Penser (avec) la culture vidéoludique, jour 0

Voici le premier d’une série de billets sur ce blog visant à fournir un résumé du colloque à travers les différents tweets échangés pendant ces quelques jours. Une manière cheap mais participative de garder une trace de ces journées chargées de connaissance, de science et de culture, mais aussi d’émotions et d’amitiés.

Nous espérons que des idées auront vu le jour durant cet événement et nous réjouissons de vous revoir dans deux ans (adressez-vous à Selim) ou peut-être avant, en France, en Belgique, en Suisse ou au Canada!

Bonne continuation dans tous vos projets <3 Lire la suite

13 jours, 3 tables rondes, 2000 jeux, 1 colloque

Le GameLab de l’Université de Lausanne se prépare pour la rentrée: deux de nos membres, David Javet et Yannick Rochat, sortent d’un marathon de tables rondes (Le Temps, Numerik Games, Staatslabor), tandis que le travail sur le fonds Bruno Bonnell a significativement avancé.

Table ronde 1

Le jeudi 17 août 2017, Yannick organisait en collaboration avec Le Temps une table ronde sur le thème de la scène suisse du jeu vidéo. Avec quatre invité-e-s (Marion Bareil, David Javet, Stéphane Intissar et Soufian Mahlouly), la discussion s’est intéressée à leurs parcours de vie, depuis leur arrivée dans le jeu vidéo jusqu’à leur situation actuelle. Le public avait répondu présent, les inscriptions devant être fermées moins de 24 heures après l’annonce de l’événement.

Avant et après, le public a pu tester des jeux vidéo suisses et participer à des tournois (Windjammers, Street Fighter II, Towerfall Ascension).

 

 

Un invité surprise se trouvait dans la salle en la personne de William Audureau, éminent journaliste du Monde, qui signait deux jours plus tard un état des lieux efficace du jeu vidéo suisse.

 

 

Dites-moi si je me trompe, mais le rédacteur en chef du Temps pour le numérique semble annoncer qu’il y aura d’autres soirées dédiées au jeu vidéo, non?

 

 

Table ronde 2

Du 25 au 27 août 2017 se tenait la seconde édition des Numerik Games à Yverdon. David y était responsable de la sélection d’une quinzaine de jeux vidéo indépendants pour un stand dédié. Il fut même convié à donner un discours lors de la cérémonie d’inauguration de l’événement.

 

 

Le lendemain, samedi 26 août, David et Yannick organisaient et animaient une table ronde de deux heures, à nouveau sur le thème du jeu vidéo en Suisse. Ils y invitèrent dix développeuses et développeurs de jeu vidéo à tour de rôle pour venir discuter des très nombreux aspects de cette scène, depuis les formations et le soutien étatique jusqu’à la gestion d’une communauté de joueuses et joueurs et aux moyens disponibles pour vendre un jeu.

 

 

Table ronde 3

Dernier épisode de la trilogie des tables rondes, David et Yannick en animaient une le 30 août 2017 à Berne, à l’invitation de Staatslabor, plateforme visant à permettre les rencontres entre différents secteurs du privé et le secteur public.

Ce soir-là, le thème était le serious game et nous avions sélectionné la liste des invités (Koboldgames, Digital Kingdom, Blindflug Studios et Oniroforge). Au début de l’événement, nous prîmes la parole pour mettre en évidence la qualité des productions de la scènce suisse en 2017.

 

 

Tintin au Tibet

Avant, toute la journée de la troisième table ronde, des membres du GameLab et des employés de l’entreprise Docuteam oeuvraient au tri et à la description du fonds Bruno Bonnell, important fonds légué au Musée Bolo par l’ancien président de la défunte compagnie française de production et d’édition de jeux vidéo Infogrames composé de près de 2000 jeux, ainsi que de hardware et de matériel promotionnel.

 

 

Et maintenant ?

Maintenant, place au colloque «Penser (avec) la culture vidéoludique» qui se déroulera à l’Université de Lausanne du 5 au 7 octobre 2017.

Avec deux tables rondes dans le programme, sera-t-il possible de convaincre David de collaborer à l’organisation, puis de les modérer?

En visite au LUDOV (Université de Montréal)

En visite récemment en Suisse pour la défense de thèse de Selim, le professeur Bernard Perron du Laboratoire universitaire de documentation et d’observation vidéoludiques (LUDOV) à l’Université de Montréal s’était gentiment moqué de l’appellation « GameLab » choisie alors que nous n’avons pas réellement de « laboratoire ».

