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Freddy Buache au Congrès international du cinéma indépendant, Lausanne, 1963.
© Tous droits réservés/collection Cinémathèque suisse.

La Cinémathèque suisse : faire connaître le cinéma tous-azimuts

Avant de nouer une collaboration avec l’Université de Lausanne, la Cinémathèque suisse [CS] engagea, dès les années 1950, une série d’initiatives pédagogiques afin de faire connaître l’histoire du cinéma à des publics variés. Répondant à des sollicitations toujours plus nombreuses, le conservateur Freddy Buache tient de multiples cours et conférences accompagnés de projections, à Lausanne et en Suisse romande, principalement dans les ciné-clubs mais aussi en milieu scolaire et dans les paroisses. Il intervient également à l’occasion de festivals (avant tout celui de Locarno qui organise des rétrospectives) ou d’expositions avec des présentations passionnées, généralement accompagnées d’extraits de films. C’est ainsi qu’en 1955 il expose la raison d’être des cinémathèques aux Rencontres internationales de Genève – manifestation qu’il fréquente avec assiduité d’édition en édition et où il présente régulièrement des films. A partir de cette même année, il donne un cours intitulé « Connaissance du cinéma » à l’Université Populaire de Lausanne – une collaboration qui se poursuivra jusque dans les années 1990, et s’étendra à d’autres villes vaudoises (Vevey, Nyon).

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Cours sur le cinéma, Université de Genève, décembre 1957-mars 1958, affiche.
© Tous droits réservés/collection Cinémathèque suisse.

En décembre 1957 et janvier 1958, l’Université de Genève organise un cycle de conférences à l’initiative du Ciné-club universitaire. Outre Freddy Buache, des invités venus de France (Jean Mitry et Georges Sadoul, tous deux professeurs à l’Institut des Hautes Études Cinématographiques, Henri Agel, professeur au lycée Voltaire, Pierre Kast, critique aux Cahiers du cinéma et Positif et ancien collaborateur d’Henri Langlois) traitent des « Problèmes du septième art ». Dans le bulletin de la Cinémathèque, Buache présente cet événement comme une première suisse dans un cadre universitaire1. Ces cours seront rapidement édités sous le titre Du cinématographe au septième art (1959), deuxième volume de la collection « Documents de cinéma », qui témoigne de la volonté de la Cinémathèque de participer à une approche érudite de l’histoire et de l’esthétique du cinéma2.

Tandis que la presse romande se fait l’écho d’un intérêt grandissant pour le cinéma dans toutes les couches de la société, Freddy Buache et la CS, relayant une aspiration croissante à voir des cours de cinéma être dispensés dans les écoles comme à l’Université, continuent de répondre aux invitations en tous genres, signe d’une affirmation croissante de l’institution comme centre de compétences en son domaine. A travers cette intense activité pédagogique menée tous-azimuts, l’institution met en œuvre ce qu’elle considère comme une de ses missions essentielles, tout en gagnant en visibilité et en reconnaissance3.

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Conférence de Freddy Buache dans le cadre du cycle « La Suisse française aujourd’hui » organisé par la « Gazette de Lausanne », Lausanne, février 1966, affiche.
© Tous droits réservés/collection Cinémathèque suisse.

Ainsi, en 1963, Freddy Buache est-il invité à l’Université de Fribourg (Institut de pédagogie) dans le cadre d’un cours de formation générale consacré au néo-réalisme italien, parmi des orateurs comptant des spécialistes français (Henri Agel, l’abbé Amédée Ayfre, le critique littéraire R-M. Albérès) et suisses (Martin Schlappner, critique à la Neue Zürcher Zeitung). En 1965-1966, Frank Jotterand et la Gazette de Lausanne associent la CS au cycle « La Suisse française aujourd’hui », organisé en partenariat avec le Centre de Recherches sur les Lettres Romandes de l’Université de Lausanne et avec l’Université Populaire de Zurich4. Un large retentissement médiatique est donné à cette manifestation, destinée à valoriser les réalisations culturelles romandes auprès des Suisses alémaniques et à réfléchir au renouvellement d’une politique culturelle nationale.

De l’Université aux écoles d’art : le cinéma aux études

Si, dans l’après-guerre, les ciné-clubs étaient les principaux vecteurs de la diffusion de la culture cinématographique et de la formation du goût des cinéphiles, l’approche du cinéma à l’université s’opérait ponctuellement au sein des disciplines académiques – en particulier la psychologie et le droit – où il pouvait faire l’objet de thèses5.

