Livre de photographie et presse

Livre de photographie et presse

Dans l’après-guerre, l’album de photographie s’inscrit dans un paysage médiatique transformé en profondeur, où le livre ne constitue plus forcément l'instrument de connaissance et d’information prioritaire, concurrencé qu’il est par de nouveaux moyens de communication comme les journaux illustrés, le cinéma, la radio et bientôt la télévision, parmi lesquels il doit trouver sa place. Certaines des collections lancées dans la période, comme celles des Editions Rencontre, semblent chercher à rivaliser avec ces nouveaux médias rapides en traitant à leur tour de thèmes d’actualité, en impliquant des photographes d'abord actifs dans la presse ou en paraissant à un rythme mensuel digne de magazines. La frontière peut dès lors se faire mince entre reportage de presse et beau-livre. C’est le cas de Russie portes ouvertes de Dominique Lapierre et Jean-Pierre Pedrazzini (Payot, 1957), entreprise « multimédiatique » ayant impliqué, outre plusieurs éditeurs de livres, deux grands magazines, une chaîne de radio périphérique et un producteur de cinéma, et qui prendra les formes successives du reportage de presse, du recueil photographique et du film. Son sujet même, l’Union soviétique, témoigne de la façon dont une production livresque inscrite dans la tradition a priori inoffensive de l’album de voyage ne s’en fait pas moins l’écho des bouleversements et des crises du temps, que ce soit la Guerre froide, avec plusieurs ouvrages lausannois consacrés à l’URSS, aux pays de l’Est ou à Cuba, ou la décolonisation, à travers l’Algérie ou l’Egypte notamment.