J’ai saisi l’occasion d’être à Montréal pour la conférence annuelle en humanités numériques et je suis allé visiter le LUDOV et m’entretenir avec le professeur Perron sur la présentation qu’il donnera en clôture du colloque « Penser (avec) la culture vidéoludique » à l’Université de Lausanne (UNIL) qui se déroule du 5 au 7 octobre 2017.

Et… en effet, avec près de 90 plateformes et plus de 3’500 jeux, des écrans de toutes sortes, un vidéo-projecteur, des sièges appropriés, les chercheuses et chercheurs du LUDOV ont à leur disposition tout le matériel nécessaire pour travailler dans de bonnes conditions sur le jeu vidéo de toutes les époques, à la manière de ce qui est mis à disposition par l’UNIL pour la recherche sur le cinéma.

Voici quelques photos et commentaires de la visite.

Les lieux

Tout d’abord, il faut savoir que laboratoire est réservé aux membres du LUDOV, ainsi qu’aux étudiant-e-s travaillant sur le jeu vidéo, qui doivent s’annoncer à l’avance.

Les ordinateurs ci-contre tournent sous différentes déclinaisons de Windows.

 

Lorsqu’un-e étudiant-e se rend au laboratoire, la console demandée est déjà installée sur un de ces postes.

 

Deux télévisions HD, des consoles, des boîtes de jeux, des fauteuils IKEA Poäng (de loin le meilleur rapport confort/prix de l’histoire du mobilier d’intérieur). À droite, on voit le mur destiné à l’écran du vidéo-projecteur.

 

Un autre espace de jeu.

 

Consoles et ordinateurs

Des meubles de rangement faits sur mesure ont été commandés pour ranger jeux et consoles. Ils sont fermés à clé, ce qui procure une sécurité supplémentaire (il y a pour plus d’une centaine de milliers de dollars canadiens de matériel dans ces lieux).

 

Seeeee-gaaaaa !

 

Une Commodore 64 et une VIC-20, ainsi qu’une ZX Spectrum (pour faire ça bien, la collection remonte très loin).

 

Les jeux

Sans oublier quelques miliers de jeux : ici N64 et PlayStation 2 (et Videopac ?).

 

Des jeux NES.

 

Des cartouches Atari VCS et Intellivision (au fond).

 

Un kit de tir complet (jeu, boîte, manuel, etc.) pour l’Odyssey, la première console de salon.

 

On aperçoit une Vectrex. Il y a également une Virtual Boy et nombre d’autres disposées un peu partout. La collection du LUDOV couvre bien l’histoire du jeu vidéo et pour chaque boîte de jeu ou console le professeur Perron a une anecdote à raconter. Construire une telle collection demande en effet de rester à l’affût des sites de petites annonces et de l’annonce de brocantes et autres vide-greniers afin de réussir à déceler de bonnes opportunités.

 

Dans ces conditions…

… il faut avouer qu’à Lausanne nous accusons un certain retard sur Montréal et d’autres universités nord-américaines ou européennes.

La recherche sur le jeu vidéo à l’UNIL repose actuellement sur une pratique à la maison, sur une collection personnelle, et ni l’une ni l’autre ne se trouvent à l’Université. Il est dès lors difficile de partager une expérience de jeu et de l’analyser en groupe, tout comme il est n’est pas aisé de mettre en place un corpus sur lequel plusieurs personnes peuvent travailler, ou tout simplement d’avoir un espace approprié dans les murs de l’Université pour étudier cet objet de recherche comme il se doit.

Un véritable laboratoire avec télévisions, jeux et consoles : c’est un objectif que notre groupe d’étude va chercher à réaliser pour un avenir que l’on espère pas trop lointain !

UPDATE! [9.8.2017] Le professeur a attiré mon attention sur cet entretien, qui complète la lecture ci-dessus.

 

Pour une sauvegarde du patrimoine informatique et vidéoludique

Le quotidien 24 heures a publié aujourd’hui (jeudi 22 juin 2017) en ligne ainsi qu’en page 2 du journal imprimé un papier rédigé par le GameLab sur la sauvegarde des patrimoines informatique et vidéoludique. Nous voulions également rendre les lecteurs de ce journal attentifs à la campagne en cours actuellement de récolte de dons pour le Musée Bolo.