Dans les années 1970, le milieu académique manifeste un intérêt accru pour le 7e art, dont témoigne la rédaction d’une série de mémoires de licence, pour la plupart menés dans les facultés de Lettres et de Sciences sociales et politiques : en Lettres, le détour par l’adaptation littéraire suscite quelques recherches, tandis que les instituts de sociologie, se tournant vers l’analyse des médias, associent le cinéma à une analyse plus générale de la communication dans la société. Plusieurs mémoires voient aussi le jour dans les départements d’histoire, qui intègrent progressivement les films (notamment les actualités) dans les sources utiles à l’histoire contemporaine.

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Cinémathèque suisse, « Collaboration de la Cinémathèque suisse avec l’Université de Lausanne », communiqué de presse annonçant le cours de sociologie du film du Prof. Silbermann, 13.10.1966. Cinémathèque suisse, Fonds CSL 1, boîte L1.1, 1962-1993.
© Cinémathèque suisse.

Mais c’est en 1966 qu’à Lausanne, le cinéma fait officiellement son entrée à l’Université avec un cours de sociologie du film mis sur pied par l’Institut de recherches des communications de masse (Prof. Alphons Silbermann), en lien avec la CS.

Dans le sillage de diverses expériences menées dans d’autres pays (comme celle de l’Institut de filmologie de Paris [1946-1962] associant universités, centres de recherches, hautes écoles dans une approche pluridisciplinaire du cinéma), de la prise en compte du film par les historiens de l’art, les historiens, les sociologues ou les sémiologues, le milieu académique romand manifeste un intérêt accru pour le cinéma dans les années 1970, tant comme média (faculté de Sciences sociales et politiques) que comme medium artistique (faculté des Lettres) ou encore comme document (histoire contemporaine). Dès lors les mémoires de licence se multiplient dans de nombreuses facultés et sections et il n’est pas rare que Freddy Buache soit sollicité de participer à des jurys de soutenance ou consulté comme expert.

Avec l’introduction du cinéma et, plus largement, des moyens visuels et audio-visuels dans l’enseignement des écoles d’art (photographie, diaporama, video), les liens se densifient encore entre la CS et ce milieu pédagogique. En 1975, François Albera et le réalisateur Francis Reusser créent, à l’ESAV de Genève (aujourd’hui HEAD), un Atelier Cinéma/Vidéo dont Freddy Buache sera un hôte régulier aux côtés de techniciens et de cinéastes tels que Jean-Luc Godard, Alain Tanner, Manuel de Oliveira, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Henri Alekan notamment.

Cinémathèque et université

Avec son installation au Casino de Montbenon (1981), la CS dispose désormais d’un lieu propre pouvant accueillir des projections en lien avec colloques et conférences. Les relations entre la CS et l’Université de Lausanne s’intensifient dès lors tout naturellement.

Dans la même période, la Faculté des Lettres réfléchit à la création d’un cursus portant sur le cinéma et fait de plus en plus appel à la CS pour enrichir ses manifestations d’une programmation de films.

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Revue « UNI Lausanne », numéro spécial « Cinéma et Université », n° 45, 1985/4.
© Université de Lausanne.

Des collaborations ponctuelles mais régulières sont mises en place à l’occasion de colloques ou par l’entremise de Société des Etudes de Lettres de l’Université de Lausanne (Véronique Pagano). Ainsi en novembre 1983, l’ethnologue Jean Malaurie est invité conjointement pour une journée de conférences et de projections. Peu après un colloque consacré au bicentenaire de la naissance de Stendhal est accompagné, à la CS, d’un programme d’adaptations cinématographiques et l’on invite le réalisateur Claude Autant-Lara (Prof. Jean-Luc Seylaz). En 1984, à l’occasion d’un cycle organisé par la section d’Histoire ancienne (Prof. Pierre Ducrey), Freddy Buache écrit dans le Bulletin de la CS : « Jusqu’ici de trop rares projets concrets avaient réuni la Cinémathèque suisse et l’Université. Après la sociologie en 1982-83 et la littérature en 1983, c’est l’Histoire ancienne qui propose de réaliser un séminaire combiné avec la projection d’un cycle de films dans les locaux de la Cinémathèque »6. Dans ce même éditorial, il évoque des projections organisées avec les départements d’histoire de l’art, les sections de langue (français, allemand, anglais) et d’histoire contemporaine. Les échanges entre Cinémathèque et Université touchent donc toutes les disciplines, comme en témoignent encore la rétrospective « Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent » (1983) ou « Des médecins et des malades », organisée par la CS à l’occasion du centenaire de la Faculté de médecine de l’UNIL (1991).

