Seniors et acteurs d’un jour…

A l’occasion de ses 20 ans en tant que fondation indépendante, Connaissance 3 a initié un projet avec l’ECAL, pour la création de courts-métrages traitant du vieillissement, de la transmission des savoirs et de la formation tout au long de la vie (projection le 26 avril). Elle a souhaité impliquer ses membres dans ce projet et quelques-uns d’entre eux ont été retenus pour jouer dans l’un ou l’autre film. Témoignages.

«Vous avez lancé un message magnifique en voulant faire se rencontrer deux générations!»

Dominique, adhérente à Connaissance 3 depuis la saison 2014-2015
Rôle féminin principal dans le film de Natasha De Grandi

Que du bonheur! Dominique est enchantée par cette belle expérience avec l’ECAL. Sa rencontre avec la jeune réalisatrice Natasha De Grandi s’est faite par hasard, après la conférence donnée par Lionel Baier. Entre les deux femmes, le courant a tout de suite bien passé. «J’ai eu un très bon contact avec Natasha De Grandi, souligne Dominique. Je me souviens de ces mots de Lionel Baier: il faut aimer vos acteurs. Et c’était vraiment ça! Natasha a été adorable avec tous! Au moment du tournage, en janvier, j’avais le coude cassé et j’ai voulu renoncer au rôle, car jouer avec un plâtre me semblait peu adéquat. Mais la jeune réalisatrice n’a pas souhaité changer d’actrice; elle voulait tourner avec moi. Elle a été tellement gentille avec tout le monde, c’est ce qui m’a motivé à tout donner! Et puis, c’est merveilleux d’être en contact avec des jeunes; c’est un beau cadeau. Le tournage était extrêmement long (il a débuté en soirée pour finir au petit matin); mais l’enthousiasme, la passion de la jeunesse, cela nous réanime! Vous avez lancé un message magnifique en voulant faire se rencontrer deux générations!»

Dominique n’a pas seulement joué dans le film de Natasha De Grandi, elle a aussi très volontiers prêté son appartement pour qu’on y tourne certaines des scènes. Il faut dire que cette Lausannoise se passionne pour le cinéma, le théâtre et le monde artistique en général; elle a d’ailleurs suivi des cours avec la Section cinéma de l’UNIL, en tant qu’auditrice libre. Jusque-là, Dominique n’avait pas eu l’occasion de découvrir cet univers de l’intérieur. «Vous m’avez offert cette possibilité et je suis reconnaissante d’avoir pu faire cela dans cette vie, conclut-elle. Je n’ai rien vu du film encore, mais le résultat n’est pas important; c’est l’expérience qui l’est. Et je le refais quand vous voulez!»

«Une belle découverte»

François, bénévole, comité Connaissance 3 – Riviera
Rôle principal dans le film de Nikita Merlini

Ce qui a motivé François à participer à ce projet, c’est «la curiosité et l’envie de montrer quelque chose qui mette en lumière le travail des retraités», raconte ce médecin à la retraite dont la seule expérience d’acteur fut celle du premier rôle dans la pièce de Shakespeare, Beaucoup de bruit pour rien, jouée au gymnase lorsqu’il avait 18 ans. Son rôle dans la fiction de Nikita Merlini est pratiquement du sur-mesure, puisque son activité de guide bénévole au château de Chillon jusqu’en septembre dernier, a inspiré le scénario du jeune réalisateur de l’ECAL. Un scénario que notre bénévole-acteur se réjouit de découvrir à l’écran. «Les scènes sont jouées de façon décousues et c’est difficile de s’imaginer ce que ça va donner, explique-t-il, notamment cette longue scène où je suis devant une fenêtre, et qu’il a fallu refaire plein de fois pour que le réalisateur saisisse la lumière comme il le voulait et parvienne au cadrage qu’il avait en tête…»

L’attente, les temps morts entre les différentes scènes à jouer et rejouer encore… Pour notre acteur en herbe, c’est le côté le plus difficile de ce tournage de presque deux jours, dans le prieuré de Romainmôtier. Le froid aussi. «Avec la neige, c’était très romantique, relève
François, mais on s’est pelé de froid!» Ce dernier n’a, par contre, eu aucun problème à jouer les scènes, même s’il reconnaît volontiers que son expérience de guide et la grande liberté de texte qui lui a été laissée lui ont facilité la tâche.

De l’appréhension à se voir à l’écran, notre bénévole n’en a pas. «Je sais depuis longtemps que je ne suis pas George Clooney. Et puis je suis allé chez le coiffeur (rires)!», s’exclame notre senior au crâne dégarni, car de l’humour, François en a beaucoup et c’est ce qui lui a sans doute le plus manqué dans cette expérience avec l’ECAL. «C’est vrai que j’aurais préféré que le film soit plus drôle, confie-t-il. Quand j’étais guide à Chillon, j’aimais bien faire un peu d’humour; là, le scénario est plus contemplatif, presque un peu torturé. Mais globalement, ça m’a beaucoup plu de découvrir de près comment on fait un film. C’est une belle découverte!»

«J’apprendrai jusqu’à mon dernier souffle!»

Brigitte, bénévole à l’accueil des conférences de Lausanne
Petit rôle dans le film de Lou-Théa Papaloïzos

«L’art, c’est dans mes gènes!», répond du tac au tac Brigitte, lorsqu’on l’interroge sur ses motivations à se mettre à disposition des étudiant-e-s de l’ECAL et à accepter un rôle secondaire dans le film de Lou-Théa Papaloïzos, tourné dans un EMS en région genevoise. Fille de photographe, diplômée entre autre en histoire de l’art, auteure, pédagogue retraitée et curieuse de tout, cette femme de 75 ans a travaillé avec des enfants dans une école de théâtre: elle y a fait de la mise en scène, des chorégraphies et de nombreuses vidéos. Cette fois, elle a passé devant la caméra: une grande première! «C’était le dernier moment d’essayer, confie-t-elle. Depuis mes 18 ans, j’ai toujours voulu tout faire et j’en ai essayé des choses, même piloter un avion! J’apprendrai jusqu’à mon dernier souffle; la culture, c’est ce qui m’a relevée, il y a deux ans, après deux opérations du dos.»

Brigitte confie volontiers son intérêt pour les aspects techniques du tournage auquel elle a participé; elle relève notamment l’implication des jeunes techniciens, preneurs de son, caméraman (ndlr: les étudiants de l’ECAL ne sont pas seulement en charge de la réalisation de leur propre film, mais ils sont également impliqués sur les tournages de leurs camarades) et leurs interactions avec la réalisatrice ou les acteurs. Elle se réjouit bien sûr de découvrir le film dont le scénario, selon ses dires, a passablement évolué au fil du temps, mais aussi de voir les scènes jouées par l’un des acteurs principaux dont elle a apprécié l’humour et les talents d’improvisateur. L’histoire se passe dans une maison de retraite; cela en aurait gêné certains, pas Brigitte. «C’était plutôt drôle de jouer en EMS; mais bien sûr je n’aimerais pas devoir y aller! Durant le tournage, j’ai été confrontée à la vision que les jeunes ont de la vieillesse: une personne du staff a notamment parlé de notre génération en utilisant le mot vieux; cela m’a choquée, je préfère qu’on dise senior. On ne se sent pas vieillir, conclut-elle, c’est notre corps qui nous le dit.»

[Extrait du dossier de presse présentant l’événement du 26 avril]