Comme nous avons dû adapter la version originale (4400 signes) pour le format proposé par le 24 heures (2800 signes), voici ci-dessous la version originale.

Dans un sous-sol obscurci gît un monstre de métal fait de circuits imprimés et de transistors. La Cora 1 – c’est son nom – appartient à la préhistoire des ordinateurs. Durant l’Expo 64, elle exhibait ses capacités algorithmiques en dessinant patiemment le château de Thoune devant le regard interpellé des badauds. Auparavant, elle servait à l’armée suisse pour le calcul de trajectoires balistiques. La Cora 1 constitue une pièce importante du patrimoine culturel helvétique et mondial, ainsi qu’un jalon de l’histoire de l’informatique. Un jalon qui aurait pu disparaître sans l’intervention d’une poignée de bénévoles.

L’obsolescence programmée, la détérioration des matériaux, le manque de ressources financières et d’espaces de stockage menacent constamment les objets techniques. Si tous les yeux sont aujourd’hui tournés vers la Silicon Valley, la Suisse n’a pas à rougir de ses apports au monde de l’informatique. Quand en 1974 Jean-Daniel Nicoud, directeur du “Laboratoire de micro-informatique” de l’EPFL, créait le micro-ordinateur Smaky 1, il démarrait une gamme de machines qui n’avait rien à envier aux ordinateurs domestiques américains de l’époque, que ce soit en termes d’ergonomie ou de puissance de calcul. Ce même laboratoire contribua également à repenser les “souris” à côté de nos claviers, plus tard commercialisées par la multinationale Logitech. Deux exemples parmi tant d’autres qui illustrent l’importance pour la Suisse d’une stratégie rationnelle de valorisation – et donc, de conservation – de son patrimoine informatique et vidéoludique.

Force est de constater que, pour l’heure, ce dernier ne reçoit pas l’attention qu’il mérite. Une telle conservation ne serait pourtant en rien inédite. Suite aux efforts des bénévoles de l’association MO5 ou de la Japan Preservation Society, les patrimoines vidéoludiques français et japonais sont désormais protégés. Les initiatives d’archivage débordent désormais les cercles des seuls passionnés. Conscientes des enjeux de cette patrimonialisation, des institutions publiques comme la Bibliothèque nationale de France ou le Musée national du jeu de Rochester dans l’État de New York soutiennent désormais cette conservation.

Aujourd’hui, en Suisse, deux musées sauvegardent le patrimoine informatique : le Musée Bolo à l’EPFL et le Enter Museum à Soleure. Le musée lausannois, administré par une fondation, bénéficie du travail d’une association de bénévoles qui récupèrent et réparent les machines, avant de les entreposer dans l’un des dépôts de stockage situés en région lausannoise… La Cora 1, mais aussi une foule de modèles de Smakys et tout un lot d’accessoires de Logitech y ont trouvé refuge. À cette manne nationale s’ajoutent de nombreuses machines conçues par de célèbres marques telles qu’Apple ou Silicon Graphics, ainsi que des consoles et des fonds de jeux vidéo, à l’instar de la collection personnelle de Bruno Bonnell, créateur d’Infogrames, entreprise française phare des années 1980-1990.

Privé d’un espace d’exposition à la hauteur de son impressionnante collection, le Musée Bolo est actuellement en grande difficulté : l’entreprise qui partageait avec le musée son espace de stockage principal s’apprête à en résilier le bail, menaçant la conservation de pas moins de «5’000 ordinateurs et consoles de jeux, 8’000 logiciels, 15’000 livres et magazines».

Cette situation menace directement un matériel de recherche devenu précieux pour la communauté scientifique. La qualité de bon nombre d’activités de recherche est tributaire non seulement des fonds d’archive à disposition, mais aussi de l’expertise des spécialistes en conservation et en restauration. Eux seuls sont en effet à même de donner accès à des objets autrement introuvables, ou injouables.

Pour cette raison, le UNIL GameLab – groupe d’étude sur le jeu vidéo de l’Université de Lausanne – soutient le Musée Bolo dans sa campagne en cours de récolte de dons (go.bolo.ch). Par-delà leur obsolescence technique, les objets informatiques et les logiciels qu’ils accueillent sont des objets culturels à part entière. Nous sommes convaincus qu’écrire l’histoire helvétique de ce patrimoine et en documenter l’innovation passe par la sauvegarde de ces collections, ainsi que par la pérennisation des musées qui les hébergent.