Appel à communication

L’appel à communication pour le colloque « Montrer le travail et les groupes professionnels » est ouvert jusqu’au 30 mars 2015.

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Appel à communications

La sociologie s’intéresse de plus en plus aux images du travail comme autant de « récits », de mises en spectacle, tant du travail en train de se faire que des groupes professionnels dans leur identité de métier. Considérant avec Guy Debord que « le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes médiatisé par cet ensemble d’images», on envisage pour ce colloque de rassembler des contributions concernant le spectacle du travail abordé sous l’angle des métiers, et portant un regard relevant pleinement des sciences sociales (sociologie, anthropologie ou histoire notamment) sur les corpus mobilisés. On considèrera le rôle déterminant de ces images des professions, en ce qu’elles participent massivement à la production de métaphores sur chacune des familles de métiers et plus globalement sur le travail contemporain et ses évolutions. Ces images matérielles sont d’autant plus importantes à étudier qu’elles envahissent notre quotidien et qu’elles permettent d’éclairer les processus de construction symbolique du monde social (Kenneth Burke).

En écho à la journée consacrée aux images des métiers produites par les groupes professionnels eux-mêmes qui s’est tenue à l’Université de Poitiers en février 2015 et dont le CR32 était partie prenante, on s’intéressera ici aux représentations médiatisées de l’activité laborieuse et/ou professionnelle produites par autrui. Ces images, fixes ou animées, anciennes ou récentes, semblent toujours receler une dimension d’exemplarité à destination du public, appelant une réaction d’identification, d’admiration, de compassion ou de solidarité envers des travailleurs (voire des groupes professionnels) représentés en héros ou victimes. Les images peuvent au contraire susciter un rejet, par exemple du « mauvais travailleur » (voire de tout un groupe professionnel), ou encore une réprobation du type de rapports sociaux mis en spectacle (le « sale boulot » de l’huissier par exemple, ou les financiers depuis la crise). Elles peuvent aussi exprimer un mépris de classe, à l’instar des images traditionnelles des « cris de Paris » (Milliot, 1995). C’est ainsi son caractère normatif qui fonde le spectacle du travail, renforçant la dimension morale du travail imprégnée de l’esprit du capitalisme (Weber, 2004 ; Kalinowsky, 2005).

Les productions iconographiques qui concernent le travail et l’activité professionnelle, sont d’une diversité et d’une abondance vertigineuse. Le colloque est ouvert aux approches relevant de l’histoire sociale, sans restriction de période. Il est notamment (mais pas exclusivement) attendu que soient proposées, parmi d’autres, des communications s’intéressant à des éléments d’iconographie caractéristiques de l’époque moderne où l’art se sécularise, se détournant des représentations exclusivement religieuses pour donner à voir le paysan, le marchand ou le savant au travail, voire à des images explicitement destinées à « montrer les métiers », (de l’encyclopédie de Diderot aux cartes postales du « vieux Paris »). Sont également attendues des propositions orientées vers les objets contemporains de la

culture de masse, qu’il s’agisse d’image animée (fictions, documentaires, publicités, téléréalité) ou fixe (on pense par exemple aux sites internet ou aux bandes dessinées humoristiques consacrées aux « métiers »). Seront considérées comme potentiellement pertinentes les propositions clairement inscrites dans une démarche de lecture des images en termes de sciences sociales. Elles pourront par exemple se concentrer sur la dimension genrée des métiers et des tâches, sur les usages politiques du travail montré, sur le rapport entre métiers visibles et invisibles, sur les activités spectaculaires (artistiques ou sportives), sur la mise en scène de la relation de service (police, hôpital etc.), sur les risques professionnels et la prévention des accidents, ou sur l’héroïsation qui sous-tend certaines représentations contemporaines du « travailleur », entrepreneur, créatif, autonome. Tous les métiers peuvent être concernés, de même que les activités intermédiaires entre professionnel et non- professionnel (amateur, bénévole, militant). La condition première pour qu’une communication soit acceptée sera qu’elle présente et analyse des images d’un métier (ou un ensemble de métiers) clairement spécifié.

Propositions de communications

Sont attendues des propositions d’environ 3000 signes (espaces compris) renseignant clairement sur une problématique, des méthodes d’investigation, la nature du matériau empirique mobilisé et comportant une bibliographie.

La langue de communication est le français.
Envoi des propositions au plus tard lundi 30 mars 2015. Réponse aux auteurs lundi 20 avril 2015.
Envoi des propositions à : montrertravail@unil.ch

Comité scientifique : Romina Deriu (Uni. de Sassari, It), Sophie Divay (Uni. Reims, Fr), Charles Gadéa (Uni. Versailles St Quentin, Fr), Jean-Paul Gehin (Uni. Poitiers, Fr), Jean- François Orianne (Uni. Liège, Be), Christian Papinot (Uni. Poitiers, Fr), Marc Perrenoud (Uni. Lausanne, CH), Grazia Scarfo Ghellab (Ec. Hassania, Ma)

Comité d’organisation : Alba Brizzi (UNIL), Marc Perrenoud (UNIL), Romina Seminario (UNIL), Najate Zouggari (UNIL)

Références bibliographiques

Kalinowski Isabelle, « Le capitalisme et son « éthique », une lecture de Max Weber », Agone, 33, 2005, 253-264.

Milliot Vincent, Les cris de Paris ou le peuple travesti, Paris, Pub. de la Sorbonne, 1995. Weber Max, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 2004 (1904).