La médiation « volante » ?

Après l’angoisse de la postulation, le stress de l’entretien d’embauche, ce furent subitement l’excitation et l’émerveillement qui me submergèrent, notamment lors de ma première visite de l’exposition COSMOS avec Lionel Pernet, directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire. Mais au-delà de cet enchantement, un doute individuel et collectif subsistait… qu’entendions-nous, précisément, par la terminologie de médiation « volante » ? Difficile à répondre à cette question, alors que les spécialistes peinent souvent à trouver un consensus autour de la notion polysémique de médiation. Pour nous rassurer, Lionel Pernet nous confia qu’il s’agissait d’une expérience prototypique qui serait amenée à constamment évoluer au fur et à mesure de nos essais. Il ne fallait ainsi pas craindre une certaine incompréhension du public, son rejet sporadique et, donc, l’échec. De ce fait, il ajouta que pour mener à bien nos expérimentations, toutes les personnes impliquées dans l’aventure COSMOS avaient une entière confiance en nous et que, par conséquent, nous serions entièrement libres de choisir les objets, tableaux et thématiques de nos médiations, ainsi que leur modalité et leur durée. Dès lors, il était évident que, tout comme l’exposition fut principalement inspiré par l’identité, l’imaginaire et l’héritage du célèbre savant Alexander von Humboldt, mes activités de médiation se construiraient non seulement autour de mes savoirs disciplinaires (littéraires et historiques), mais surtout autour de ma personnalité, de mes intérêts pour les autres sciences, et avant tout de ma vision subjective du cosmos.

À ce stade, force est de constater que je serais bien embêté si je devais définir de manière concise ce qu’implique le travail d’un·e médiateur·trice volant·e, tant, à titre personnel, l’expérience vécue à tous les niveaux (de la théorie à la mise en action) est protéiforme. Par ailleurs, seules quelques études se sont saisies de la question de la médiation « volante ». Parmi celles-ci, Boris Urbas y dédie un chapitre et une étude de cas dans sa thèse sur « La communication scientifique muséale au prisme de l’action en présentiel : le cas du Pavillon des sciences » (Urbas 2014 : 167-194). Le très récent Musée des Confluences de Lyon (inauguré en décembre 2014) est également un pionnier dans la réflexion théorique et pratique sur la médiation « volante ». Aujourd’hui, les musées sont de plus en plus nombreux à saisir ce nouveau type de médiation, en témoignent notamment les expérimentations lausannoises du Musée Olympique et de l’exposition COSMOS.

On pourrait s’amuser à dresser une liste d’actions, de dispositions et d’idées qui construisent le voyage d’un·e médiateur·trice volant·e dans le cosmos vaudois du Palais de Rumine : l’observation, la patience, la contemplation, l’incompréhension, la déambulation, la compréhension, la réaction, l’adaptation, le dialogue, le questionnement, la (re)découverte et, surtout, au prisme de celles-ci, la transdisciplinarité. Ces quelques mots ne suffisent, bien évidemment, pas à caractériser la richesse d’une telle expérience. C’est pour cette raison que je vous proposerai, dans mes prochains articles, d’entrer hebdomadairement dans le quotidien de mon travail. Dans ce journal (presque intime par moment), je vous raconterai des rencontres étonnantes ou banales avec le public, le rapport que j’entretiens avec certains objets ou certaines salles, les chemins sinueux où m’emmène les savoirs, ou encore les doutes et réjouissances m’enveloppant lorsque je développe une nouvelle médiation ou lorsque j’en transforme consciemment ou inconsciemment une plus ancienne. Prochain chapitre : de la momie à l’utopie, une rencontre atypique et philosophique.

Steven Tamburini