Un homme « en état de poésie »…

Jean-François Reymond est artiste peintre. Mais tout au long de son riche parcours, il a aussi été accompagné par une multitude d’élèves, de l’école primaire aux beaux-arts. Avec chacun de ses étudiants de tous les âges, il n’a cessé d’ouvrir les portes d’un monde infini et secret qui commence, à portée de main, à la pointe du crayon. La différenciation n’est pas pour lui un concept pédagogique, c’est un «état de poésie» […]. (Barbara Fournier, dans Prisme, novembre 2012)

Cet « état de poésie » propice à l’invention, en peinture comme dans tous les arts, est avant tout le lieu d’un échange – sinon d’une confrontation. Jean-François Reymond y est immergé depuis que la passion du dessin, et de la peinture, l’a possédé. Non seulement elle le rend réceptif aux plus infimes variations des traces et des matières, mais elle situe sa démarche dans l’intimité de la pensée, cette résonance de l’âme dont il perçoit tous les tremblements, toutes les hésitations, toute la force expressive aussi. Est-ce parce que le livre est le véhicule par essence de la poésie qu’il s’est engagé dans une exploration aussi hasardeuse que déterminée de la gravure et, partant, de la page, conçue comme élément constitutif d’une architecture à réinventer et à moduler à l’infini? Sans doute le poète qui veille en lui – quand il ne dessine pas il écrit, ou lit – s’ingénie-t-il à transformer l’œuvre en livre, dans un mouvement de recyclage et de recentrage qui ne va pas sans interpeler nos qualité de lecteur autant que de spectateur.

Regardez ces livres… qui semblent ne pas en être. On pourrait les croire désincarnés. Calcinés. Regardez-les de plus près. Encore plus près…
Jean-François Reymond nous apprend combien le gris et le noir – le blanc aussi – peuvent vibrer, proposer des nuances colorées insoupçonnées. Une polyphonie.

Mais le livre, c’est tout d’abord une trace. Celle d’un temps construit. Il y a l’avant et l’après, l’ouverture et la fermeture. Et entre deux une capture du temps, entre les deux murs que forment les couvertures. Le livre comme gravure, avec tout ce que le mot évoque: gravité, gravidité, grève – cette limite entre la terre et l’eau, le mouvement et les racines, l’espace et le temps, étale, incertaine, imperceptible parfois: la Loire et ses sables dictent le rythme, assurément.

Portrait de Jean-François Reymond au chapeau
Savennières, 2013
(photographie de Bastiaan van den Berg)

 

Repères biographiques

 

Sur les berges de la Loire à Béhuard, août 1985 (photographie de Jean-Claude Vieillefond)