Descriptif du colloque

Si l’enquête en sciences sociales et humaines peut recourir à une grande diversité de perspectives théoriques et une pluralité de démarches méthodologiques, la démarche de l’enquête est traversée de caractéristiques, de problèmes et de pièges propres à la recherche sur/ancrée dans le monde social. En effet, le travail sociologique s’appuie sur un recueil de données qui engage le/la sociologue par rapport à ses informateurs. En-deçà de ce travail de recueil de données, le/la sociologue peut aussi être engagé.e par rapport aux commanditaires de ses recherches. Fort des données qu’il/elle aura recueillies, il/elle va construire une théorisation, le cas échéant en mêlant des acteur.e.s à ce travail dans des méthodologies coopératives. Ensuite viendra la publication des résultats. Là, le/la chercheur.e assumera des responsabilités par rapport à la communauté scientifique, mais aussi plus largement vers le « public » et, parmi ce public, vers ceux et celles qui ont été ses informateurs et informatrices et ceux et celles qui sont directement touché.e.s par les questions soulevées. S’il/elle doit remettre un rapport à des commanditaires, il est probable qu’il/elle réfléchira aux usages possibles de ses travaux et qu’il/elle se sentira responsable d’usages qui pourtant lui échapperont. Informateurs, partenaires de recherche, lecteurs, communauté scientifique, grand public… autant d’acteurs et de situations d’interaction qui soulèvent divers enjeux éthiques autour du travail sociologique.

En outre, la recherche est toujours une activité située et, en ce sens, le contexte dans lequel elle se construit la détermine également, en lui imposant des contraintes qui peuvent conduire le/la chercheur.e à renoncer ou, au contraire, à entrer en résistance ou en dénonciation. Cette dimension politique, renvoie aussi à ce qu’on appelle souvent la régulation éthique de la recherche (avec ses dispositifs, chartes, comités…), au nom de laquelle on voit apparaître de plus en plus de dispositifs conduisant les chercheurs à devoir soumettre leurs méthodologies, leurs protocoles d’enquête à des instances chargées de statuer sur la validité normative, voire juridique de leurs recherches. Or, ces instances ne sont pas forcément compétentes du point de vue des questions de recherche et méthodes proposées par les chercheur.e.s en sciences sociales, comme c’est le cas des projets évalués par des comités d’éthique liés à la médecine. S’instaure là une « gouvernance » de la recherche dont il est souvent difficile de contester la légitimité, mais qui se présente parfois, souvent peut-être, comme un vecteur d’infléchissement des manières de faire et des envies de connaître, voire parfois comme allant à l’encontre à la possibilité même de connaître.