Cette vitalité des relations Université-CS s’inscrit dans un contexte qui voit se développer, au même moment, de nombreux partenariats entre l’Université de Lausanne et des institutions culturelles locales, mais elle témoigne du fait que la CS est désormais reconnue comme une référence matière de cinéma.

Une chaire de cinéma à l’UNIL

En 1983 une Commission de réflexion sur l’enseignement du cinéma à l’université préconise la création d’une chaire ad hoc à Lausanne tandis qu’à Genève un projet du même type voit le jour. Les deux universités s’accordent sur l’exclusivité d’un enseignement de cinéma dans une seule d’entre elles. Au terme d’une longue gestation l’Université de Lausanne, que favorise sa proximité géographique avec la CS, crée la chaire d’Histoire et esthétique du cinéma qui sera inaugurée en 1990.

C’est dans ce contexte qu’à partir de 1988, Rémy Pithon est chargé d’un cours de cinéma ouvert à tous les étudiants de la Faculté et qu’en 1989 les professeurs Rick Altman (Iowa), Jean-Loup Bourget (Paris) et Norman King (Glasgow) sont invités à prononcer une série de conférences préparatoires. King couple sa leçon sur Abel Gance et Jean Renoir avec la projection, à la CS, des copies nitrate de Napoléon et de La Marseillaise7.

Après sa mise au concours, la chaire lausannoise est attribuée par une commission où siège Freddy Buache, au Prof. François Albera, qui avait soutenu l’année précédente le premier doctorat de cinéma à la Faculté des Lettres de l’Université de Genève (Histoire de l’art) sous la direction du Prof. Maurice Besset, devant un jury dont, là encore, Freddy Buache faisait partie.

La première année des cours de cinéma à Lausanne (1990-1991) s’accompagne d’un colloque international organisé en partenariat avec la CS, « Vers une théorie de l’acteur. Meyerhold, Kouléchov et quelques autres », prolongeant la rétrospective et l’exposition du Festival international de Locarno, « Kouléchov et les siens » dont François Albera était l’organisateur. Cet intérêt pour le cinéma russe et soviétique donnera lieu à plusieurs autres rencontres dans les années suivantes (« A l’image du mot. Littérature et cinéma en URSS 1933-1952 » en 1994 ; « Le cinéma de genres dans la Russie des années 1920 » en 1997) en collaboration avec la section des langues slaves de l’UNIL (Prof. Leonid Heller). En 1992, la CS et la Section d’histoire et esthétique du cinéma accueillent le deuxième colloque international de l’association Domitor8 qui réunit autour du thème « Cinéma sans frontières : Aspects de l’internationalité dans le cinéma mondial 1896-1918 » les représentants d’une nouvelle histoire remettant radicalement en cause un certain nombre de travaux antérieurs.

Ainsi, tout au long des années 1990, l’essor des études cinématographiques à l’UNIL se traduit par un dialogue vivant avec la Cinémathèque, qui se poursuit quand Hervé Dumont succède à Freddy Buache à la direction de l’institution en 1996.

La Section cinéma de l’UNIL et la CS vont ensuite organiser de nombreuses manifestations conjointes.

Parmi les colloques, on retiendra « La persistance des images. Restaurer – conserver – montrer » (1997), avec la participation notamment de Dominique Païni et de Sylvie Kaufmann, respectivement directeur et responsable des restaurations de la Cinémathèque française, et de Philippe Dubois, alors responsable du programme de formation européen Archimedia, au cours duquel Gian Luca Farinelli et Nicola Mazzanti exposèrent les méthodes de restauration développées par la Cineteca de Bologne.

Plusieurs événements sont également organisés autour de cinéastes dont la CS conserve et collectionne les œuvres, tels Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (« Autour d’Antigone » en 1993 avec un concert Aloys Zimmermann par l’Ensemble Contrechamps et des débats sur Brecht et Hölderlin au Conservatoire de Lausanne comme à l’UNIL, en 1997 l’Ensemble Contrechamps interprète des œuvres de Schönberg à l’occasion de la première de Von heute auf morgen) ou Boris Lehman (rétrospectives en lien avec un cours annuel, concerts, projections de rushes inédits).

