Keynotes

 

Thomas Berns : « Gouvernementalité algorithmique et éthos scientifique »

Après avoir exposé la structure normative propre à la gouvernementalité algorithmique contemporaine, je voudrais montrer en quoi elle semble tirer sa puissance normative de sa capacité à annuler tout éthos scientifique avec les armes propres à celui-ci. Dans un troisième temps, je tenterai de rétablir la possibilité d’une résistance adéquate depuis les sciences sociales.

Thomas Berns (1967) est professeur de philosophie politique à l’Université Libre de Bruxelles où il dirige le Département de Philosophie et des sciences des religions et de la laïcité.

Philosophe du politique, du droit et des normes au sens large, il est l’auteur de Violence de la loi à la Renaissance (Paris, Kimé, 2000), Droit, souveraineté et gouvernementalité (Paris, Léo Scheer, 2005), Gouverner sans gouverner. Une archéologie politique de la statistique (PUF, 2009) et le co-auteur de Responsabilités des entreprises et corégulation, (Bruylant, Bruxelles, 2007) et de Du courage. Une histoire philosophique (Editions des Belles Lettres, 2010).

Ses travaux actuels portent, outre sur la pensée politique à la Renaissance et au seuil de la modernité, sur la question générale de la guerre et la philosophie des relations internationales, et sur les nouvelles formes de normativité comme le contrôle statistique.

Il est aussi directeur de l’Institut interuniversitaire Renaissance et Humanisme (Bruxelles), et membre du Conseil d’administration de l’Université Libre de Bruxelles, du comité de rédaction de la revue Multitudes et de la revue Ethique, Politique, Religions, et enfin du « Conseil de la transmission de la mémoire » (Communauté Française de Belgique).

 

Jean-Marc Larouche : « De l’éthique en recherche : entre le « faire-Pouvoir » et le « pouvoir-Faire » »

Face au «faire-Pouvoir» de l’éthique en recherche qui s’est développé au gré de dispositifs de régulation et de certification éthique de la recherche conduite avec êtres humains, les chercheurs en sciences sociales en appellent à «pouvoir-Faire» de l’éthique en recherche, soit à s’engager dans une démarche réflexive sur l’éthique en jeu dans des situations de recherche, tant en cours d’enquête, qu’en son amont et en son aval. Nous plaiderons pour cette démarche réflexive sur les manières dont l’éthique est en jeu dans les différentes phases de la recherche : la phase préparatoire (en amont), la phase d’effectuation (dans le cours), la phase de suivi (en aval). Nous le ferons à partir du contexte canadien où, depuis près de vingt années, les chercheurs en sciences sociales doivent composer avec les requisits des comités d’éthique de la recherche. Ceux-ci ont le mandat de mettre en oeuvre un Énoncé de politique en éthique de la recherche avec des êtres humains qui couvre tant les sciences humaines et sociales, les sciences naturelles et le génie que les sciences de la santé. Si cet Énoncé s’est ouvert aux particularités de la recherche en sciences sociales, dont la perspective critique et les méthodes qualitatives, et qu’il invite à un «pouvoir-Faire» de l’éthique en recherche (démarche réflexive), le «faire-Pouvoir» des comités d’éthique de la recherche agit comme serre-freins et produit des effets pervers, celui de faire-avec ce «faire-Pouvoir».

Jean-Marc Larouche est professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis 2006. De 1999 à 2006, il a été professeur au département de sciences des religions de la même université (1999-2006) et de 1988 à 1999 à l’Université Saint-Paul (Ottawa). Docteur en sciences des religions (1989, Université d’Ottawa), ses enseignements, recherches et publications portent sur les rapports entre religion, éthique et société et sur les enjeux éthiques de la recherche. Il a publié et co-publié trois livres, dirigé de nombreux volumes et numéros de revue, ainsi que publié plus d’une quarantaine de chapitres et articles dans des collectifs et revues spécialisées. Au cours des dernières années, il s’est particulièrement investi dans les études durkheimiennes avec la co-direction du Laboratoire d’études durkheimiennes de l’UQAM et la publication d’articles sur l’actualité de la sociologie durkheimienne. Depuis 2012, il assure la présidence du Réseau des écoles doctorales en sociologie/sciences sociales (RéDoc) de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF).