Séjour en Inde (été 2012), par Zoé Guinand

Résumer un séjour si riche en expériences et découvertes n’est pas facile, je vais essayer de relater les anecdotes et les situations marquantes de ce voyage.

J’ai pris l’avion seule depuis Zurich, vol direct jusqu’à Delhi. L’avion a atterri après minuit (heure locale), je n’étais donc pas fâchée d’avoir demandé à l’hôtel de m’envoyer un taxi. La journée la plus difficile du séjour fut la première. Nous étions alors samedi, et mes cours commençant le lundi à Landour, je devais quitter Delhi rapidement.

Là commencèrent les ennuis, notamment dus à mon organisation de dernière minute. J’avais en effet choisi de prendre l’avion jusqu’à Dehradun, puis de rejoindre Landour en bus. Première erreur. Si je peux vous donner un conseil concernant le trajet Delhi-Dehradun : faites-le en train ! Les Shatabdi Express sont vraiment confortables, on vous y sert du thé et des biscuits, et le trajet passe relativement vite. Le trajet en avion ne m’a fait économiser ni du temps, ni de l’argent. Depuis l’aéroport de Dehradun, j’ai pris un bus pour rejoindre le centre, ce qui a mis près d’une heure et demi. Après être sortie à la mauvaise gare de bus, j’ai enfin pu monter dans un gros car qui menait à Mussoorie (le trajet est sans doute plus confortable en taxi car la route serpente beaucoup, et avec le bus, attention aux secousses). Je me rappellerai toujours de la petite fille assise à côté de moi durant le trajet, qui jeta sa bouteille de coca vide par la fenêtre, en regardant sa maman d’un air parfaitement normal.

Je n’avais pas réservé d’hôtel à Landour, deuxième erreur. Avec la saison touristique, tout était plein ou presque. Les chambres de libres étaient hors de prix, et j’ai tourné en rond pendant plus d’une heure (en taxi). J’ai fini par dormir dans un hôtel très médiocre et à la propreté douteuse, me jurant que je n’y passerais pas une nuit de plus. Un grand coup de blues m’a prise ce soir-là. Je n’avais pas réussi à retirer de l’argent à l’ATM, et l’idée d’être bientôt à court de liquide m’a un peu paniquée.

Mussoorie

Mussoorie

 

Dès le lendemain, les solutions ont heureusement fait suite aux problèmes : j’ai trouvé un endroit où renflouer mon porte-monnaie ainsi qu’une chambre d’hôtel libre pendant un mois (ou presque, j’ai dû laisser ma chambre 3 nuits, le temps d’un mariage). Une fois installée de façon plus stable, je me suis enfin détendue et j’ai pu apprécier pleinement mon séjour. La vue depuis Landour est superbe, surtout quand le ciel est dégagé. Les montagnes encadrent une vallée où s’étale Dehradun, et où coule la Yamuna.

Ma chambre au Doma’s Inn (un établissement tibétain), dans les tons rouge-orange, était propre et lumineuse. Les vitres étaient doublées d’une moustiquaire, ce qui me permettait de les ouvrir sans craindre la venue d’araignées (c’était ma grande peur : me retrouver avec une énorme araignée dans ma chambre. Heureusement, ce n’est pas arrivé, mais certains de mes collègues ont eu quelques mauvaises surprises).

J’ai suivi 4 semaines de cours à la Landour Language School, à raison de 4 périodes par jour. Chaque étudiant a la possibilité de suivre le nombre de cours qu’il souhaite, en indiquant avec quel professeur il aimerait étudier (dans la mesure du possible, évidemment). Les cours ont lieu dans de petites salles aménagées dans une église, tout en haut de Landour. Rien de mieux qu’une bonne grimpette matinale pour être d’attaque toute la journée !!! Il faut dire que contrairement à la Belgique, la région de Mussorie et Landour n’est pas plate !

J’ai passé toutes mes pauses de midi à char dukan, où il y a en réalité 5 petits « magasins », avant de remonter à l’école pour mes deux cours de l’après-midi.

Je me suis rapidement liée d’amitié avec d’autres étudiants : Mélissa (du Québec), Venera (de Russie), Matteo (d’Italie), Bapu (des USA) et Heid (de Norvège). La langue de communication était l’anglais (on riait beaucoup avec Bapu, à cause de mes fautes et de mon accent). Nous passions nos fins de journée au Kulri Bazar, dans l’incroyable Cambridge Bookstore (libraire dans laquelle les livres forment d’énormes piles très serrées). Puis je buvais un thé russe dans la chambre de Venera, ma voisine du Doma’s Inn.

