Le Petit Prince valaisan

Par Joanne Vaudroz

Une critique sur le spectacle:
Semelle au vent / Cie Jusqu’à m’y fondre / Texte de Mali Van Valenberg / Mise en scène d’Olivier Werner / Théâtre Les Halles à Sierre / du 11 au 15 octobre 2017/ Plus d’infos

© Cie Jusqu’à m’y fondre

« Papa ! Dis-moi, dis-moi, dis-moi pourquoi les larmes coulent tièdes alors que le cœur est glacé ? Papa, Papaaaaa ! Dis-moi, dis-moi, est-ce que les œufs brouillés vont se réconcilier ?… 1,2,3 Soleil… » Mais Papa n’est plus. Johannes se retrouve seul avec toutes ces questions. Le goût amer de ce début d’histoire ne deviendra qu’un mauvais souvenir car c’est à ce moment-là que l’aventure commence … Petits et grands, jeunes et plus vieux, rêveurs et cartésiens sont invités à cette relecture du conte Le Compagnon de Route d’Andersen. Mali Van Valenberg joue avec la langue, les costumes et la musique pour y façonner divers niveaux de lecture.

Un oiseau. Un corbeau sombre surgit dans la vie de l’orphelin. Oiseau de mauvais augure ? Oiseau de malheur ? Ou le « maître corbeau sur son arbre perché » ? Mais ne nous fions pas aux apparences, l’oiseau veut du bien au môme. Il lui susurre à l’oreille le chemin à franchir pour atteindre la maison de sa dulcinée. C’est alors que se présente Roger le macchabée, un homme distingué et rassurant puisqu’il ressemble à papa. Il ne peut répondre aux questions multiples, loufoques et légitimes de Johannes, mais il va l’accompagner sur la route sinueuse à la recherche de l’amour.

Le soleil. Muni d’une guitare à la main, d’une coiffe version dreadlocks, il joue tous les matins un air rock’n’roll en chantant un refrain terriblement drôle, qui rapproche sa condition de travail de celle du travailleur déprimé de notre société : son burn-out est proche. Son rôle ? Structurer le temps, ce temps qui passe vite et surtout, réveiller nos deux aventuriers. Ce personnage, ou plutôt cette étoile, participe au défilé des rencontres curieuses et apporte une réflexion sur notre propre quotidien. On veut le voir tous les jours mais lorsqu’il est là, on s’en cache de peur de se faire brûler. C’est l’histoire de sa vie, alors même si le soleil est triste, il veille à ce que les deux camarades se lèvent pour accomplir leur mission, trouver la belle.

Le public escorte Johannes et Roger sur cette route si longue et semée d’embûches. Les deux hommes rencontrent certaines figures stéréotypées de montagnards suisses. Ils aident une grand-mère grognon par-ci, un papi pleurnicheur par-là. Mali Van Valenberg recontextualise le conte d’Andersen pour en livrer une version « valaisanne » dans les moindres détails. Quelques portraits d’hommes et de femmes vêtus du costume traditionnel villageois, qui défilent sur la toile lors des changements de scène, contribuent à cette touche très locale à la pièce de l’auteure-comédienne sierroise.

Grâce à la joie de vivre qu’incarne le personnage de Johannes, le conte se joue sur une tonalité légère et cocasse, où les jeux de mots vont bon train. Nous accompagnons ce « petit Prince suisse » malicieux sur un parcours initiatique bordé d’interrogations. Cette histoire d’amour joue de nombreuses références touchant aussi bien les petits que les grands. Les initiés repèreront même l’allusion au film culte de Jean Girault, La soupe aux choux…. Et lorsque le petit Prince rencontre enfin sa douce, c’est une sorte de reine des neiges version hard-rockeuse qu’il doit libérer, délivrer.

Le défi est remporté par Mali Van Valenberg dans ce spectacle tout public : un moment que chacun, enfant ou adulte, appréciera.