Affinity, une alternative à la Creative Cloud?

par Philippe Ryter, spécialiste Adobe, Ci-UNIL

Affinity est une alternative prometteuse et low-cost aux logiciels haut de gamme de dessin, de retouche photo et de PAO, et en particulier à trois produits de la Creative Cloud d’Adobe.

© Vadim Ermak | Dreamstime.com

La Creative Cloud

Depuis plus de 30 ans, la gamme des produits Adobe n’a cessé de s’étendre et de se perfectionner. Elle est très appréciée des professionnels du graphisme et de l’édition. Aujourd’hui, la société peut se targuer d’offrir une vingtaine de logiciels spécialisés. En 2013, elle change son modèle commercial en imposant la location de ses produits. La concurrence se réveille alors et y voit une opportunité de développement, car les abon­nements aux logiciels Adobe sont chers, même pour les professionnels. Quelques logiciels voient ainsi le jour et se distinguent des solutions Open Source et Web based gratuites par des performances et une ergonomie bien supérieures, tout en visant le marché des professionnels et de l’éducation.

Affinity

La même année 2013, la société Serif Labs, basée en Angleterre, décide de s’attaquer au géant californien en créant la suite Affinity, avec les objectifs de produire des logiciels performants et capables de concurrencer le trio Illustrator, Photoshop et InDesign et à des prix de vente étonnamment bas. En effet, pour le prix de 3 mois de location d’Adobe Illustrator (licence éducation à 16 CHF/mois), on peut acquérir une licence d’utilisation perpétuelle d’Affinity Designer (48 CHF). De quoi réfléchir…

Affinity Designer et Affinity Photo sortent en 2014 et 2015 respectivement sur macOS et la société gagne d’emblée des prix d’excellence. En 2016, le code est porté sur Windows et en 2017 sur iOS (iPad). Alors que des concurrents tels que Sketch (Mac) ou Corel Draw (Windows) ne fonctionnent qu’avec un seul OS, Serif Labs a bien compris l’intérêt du portage sur les trois plateformes les plus répandues.

Première impression

On est agréablement surpris par la vitesse d’exécution de ces deux applications, la fluidité de fonctionnement des outils, l’interface très intuitive, la richesse des fonctionnalités et les menus disponibles dans plusieurs langues. Ce dernier point sera apprécié des utilisateurs en quête de tutoriels, la majorité étant disponible en anglais (il suffit d’un simple redémarrage de l’application avec le nouveau choix de langue).

Affinity Designer

Designer présente trois environnements de travail originaux, les « personas ». Draw Persona affiche tous les outils classiques du dessin vectoriel et on est tout à fait à l’aise venant d’Illustrator. L’outil plume est un bel exemple d’ergonomie en permettant des ajustements de tracés sans changer d’outil. La création d’objets géométriques est facilitée par la présence d’une grande collection d’objets prêts à l’emploi. Exemple de modernité, Designer dispose de tous les outils nécessaires pour la production d’UI (User Interface) de bout en bout, du concept initial à la création de contenu au rendu final responsive. De plus, la fonction « Symboles » permet de créer plusieurs occurrences du même objet, afin de modifier simultanément toutes les versions. Parmi les options d’enregistrement, on peut citer l’enregistrement de l’historique avec le document et celui d’instantanés. Mais la grande surprise vient de l’environnement Pixel Persona : la barre latérale affiche alors des outils de traitement d’images matricielles (bitmap) créées avec ou importées dans Designer. Avec Affinity Designer, nous avons affaire à un logiciel hybride et le panneau des calques reflète bien cette dualité. Certains projets, mêlant les deux types d’images numériques peuvent ainsi être menés à bien avec un seul logiciel, une autre source d’économie. Le troisième environnement, Export Persona, est dédié comme son nom l’indique, aux exportations vers le Web et les formats d’impression.

Affinity Designer : composition réalisée à partir de formes géométriques simples dans Draw Persona, puis mise en relief avec les outils de l’environnement Pixel Persona. Les calques indentés sont des masques d’écrêtage.

