ceux qui interviennent dans le débat public en ligne pour raconter ou défendre leur métier.

-la RECEPTION : comment les professionnels perçoivent et évaluent-ils les récits médiatiques relatifs à leur activité ? Ces récits font-ils écho à leurs expériences ou leurs préoccupations au travail ? Leur appropriation génère-t-elle des effets de connaissance, des apprentissages informels ? Concoure-t-elle à l’élaboration et à la validation des identités professionnelles, dans le rapport à soi, au groupe et à l’extérieur ?

 

Coordination

Michaël MEYER, Université de Lausanne

Comité scientifique

Pierre-Yves CONNAN, Université de Reims Champagne Ardenne

Christian MOUHANNA, CESDIP, CNRS et Université de Versailles St-Quentin

Guillaume LE SAULNIER, Université de Reims Champagne Ardenne

Benoît VERDIER, Université de Reims Champagne Ardenne

 


 

BIBLIOGRAPHIE

BONNAFOUS S., 1999, « La médiatisation de la question immigrée : état des recherches », Etudes de communication, n° 22, p. 59-72 [mis en ligne le 27 novembre 2011. URL : http://edc.revues.org/2344]

CHALVON-DEMERSAY S., 1999, « La confusion des conditions. Une enquête sur la série télévisée Urgences », Réseaux, n° 95, p. 235-283

CHARAUDEAU P., 1997, Le discours d’information médiatique. La construction du miroir social, Nathan, coll. « Médias et recherches »

CONVERT B., DEMAILLY L., 2007, Les groupes professionnels et l’internet, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales »

DUBAR C., 2004, La socialisation. Construction des identités sociales et professionnelles, Armand Colin, coll. « U. Sociologie »

FREIDSON E., 1984, La Profession médicale, Payot, coll. « Médecine et sociétés » GALERA Y., 2008, Les gendarmes dans l’imaginaire collectif. De 1914 à nos jours, Nouveau Monde

éditions JOST F., 1997, « La promesse des genres », Réseaux, n° 81, p. 11-31

LE GRIGNOU B., 2003, Du côté du public. Usages et réceptions de la télévision, Ed. Economica, coll. « Etudes politiques »

MACE E., 2000, « Qu’est-ce qu’une sociologie de la télévision ? Esquisse d’une théorie des rapports sociaux médiatisés (1). La configuration médiatique de la réalité », Réseaux, n° 104, p. 247-282

MEYER M. (dir.), 2012, Médiatiser la police. Policer les médias, Editions Antipodes, coll. « Médias et histoire »

PARADEISE C., 1985, « Rhétorique professionnelle et expertise », Sociologie du travail, n° 1-85, p. 17-31

PONTAROLO S., 2004, « Documentarisation des séries policières ? L’exemple de la télévision française », BEYLOT P., SELLIER G. (dir.), Les séries policières, L’Harmattan, coll. « Les médias en actes », p. 151-169

VILLEZ B., 2005, Séries télé : visions de la justice, PUF