Cambridge bookstore

Cambridge bookstore

Entre filles, nous avons entre autre fait du shopping chez le marchand de tissu, puis chez le tailleur pour nous faire faire des kurta et saris. Je suis d’ailleurs très contente du résultat.

Matteo, Mélissa et moi avons aussi profité d’un week-end pour nous rendre à Happy Valley, village tibétain à quelques kilomètres de Landour. La route n’est pas la plus agréable à faire à pied, il y a beaucoup de circulation et de bouchons (j’imagine donc qu’en voiture ce n’est pas top non plus), mais le village est un lieu calme et vraiment sympathique.

La météo a beaucoup changé en quelques semaines, en passant d’un climat lourd et quelque peu nuageux à un temps de mousson. Ce temps a donné lieu à des phénomènes assez fous, comme un épais brouillard suivi d’une pluie torrentielle, puis un ciel bleu avec une magnifique vue sur la vallée. Et avant d’avoir eu le temps de le voir arriver, le brouillard est à nouveau là.

Nuages s'amoncelant sur Landour

Nuages s’amoncelant sur Landour

à deux reprises j’ai attendu que la pluie cesse avant de redescendre de l’école ; mais au bout d’une heure et demi, j’ai finalement couru, protégeant mon sac avec mon k-way, et suis arrivée dans ma chambre trempée jusqu’aux os. J’ai fait sécher mes habits sur une corde à linge tendue à travers ma chambre.

Vue sur Dehradun après la pluie

Vue sur Dehradun après la pluie

Après ces quatre belles semaines à Landour, j’ai continué mon voyage avec Yannick, venu me rejoindre. Nous avons visité Jaipur, Jodhpur, Udaipur, Agra et Delhi. J’ai regretté de ne pas être retournée à Jaisalmer, qui reste à mes yeux une ville incroyable. Mais bon, on ne peut pas tout faire ! Nous avons voyagé en train, ce qui n’est pas le plus rapide mais est en revanche économique. Nous avons testé diverses catégories (les Indiens ne font pas toujours dans la simplicité : il y a 8 classes différentes), de la 1st A.C à la sleeper class. Pour les longs trajets, la clim’ est vraiment la bienvenue ! Nous avons parfois pataugé pour trouver des billets, mais au final nous avons toujours pu prendre le train prévu.

Nous avons été presque choqués lorsque, voyant que nous cherchions une poubelle (chose inexistante dans les trains) pour y jeter notre bouteille d’eau, notre voisin d’en face nous a fait signe de la jeter par la fenêtre. Et de fait, ils le font tous.

Plusieurs choses ont changé depuis mon premier séjour en Inde en 2004. L’un des exemples les plus flagrants est à mon avis le développement du métro à Delhi ; et bien que toujours bondé, la circulation en ville reste très dense.

Lessor de la technologie a aussi entraîné des changements, à un tout autre niveau : en tant que personne claire de peau et de cheveux, je me suis faite photographier par beaucoup de jeunes. Si parfois ils viennent demander poliment la permission d’être pris en photo avec toi, certains ont une manière pluse intrusive de procéder (ils se plantent devant toi, « clic » d’iphone et repartent).

À l’extrême inverse, un homme a demandé à Yannick la permission de me parler, ce qui est tout aussi dépaysant.

Les réactions face à mes essais de parler en hindi ont été variées. Parfois, cela paraissait normal et mes interlocuteurs débitaient de longues phrases que j’avais du mal à comprendre (surtout à cause de la vitesse). Mais parfois les gens switchaient en anglais, ce qui est un peu frustrant. D’autres s’extasiaient après un simple Namaste.

Ma compréhension de la langue était sommaire, mais certaines phrases commençaient à bien s’ancrer. Il y a tout de même une anecdote rigolote d’un malentendu linguistique. Nous étions devant le Lal Qila à Delhi lorsque la pluie s’est mise à tomber. Un homme a voulu nous vendre un parapluie. Je lui ai demandé le prix, il m’a répondu « ek so pachaas ». À force de parler un mélange de français-anglais-hindi, j’ai compris « eight so pachaas », ce qui en soit j’en conviens n’a pas beaucoup de sens. J’ai stupidement répété le prix (qui dans ma tête s’élevait à 850 rps), surprise par « l’audace » du vendeur, en ajoutant que c’était beaucoup trop cher. Il a fini par nous le vendre à 100 roupies, et sur le moment j’ai cru que le vendeur nous avait fait un grand rabais. Ce n’est que quelques minutes plus tard que j’ai réalisé mon erreur, ce qui nous a bien fait rigoler.

Nous sommes rentrés en Suisse début août, avec des images plein les yeux et la tête remplie de souvenirs épicés.