Leçons d’un loup

Par Marek Chojecki

Une critique sur le spectacle :
Le Loup des sables / D’après le roman de Åsa Lind / Adaptation et mise en scène de Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier / Théâtre des Osses / du 12 au 27 janvier 2018 / Plus d’infos

© Isabelle Daccord

« Petits contes philosophiques, pour tout public dès 5 ans » : une mention qui intrigue et qui, pourtant, est très adéquate pour caractériser Le Loup des sables, spectacle adapté de l’œuvre de l’écrivaine suédoise Åsa Lind et mis en scène au Théâtre des Osses par Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier. La pièce est tissée autour des aventures d’une jeune fille, Zackarina, qui vit avec ses parents dans une maison près de la mer, et du mystérieux Loup des Sables qu’elle découvre sur la plage. Une histoire magique pleine de leçons ou une leçon pleine d’histoires magiques ?

Le spectacle se divise en huit petites histoires abordant des questionnements très actuels pour les enfants : pourquoi les parents doivent-ils travailler ? Qu’est-ce qui est juste et injuste ? Y surgit même le thème de la mort et de l’enterrement. Face à toutes ces questions, le Loup des Sables est là et aide la petite Zackarina.

La mise en scène est originale et joue de l’interaction entre deux plans : celui de la scène sur laquelle, entre le sable, les rochers et les roseaux on reconnaît la plage, et celui, au fond, d’une animation vidéo projetée sur un écran. Ce dispositif exige des acteurs une interaction fluide et maitrisée entre ces deux espaces. Sur l’écran apparaît une maison, dessinée et haute en couleur, qui se trouve sur une colline au bord de la mer. Dans les fenêtres de cette maison, en tout petit, on voit la famille de Zackarina. Les personnages ont été filmés et insérés dans le dessin. A la manière d’une bande dessinée, ils grandissent de plus en plus lorsqu’ils sont censés s’approcher de la plage et de nous, jusqu’à arriver sur scène en chair et en os, dans une transition très précise qui s’enchaîne parfaitement. La magie du spectacle fonctionne !

Le texte peut quant à lui laisser le spectateur sur sa fin. Chacun des huit contes est introduit par la projection d’un titre à l’écran : la formule marche bien les premières fois, mais à la longue elle revêt un caractère scolaire. On regrette l’absence d’un fil rouge qui relierait toutes ces petites histoires et ferait sentir une évolution de l’intrigue ou des personnages, d’autant que les contes sont inégalement entraînants. La fin abrupte de certains d’entre eux laisse perplexe. Lorsque Zackarina et le Loup des sables sont, par exemple, confrontés au thème du juste et de l’injustice, et qu’ils doivent se partager des fraises, la petite fille en prend la plus grande partie, en les mettant de manière ostentatoire dans ses poches. On ignore si cela est vraiment juste, ce qu’elle va en faire, si elle les partagera avec ses parents ou avec le loup des sables. Car nous voilà déjà embarqués dans une nouvelle histoire. Autre regret : le décalage entre la magie du titre mystérieux, que relaie l’iconographie des affiches du spectacle, et qui laisse notre imaginaire s’envoler vers l’idée d’une créature énigmatique et intrigante et la représentation concrète de l’animal sur scène. Bien que le déguisement soit très réussi, cet animal est bien un loup ordinaire.

Malgré cela, Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier offrent un spectacle qui n’a aucun mal à nous emporter durant une heure: le jeune public sera très friand de ces belles aventures de la petite Zackarina et des leçons à en tirer.