Malgré ces qualités indéniables, on peut toutefois regretter l’absence de certains outils par exemple le filet (qui a fait le beurre de beaucoup d’artistes), le cutter, la création de graphes et la conversion de pixels en vecteurs (une autre force d’Illustrator). Sans surprise, un objet comportant un dégradé de type filet, ne présentera que les contours à l’importation dans Designer. Autre souci potentiel, un dessin Illustrator importé dans Designer peut présenter un objet complexe parfaitement rendu, mais pas certaines des étapes clés qui ont conduit à sa création. Par exemple, un texte curviligne apparaîtra sans la courbe qui permet de moduler sa présentation. Il faut donc relativiser la notion de compatibilité entre ces deux logiciels. En plus, l’exportation vers Illustrator n’est pour l’instant pas prévue. Dans l’état actuel, si l’on travaille avec une importante collection de documents à mettre à jour et des modèles aux formats AI (Adobe Illustrator), il est probablement plus sage de continuer à utiliser Illustrator.

Affinity Photo

Classé meilleur logiciel de l’année 2016 en matière de traitement d’images, les remarques concernant l’ergonomie de Designer s’appliquent également à Affinity Photo. Notamment la prévisualisation d’effets avant leur application semble plus aboutie qu’avec Photoshop. Les librairies Pantone sont disponibles et comme on peut s’attendre de la part d’outils professionnels, de nombreux profils de couleurs RVB et CMJN sont présents. On trouve également 4 « personas » dédiés au traitement global de photographies (Photo Persona), à la déformation d’images (Liquify Persona), au développement de fichiers RAW (Develop Persona), à l’utilisation de filtres photo préenregistrés (Tone Mapping Persona) et à l’exportation de fichiers (Export Persona).

Affinity Photo : après recadrage dans Photo Persona, l’image est améliorée dans Develop Persona (débouchage des ombres et réduction du bruit).

Entre Photoshop et Affinity Photo, les choses devraient mieux se passer en raison de la nature plus simple de l’image bitmap, la reprise apparemment sans problème du format PSD, des calques de réglages et des plugins Photoshop.

Affinity Publisher

La suite Affinity comptera un nouvel élément cette année 2018 : Affinity Publisher, le concurrent attendu d’Adobe Indesign. On a hâte de le mettre à l’épreuve !

Des logiciels en devenir

Avec ce troisième logiciel et le portage de cette suite sous Windows, Serifs Labs fait preuve d’un grand dynamisme et lorsqu’on confronte ses produits avec Illustrator et Photoshop, il faut être conscient que l’on compare des logiciels en version 1.6 (Affinity Designer et Photo) créés en 4-5 ans avec ceux bien rodés d’Adobe en versions 22 (Illustrator) et 19 (Photoshop) ! Sans être un devin, il y a fort à parier que les requêtes des utilisateurs en matière de fonctionnalités manquantes seront honorées dans un proche futur. Le bilan en faveur des produits Affinity est d’ores et déjà très positif.

A qui sont destinés ces logiciels ?

A tous les acteurs de l’édition graphique, professionnels, utilisateurs occasionnels, étudiants et institutions comme la nôtre, tous soucieux de réduire leurs coûts, même si les professionnels avec une grande collection d’images Illustrator ou utilisant des fonctionnalités avancées Adobe doivent évaluer plus finement leur utilisation d’Affinity.

Au vu du changement de politique de licence, de l’augmentation des prix Adobe et des besoins identifiés pour la plupart des utilisateurs des produits Adobe à l’UNIL, le centre informatique recommande l’utilisation d’Affinity.

Dans le courant 2018, les licences Adobe seront des licences par utilisateur référencé. Le prix sera annuel et relativement élevé, ce qui augmentera les coûts de leur utilisation pour l’UNIL et pour les différents responsables budgétaires.

Pratiquement, à terme, l’utilisateur Adobe devra payer une licence chaque année (abonnement potentiellement onéreux).

L’utilisateur Affinity pourra quant à lui se contenter d’acheter une licence avantageuse, une seule fois par version (licence perpétuelle).

Pour aller plus loin :