C’est à compter de 1996 que Freddy Buache assure un cours public d’introduction à l’histoire du cinéma dans la salle du Cinématographe de la CS, à l’intention des étudiants de première année – prolongement « universitaire » d’une initiative mise en place durant l’hiver 1984-85 à l’adresse des étudiants de l’Ecole cantonale des beaux-arts. Ce rendez-vous devenu incontournable est aujourd’hui partagé avec François Albera, Professeur honoraire depuis 2014.

Vers la Collaboration UNIL + Cinémathèque suisse

Au début des années 2000, la CS et la Section cinéma de l’UNIL unissent pour la première fois leurs efforts autour d’un projet de recherche et d’édition commun, avec l’appui du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Dirigés par Hervé Dumont et la Prof. Maria Tortajada, les deux volumes de l’Histoire du cinéma suisse, 1966-2000 (2007) sont le fruit d’un recensement systématique opéré par six étudiants de l’UNIL, licenciés en cinéma.

En 2006, les deux institutions sont partenaires au sein du Réseau Cinéma CH, un projet de coopération pour la formation de master avec spécialisation et doctorat, soutenu par la Confédération, unissant les forces des universités de Lausanne, Zurich, Bâle et du Tessin ainsi que celles des Hautes écoles spécialisées (ECAL, ZHDK, HEAD).

La nomination de Frédéric Maire à la direction de la Cinémathèque suisse en octobre 2009 marque une nouvelle étape.

Dominique Arlettaz, recteur de l’Université de Lausanne, encourage le renforcement du lien entre les deux institutions et charge la Prof. Maria Tortajada de développer un projet en partenariat avec Frédéric Maire qui aboutira à la nouvelle Collaboration UNIL + Cinémathèque suisse : deux postes liés à la recherche sont alors créés à la Section cinéma de l’UNIL, dont la tâche est de développer les échanges entre archivistes et historiens et de travailler à des projets concrets lancés dans ce contexte. De nouveaux financements, émanant du Fonds national suisse de la recherche scientifique ou de la Cinémathèque permettent aujourd’hui l’épanouissement de cette collaboration renforcée.

Actuellement, trois chantiers sont d’ores et déjà en cours, qui ont reçu le soutien du FNS :

Alessia Bottani et Pierre-Emmanuel Jaques

Notes

1. Voir <http://www.cinematheque.ch/f/documents-de-cinema/documents-de-cinema/bulletin-de-la-cinematheque.html>.

2. Cette collection compte six volumes, publiés entre 1959 et 1966. Elle connaîtra une deuxième vie quand la Cinémathèque prendra en charge l’édition de la revue Travelling, devenue dès lors Travelling – Documents de cinéma (1975-1980).

3. Br. [Pierre Biner], « Vers un enseignement du cinéma à l’école », Journal de Genève, 3 février 1964, p. 7.

4. Freddy Buache, « Sur le cinéma romand », Cinema, n° 47-18 (Sondernummer Schweizer Film), novembre-décembre 1966, pp. 641-653.

5. Voir « Le cinéma à l’université », Equinoxe, n° 7, printemps 1992, pp. 139-150.

6. Bulletin de la CS, n° 28, p. 25-26.

7. Ces conférences furent suivies par l’organisation du colloque « Esthétiques guerrières. La représentation de la guerre au cinéma » entre le 6 et le 11 novembre 1988, auquel participèrent les Prof. Gian Piero Brunetta (Università di Padova), Pascal Ory (Université Paris-1) et Hans Ulrich Jost, professeur d’histoire contemporaine (UNIL) qui présidait la commission de sélection en vue de la nomination d’un professeur de cinéma.

8. Association internationale pour le développement de la recherche sur le cinéma des premiers temps.

Référence

Alessia Bottani et Pierre-Emmanuel Jaques, « La Cinémathèque suisse : faire connaître le cinéma tous-azimuts », in Frédéric Maire et Maria Tortajada (dir.), site Web La Collaboration UNIL + Cinémathèque suisse, www.unil-cinematheque.ch, mars 2015.

Droits d’auteur

© Alessia Bottani et Pierre-Emmanuel Jaques/Collaboration UNIL + Cinémathèque suisse.

<Les objectifs