Trois petits tours et puis s’en vont

par Pascal Jacot-Guillarmod, directeur, Ci-UNIL

Editorial : Au moment de rédiger un dernier édito à la demande du réd’chef et à la veille de mon départ de l’UNIL, c’est une comptine enfantine qui m’est revenue en mémoire: ainsi font font font les petites marionnettes (…) trois petits tours et puis s’en vont.

© Roberto Caucino | Dreamstime.com

Le premier tour, l’âge de la légèreté

1987 c’est loin dans le temps mais ce n’est quand même pas la préhistoire de l’informatique, juste les premiers frémissements de l’Internet. Le premier Mac (qui date quand même de 1984) que j’ai vu se trouvait sous le bras de mon prédécesseur Bernard Gabioud. Il rentrait d’un post-doc à Stanford et nous avons tout de suite compris qu’il y avait dans ce drôle de cube beige quelque chose d’important.

Mon premier Mac, un Macintosh SE, 1MB de mémoire. Il tourne toujours, je crois…

Avec un ancien du CERN, nous avons alors fondé la Swiss Silicon Valley Association, afin d’aller voir de plus près le creuset où la révolution de l’informatique avait commencé. Au gré des voyages d’études, nous avons accompagné nombre d’étudiants et de collègues d’autres universités à la rencontre des pionniers du Xerox lab ou d’Alta Vista (le précurseur de Google) et des esprits curieux qui étendaient le réseau Internet vers la Chine ou le monde commercial.

Chaque voyage nourrissait notre réflexion pour développer une informatique universitaire ouverte, permettant échange et création, principalement au service des chercheurs, dans une ambiance légère.

En 1994, nous avons (pour une première et unique fois) invité le Rectorat à découvrir les News et surtout le bourgeonnement du Web. Nous avions aussi senti là une révolution majeure.

Le deuxième tour, l’âge de raison

Forte de son succès, l’informatique de l’Internet s’est répandue auprès des étudiants et dans le domaine de l’enseignement. Les jolies bornes Internetunil ont fleuri dans les couloirs de l’UNIL autour des années 2000. Elles rendaient bien service à un moment où le WiFi était peu répandu et les téléphones portables inexistants. Cette projet réduit gentiment la voilure, après les déboires des keyloggers.

Ce succès a touché et amené ensuite de profondes mutations dans le domaine de l’informatique de gestion ou administrative. En 2000, nous mettions en production avec nos collègues de Genève un système commun de gestion financière sous SAP. Depuis, ce système ne s’est jamais arrêté et, pour peu que l’on ait les autorisations, toutes les pièces comptables des vingt dernières années sont accessibles d’un clic.

Mon Mac d’aujourd’hui, un Mac Book Pro, 16’000 MB de mémoire. Plusieurs dizaines de milliers de documents professionnels.

Un système qui ne s’arrête jamais, c’est aussi une organisation qui assure le service et le support professionnels requis (fini le temps où nous fermions le Centre informatique un jour de semaine pour aller tous skier ensemble).

Du coup, le Centre informatique des origines qui comptait sept personnes s’est transformé en un grand service de plusieurs dizaines de personnes. Un service trop grand pour résider à Dorigny et nous avons été délocalisés à Vidy pour dix ans.

Le retour sur le Campus avec la construction de l’Amphimax en 2003 a été l’occasion de développer grandement le service aux étudiants : un service pour les étudiants par les étudiants. Le help desk était né et le nombre de collaborateurs, étudiants compris, grimpait à près de cent.

Le troisième tour, l’âge de la lucidité

Plus de 70’000 ordinateurs ou portables différents qui se connectent sur le réseau de l’UNIL pendant le semestre, 310 millions de fichiers de données de recherche dans les systèmes de stockage (on dort pas toujours sur nos deux oreilles avec de telles responsabilités au bout des doigts), des dizaines de milliers de transactions annuelles sur la campus card.

La gestion de ce système devenu indispensable prenait toutes les ressources et il devenait difficile de répondre aux besoins des facultés quand les discussions sur le renouveau de Sylvia ont commencé en 2015.

Mme La Rectrice Nouria Hernandez parle de « growing pains » pour le Ci de 2018. Elle fait nommément allusion aux douleurs de croissance que rencontrent les adolescents. Je ne peux m’empêcher de penser que d’aucuns considèrent que le Centre informatique a parfois une peine grandissante à conjuguer maintenance d’un grand ensemble opérationnel et saut vers le cloud, la virtualisation ou la blockchain.

Pour moi, tous ces ferments sont présents au Centre informatique et il fallait ouvrir l’espace pour un nouveau dialogue avec la Direction et nos partenaires des services et des facultés, afin qu’ils adhèrent à des démarches et des méthodes d’organisation de type agile. La démarche d’amélioration de la gouvernance informatique s’inscrit dans cette dynamique.

Ce prochain tour de scène sera conduit par mon successeur Adriano Barenco, présenté dans ce numéro, à qui je souhaite la plus cordiale des bienvenues.

Mon vieil iPhone, un peu cabossé, 1’018 photos… et les cartes rando prêtes 😉 une fois les derniers mails en attente traités !

Pour moi, les trois petits tours sont faits. Nous avions déjà avec mon épouse l’idée d’emprunter les chemins de Compostelle ou de traverse (comme dans Harry Potter vous savez) vers un monde plein de nature, d’inconnus et de surprise. Arpenter cette belle terre d’un pied léger, sans laisser trop de traces.

Eh, si vous m’avez lu jusque-là : merci. Merci surtout pour toutes celles et tous ceux (en premier lieu mes collègues pour le travail et la compagnie, et les recteurs ou vice-recteurs pour la confiance) qui ont permis de faire de mon passage sur la scène professionnelle un plaisir et un enrichissement. Au-delà de l’humilité nécessaire, j’emporte un brin de fierté… et de nostalgie bien sûr.