Emilienne Kobelt

Enjeux du plurilinguisme à l’Administration fédérale : la représentativité à l’épreuve de l’efficacité

Emilienne Kobelt a obtenu une licence en sociologie, puis un DEA en analyse des politiques publiques, à l’Université de Genève. Elle a collaboré à deux projets de recherche sur le plurilinguisme à l’Administration fédérale, à l’Institut de science politique de l’Université de Zurich et à l’Institut de plurilinguisme de l’Université et de la HEP de Fribourg. Elle a soutenu sa thèse le 26 novembre 2015, sous la direction du Prof. Bernard Voutat (IEPHI).

Cette thèse vise une meilleure compréhension des enjeux et rapports de force liés au plurilinguisme dans une institution publique. Son terrain d’investigation est constitué par l’Administration fédérale suisse, propice pour étudier les questions ayant trait à la représentativité linguistique, l’idéologie langagière, la politique linguistique et les pratiques linguistiques sur le lieu de travail.

La théorie de la bureaucratie représentative constitue le point de départ du cadre théorique. Selon celle-ci, les administrations publiques devraient représenter tous les groupes sociaux de leur pays. Leur personnel devrait « refléter » la diversité de cette population pour des raisons d’égalité, de légitimité et de stabilité politique. Cependant, le critère linguistique est rarement étudié dans ce cadre. Afin de combler ce manque de théorie, je me suis tournée vers la théorie politique, la sociologie des organisations et la sociolinguistique critique.

Les données sont constituées de 49 entretiens semi-directifs menés dans deux offices fédéraux, ainsi que des textes officiels réglementant le plurilinguisme et la représentativité linguistique à l’Administration fédérale. J’ai ainsi confronté les conceptions des collaborateurs/trices sur le plurilinguisme – exprimées dans les entretiens – avec celles de l’institution, reflétées dans sa politique linguistique.

Mon analyse a démontré que, selon les acteurs/trices ou le contexte, les enjeux liés au plurilinguisme se situent à des niveaux distincts : lorsque l’institution s’efforce de créer un lieu de travail affichant l’égalité des langues officielles, les collaborateurs/trices perçoivent le plurilinguisme comme un élément parmi d’autres qui influence l’efficacité de leur travail.

L’intérêt de cette recherche se situe tout aussi bien au niveau pratique que théorique : d’une part, mes observations définissent certaines « barrières » empêchant les pratiques linguistiques plurilingues et une représentativité linguistique proportionnelle à celle du pays. Elles contribuent ainsi à une réflexion concrète sur la manière de les surmonter. D’autre part, l’application au plurilinguisme, dans une institution publique, de concepts et modèles théoriques issus de disciplines variées permet d’ouvrir un regard neuf sur ceux-ci.