Une vie

Thomas Garcia, Valentine Nusbaumer et Alois Rosset

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Comment retranscrire en musique la notion de « Déshumanisation » ?

Voilà la question à laquelle nous avons essayé de répondre par notre projet. Nous avons donc décidé de poser un cadre sur lequel nous allions nous baser pour commencer à composer. Ce cadre, c’était simplement une variation autour d’un thème simple de quelques notes, que nous allions ornementer, développer et adapter. La prochaine étape était de savoir ce que nous allions raconter.
En effet, nous avions l’idée de l’histoire d’un personnage dont la vie refléterait un aspect de la notion de « Déshumanisation » abordée durant le cours. Ainsi, nous décomposâmes notre projet en différentes sous-parties dont chacune représenterait une période de la vie du personnage. Chacune, par son ambiance, l’utilisation du thème, et la tonalité, se distinguerait des autres, bien que, ensembles, elles garderaient une certaine unité, par ce thème récurrent et l’histoire comme fil conducteur. Nous avions ainsi les bases d’une composition cohérente.



L’histoire que nous souhaitions raconter était simple : un homme, dont l’enfance était bercée de rêve, dont sa vie de jeune adulte était encore remplie d’espoir, entre dans une vie sans échappatoire à l’âge adulte, dans un monde où le néolibéralisme l’oblige à ne plus pouvoir sortir de ce cercle infernal d’un travail oppressant, obnubilant et répétitif.

Inspirés par nos cultures musicales différentes, et par les conseils avisés d’un étudiant en musicologie, nous avons commencé à mettre cette histoire en musique.

Concernant la construction même du morceau, comme dit plus tôt, il se compose de parties représentant des passages de la vie de notre individu: La naissance, l’enfance, l’adolescence, le jeune adulte, l’adulte et la vieillesse.
Le but principal est de créer une sorte de dégradation au fil de ces périodes qui traduirait une lente dés individualisation du personnage, et ce par divers moyen, notamment par la dégradation d’un thème/phrase musical(e) simple.

De manière plus précise, étudions plus en détails la structure du morceau partie par partie. La naissance est rapide à traiter: Il s’agit là de véritablement faire ‘naître’ un son, au saxophone et au violon. Le piano entre quand le son est déjà bel et bien ‘né’ pour faire la première exposition du thème, joué de façon légère et discrète plusieurs fois, le tout en tonalité de Do Majeur, la tonalité la plus “simple”. Ce passage s’arrête brusquement sur un accord plaqué, accord parfait de Do Majeur, pour rester le plus harmonique possible. A cet âge, trébucher n’est pas mauvais en soi!

Le personnage est né, il vient de trébucher, il arrive dans l’enfance.
Cette partie s’ouvre par des basses au piano, sol-do-sol-do, qui donnent un certain côté jovial, un *pom pom* enfantin qui nous laisse imaginer un enfant en train de déambuler.
Ces basses sont rapidement complétées par des accords do-ré-do-si pour donner un peu plus de soutien harmonique pour la suite. Ce soutien bien mis en place, on assiste tout d’abord à un solo de ukulélé, en improvisation, sur la base du thème principal. Le ukulélé rend ce passage plus joyeux et donne une sensation de simplicité. Une fois terminé, le ukulélé passe en accompagnement en jouant des accords correspondants à ceux du piano. S’en suit un autre solo de la part du saxophone, au son plus “mature” que le ukulélé, montrant que notre enfant grandit et ose un peu plus.

L’enfance finie, on passe à l’adolescence non sans peine: une suite d’accords descendants se fait entendre avant de passer à cet obscur âge qu’est l’adolescence. Pendant cette période, notre individu “expérimente” dans sa vie, cela se traduit par des gammes chromatiques (on joue avec les notes noires et les notes blanches du piano) peu plaisantes à l’oreille. Mais malgré le fait que l’on ait tendance à se rebeller, on n’oublie pas non plus ses origines: on entend de nouveau le thème principal joué de la façon la plus dissonante possible, c’est-à-dire joué à la main droite et à la main gauche au piano, en prenant “”soin”” de décaler la main gauche d’un demi-ton plus bas dans la gamme. Pour encore plus accentuer cette dissonance, le saxophone fait un bruit fort déplaisant. Puis re-gamme chromatique.
Cependant, on commence à se calmer, on entre dans la vie active, on commence à pouvoir réaliser ses rêves, donc on décide que les bêtises, c’est fini, et on enchaîne sur un passage très lyrique, un enchaînement d’arpèges jouées à des tonalités différentes, comme pour montrer qu’on peut tout faire. On entend à nouveau le thème principal qui nous aide à faire une transition vers la tonalité mineure qui n’augure rien de bon. La dernière envolée lyrique se fait arrêter de façon pas très calme via un accord qui change brusquement la tonalité, s’arrête sur une trille, et entame une longue descente, ne descendant que d’une tierce à chaque arpège, comme si notre personnage essayait de s’accrocher désespérément à son individualité.

Finalement, il se rend compte qu’il n’est qu’un rouage dans la société: il a un travail répétitif, déshumanisant. Mais il a besoin d’argent, il ne peut y couper.
Cela se traduit, en musique, par un canon (toujours en mineur) joué au saxophone, violon et piano, où chaque partie du canon est répétée, sous forme du motif AABBCC. Le canon est, de plus dès l’entrée dans le 2e A du motif, toujours accompagné de la sous-partie A1 jouée en basses pour donner un côté encore plus oppressant à l’ensemble. On notera de plus que le canon semble de plus en plus ‘hostile’ plus on avance. Cette partie se fait enfin brutalement interrompre de façon parfaitement désagréable par la note sensible de la tonalité, symbolisant ici l’arrivée d’une maladie fatale. Cette note est de plus répétée de façon régulière, à la façon du son d’un électrocardiogramme. On peut également entendre le son d’un battement de cœur (obtenu grâce aux pédales du piano).
Ainsi s’achève le morceau.


Vous trouverez la partition ici: Musique déshumain partition