Personne(s) au bout de la ligne

Par Laure-Elie Hoegen

La Ligne / Direction artistique de Jean-Baptiste Roybon / Production de la Compagnie Kokodyniack / Théâtre Saint-Gervais / du 9 au 20 mai 2017 / Plus d’infos

©L-H Hoegen

La rencontre entre le projet artistique et le public fut salutaire… ou plutôt : les rencontres furent salutaires ! Seize personnes, en approchant La Ligne, ont parlé de leurs traversées de vie et histoires personnelles. Comme si le mouvement fluide de leur quotidien avait été tout à coup percuté et qu’il fallait laisser une trace de ce heurt. Ici, au théâtre, on ne raccroche pas la ligne.

Au détour d’une rue, un fil

Prenons un peu de hauteur ! Vous avez certainement déjà croisé les funambules des grands parcs verts en équilibre d’un arbre à l’autre sur leurs slacklines ? Oui, on peut bien franchir 25 ou 50 mètres, mais 90 km sur un ruban de satin rouge ? Le projet est simple et genevois : rejoindre un point A situé au bas du Salève jusqu’à un point B fixé, proche du CERN, en suivant le glacier qui s’étendait, avant, sur les plaines de Plainpalais et alentours, selon ce que nous rapporte un glaciologue au début et à la fin de la pièce. Après tout, il n’y a pas que les marathoniens qui méritent leur ruban, mais aussi les habitants aux différents parcours de vie.

Le ruban s’expose devant une boulangerie, un skatepark ou une organisation internationale. Il défie les lois de l’intérieur et de l’extérieur, un peu à la manière d’une bohème artistique à la Jodorowsky, compose de nouveaux paysages et donne ainsi à la ville une tournure poétique. Allez donc jeter un coup d’œil à l’exposition de photos du 27 avril au 28 mai, sur la place du Théâtre.

Les rumeurs anthropiques

L’enterrement épique d’un motard ? Un voyage de noces avec un représentant de la loi ? Ou l’ado contraint de rentrer à 22h un samedi soir ? La parole polyphonique se déploie sur scène et les comédiens, à tour de rôle, épousent de multiples identités face au public et font de leurs spectateurs leurs partenaires directs de dialogue. On aime cet amalgame de mimiques et de mots qui nous rappelle pourquoi on se retrouve avec tant de plaisir au marché, à la foire, voire au comptoir, pour s’écouter parler, sans distinction de genres ni de castes sociales.

Au détour d’une rue, un lien

Pas moins de huit cent pages aux récits interminables – la vie se déroulerait-elle comme sur un fil ? – sont ici condensées, distillées pour livrer seulement quelques bribes de trajectoires humaines au spectateur. L’enchaînement des récits nous entraîne par sa cadence. Il s’essouffle parfois, faute de ne pouvoir s’accrocher à des éléments substantiels, notamment à un décor. En effet, la scénographie épurée peut désarçonner. Et pourtant, c’est dans cet espace au premier abord vide que la bataille contre l’éphémère se livre. Ce pont entre les événements les plus disparates tisse un lien indéfectible et perpétue des récits voués sans cela à disparaître au terme de chaque vie.

N’hésitez pas à préférer le premier rang aux rangs des timides. Si d’aventure, vous répondez par mégarde à la réplique d’un comédien, ne vous en faites pas : c’est que vous êtes au bout de la ligne…

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