Une vague de smombies déferle sur nos villes

par Patrice Fumasoli, rédacteur en chef, Ci-UNIL

Editorial : Attention à ces êtres décervelés prêts à vous rentrer dedans ou à se lancer sous une voiture plutôt qu’à lever les yeux de leurs smartphones.

© haru_natsu_kobo - Fotolia
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C’est en 2015 en Allemagne que le terme smombie a été révélé au grand public, à l’occasion du choix du mot des jeunes de l’année. Il est le fruit de l’union d’un smartphone avec un être humain soudain possédé par son appareil et réduit à l’état de zombie.

Femme atteinte du virus smombie © Kakigori Studio - Fotolia
Femme atteinte du virus smombie
© Kakigori Studio – Fotolia

Je sens déjà que vous souriez. Puis vous réfléchissez et réalisez que votre train, métro ou bus du matin est rempli de personnes qui ont troqué leurs journaux pour leurs téléphones. Que seuls quelques résistants communiquent encore avec leurs voisins plutôt qu’avec leurs amis virtuels. Que dans l’amphithéâtre les professeurs peinent à capter l’attention des élèves qui ont encore une batterie valide. Qu’à table vous ne pouvez communiquer avec vos proches que lorsque les téléphones n’ont pas de notifications à transmettre. Et que vous venez de croiser un cycliste en train de rédiger un texto ou un post facebook, en roulant. Vous vous secouez pour combattre l’étrange malaise qui commence à s’emparer de vous et décidez de vous rendre dans un parc pour oublier ce mot-valise. Et là vous tombez sur des gens qui courent dans tous les sens leurs mobiles à la main. Mais que diable font-ils ? Ils jouent à Pokémon Go et cherchent à capturer des créatures virtuelles qui n’apparaissent que dans certains endroits à certains moments, à condition de regarder son environnement à travers son smartphone :

La contagion a même gagné la Bourse, où le cours de l’action Nintendo s’est brusquement envolé pour retomber brutalement quand les investisseurs ont retrouvé leurs esprits pour réaliser que ce n’était qu’une lointaine filiale de Nintendo qui avait créé ce jeu qui connaît un succès sans précédent, explosant les records de nombre de téléchargements sur les boutiques en ligne.

Mais ce virus est plus dangereux qu’il n’y paraît. Un corps privé de cerveau qui se déplace en milieu urbain peut s’infliger de mortelles blessures. Selon une enquête réalisée du 20 au 21 avril 2016 sur un échantillon de 1088 personnes, 95% des jeunes de 18 à 24 ans sont concernés. 21% des personnes interrogées avouent avoir frôlé l’accident avec un cycliste ou une personne en roller et 13% confessent même n’avoir pu éviter la collision. En France en 2014, 19% des accidents corporels ont impliqué un piéton.

Mais que font les autorités me direz-vous ? Elles tentent de réagir. La Chine commence à réserver des trottoirs aux smombies, l’Allemagne pose des feux de signalisation sur le sol et les Etats-Unis commencent à amender les piétons décervelés par leurs smartphones et qui se mettent en danger ou mettent en danger autrui.

Et là vous réalisez brutalement que ces smombies sont partout. Et que vous présentez peut-être déjà des symptômes de l’infection… n’avez-vous pas jamais lu d’articles sur votre smartphone… celui-ci peut-être ?