À hue à dia à Dada !

Karawane, Hugo Ball, Zürich, 1916

C’est affublé d’un costume « cubiste » confectionné pour l’occasion que Hugo Ball entonne, crie et éructe Karawane, poème à l’abstraction revendiquée. Nous sommes au Cabaret Voltaire en 1916 à Zürich, lieu où cohabitent des artistes venus de divers horizons géographiques et artistiques. Sur cette photographie devenue canonique du mouvement Dada, on perçoit donc Hugo Ball dans son étrange costume de carton qu’il faut imaginer bleu pour les jambes et son corps et doré pour le col-manteau à la doublure rouge carmin. Cette sorte de cape lui permet de « battre des ailes » à l’aide des coudes à chaque scansion des mots du texte. Sur la tête, un haut de forme ou un tube en carton ou une coiffe de chaman aux rayures bleues et blanches.

Autour de lui, deux pupitres sont disposés (il y en avait en fait trois, un de chaque côté de la scène) lui permettant de passer d’un texte à l’autre quand bon lui semble. Heureusement, la scène est petite puisque, encastré dans ses tubes, Hugo Ball ne peut pas bouger. Ses amis ont dû le porter sur scène quelques secondes plus tôt. Sur les deux pupitres « extérieurs », des poèmes « onomatopéiques » lus de la manière la plus sérieuse qui soit, en battant des ailes et en évitant tout sentiment de ridicule. Parmi ceux-ci, Karawane. Le poète dada termine sa performance face au public et improvise une nouvelle manière de scander pour capter l’attention et éviter les rires : chanter les voyelles dans le style « des récitatifs de l’Eglise ». Hugo Ball parle d’un sentiment presque religieux (il finira par étudier le christianisme en Suisse).

Table ronde du 28 janvier 2017 sur Dada à La Grange à voir ici