Sara Mitri

Maître assistante Ambizione (FBM), lauréate d’une bourse Pro-Femmes et mentore StartingDoc

«Il faut essayer de changer la culture dans la science, qui voudrait qu’un·e bon·ne scientifique travaille 70 heures par semaine, de manière totalement déraisonnable, soirs et week-ends inclus. Je pense que c’est pour ça que beaucoup de femmes n’osent pas tenter une carrière scientifique et avoir des enfants en même temps. Si on arrive à diminuer cette pression de travail et les sacrifices demandés, je pense que les hommes vont aussi prendre plus de responsabilités à la maison (…) »

  1. Que faites-vous actuellement à l’UNIL?

Je suis maître assistante, sur une bourse Ambizione du FNS, au Département de Microbiologie Fondamentale (DMF). En août 2017, je vais devenir professeure assistante dans ce même département. En ce moment, je suis cheffe d’un groupe de trois personnes. Notre recherche s’intéresse à comprendre les relations « sociales » – coopération et conflits – entre des espèces microbiennes qui vivent dans des communautés comme notre intestin (et influencent notre santé) ou dans la terre (et aident les plantes à pousser). Notre but à long terme, c’est de pouvoir prédire comment ces relations vont évoluer, et comment cette évolution va influencer la productivité et le fonctionnement des communautés microbiennes et donc de leur environnement (qui peut être l’humain). En ce moment, nous travaillons sur un écosystème de cinq espèces bactériennes qui dégradent des huiles polluantes pour l’environnement. Ce système relativement simple nous permet d’étudier les relations dans le détail et de construire des modèles mathématiques qui vont nous permettre d’appliquer les résultats à d’autres écosystèmes à l’avenir.

  1. En quelques mots, quel est votre parcours ? Et en quoi le fait d’être une femme l’a-t-il influencé?

J’ai fait mes études de bachelor en informatique au Caire, en Egypte, où je suis née. Ensuite, j’ai fait mon master à Edimbourg, en Ecosse, en informatique, robotique et science cognitive. En 2005, j’ai commencé ma thèse à l’EPFL sur l’évolution de la communication dans des sociétés de robots. Ma thèse a été supervisée par les professeurs Dario Floreano, et Laurent Keller à l’UNIL. En 2010, j’ai commencé un postdoc dans le groupe du professeur Kevin Foster, d’abord à Harvard aux Etats-Unis, puis le groupe a déménagé à l’Université d’Oxford, en Angleterre. C’est pendant mon postdoc que j’ai commencé à travailler sur les microbes. Mon postdoc m’a inspiré plusieurs idées, que j’ai ensuite pu utiliser pour demander une bourse Ambizione en Suisse, qui a mené à mon poste actuel, depuis janvier 2015.

Honnêtement, je n’ai pas beaucoup réfléchi au fait d’être une femme dans le monde de la science. Depuis mon enfance, j’ai toujours suivi le parcours qui me paraissait le plus intéressant, sans trop me faire de souci. C’est peut-être cette perspective naïve qui m’a immunisée contre la discrimination, car je ne l’ai pas vraiment aperçue pendant ma carrière. J’ai même eu l’impression, pendant ma thèse, que les gens mettaient bien en valeur le fait que j’étais une femme qui faisait de la recherche en robotique, comme si c’était quelque chose de particulier. J’ai aussi changé mon sujet d’études plusieurs fois, avec une certaine naïveté, sans me rendre compte des difficultés que ça allait me poser. Finalement, ces changements m’ont beaucoup apporté au niveau personnel et scientifique, et je ne regrette aucun de ces choix. Pourtant, je ne dois surtout pas oublier le soutien incroyable que j’ai reçu de mes mentores pendant ma carrière jusqu’à aujourd’hui, qui m’a beaucoup encouragé à me porter candidate à des bourses et des postes scientifiques, tout en restant réaliste.

  1. Quels sont selon vous les principaux enjeux actuels de l’égalité hommes-femmes, à l’université et dans la société?

Je pense que les femmes sont souvent plus réalistes et réfléchissent plus aux difficultés d’une carrière scientifique. Le manque de confiance en soi est un problème qui touche beaucoup de scientifiques, mais selon mon expérience, particulièrement les femmes. À mon avis, il faut faire plus d’effort pour encourager les femmes à profiter de chaque opportunité, même si elles pensent que ça ne va pas bien se passer.

Deuxièmement, je trouve qu’il faut essayer de changer la culture dans la science, qui voudrait qu’un·e bon·ne scientifique travaille 70 heures par semaine, de manière totalement déraisonnable, soirs et week-ends inclus. Je pense que c’est pour ça que beaucoup de femmes n’osent pas tenter une carrière scientifique et avoir des enfants en même temps. Si on arrive à diminuer cette pression de travail et les sacrifices demandés, je pense que les hommes vont aussi prendre plus de responsabilités à la maison et avoir une vie plus saine hors du travail, ce qui rendra la situation plus égale et facilitera la carrière des femmes qui veulent aussi avoir une vie familiale satisfaisante.