Chronique poétique d’une mort annoncée

Par Suzanne Crettex

Le dit d’Igor Cierda / par la compagnie eohem / Petithéâtre / du 8 au 16 avril 2016 / plus d’infos

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Igor Cierda… Le nom sonne doux, tout en évoquant un personnage tiré d’un roman de Garcia Marquez. A qui, il faut le dire, le spectacle emprunte un peu de son « réalisme magique ».

Un rythme grave de percussions qui semble provenir des tréfonds de la terre, des murs bruts au béton épais, une salle voûtée en pierres apparentes, un corps immobile dans la pénombre ; ainsi commence la pièce. Puis « la lumière fut » ; subtile, tamisée, légère, dans une ambiance génésiaque et cosmique où les corps et les éléments s’animent d’un même mouvement originel.

Au fil du spectacle, la musique développe des sonorités de plus en plus travaillées. Aux rythmes lents des percussions se joint le timbre du piano – mélodies virtuoses succédant elles aussi aux sons graves et profonds –, puis celui de la harpe et du violoncelle. Les trois musiciens de la compagnie Eohem – Françoise Albelda, Nicole Balmer-Karlen et Stephan Montangero – accompagnent de leur mesure les gestes de la danseuse – Karine Guillermin – qui, eux, animent l’espace d’une présence mouvante.

Et Igor ? Ce n’est peut-être qu’un symbole ; la métaphore de la vie d’un homme, que l‘on voit naître, exister, lutter, aimer, résister encore, puis mourir. Les moments de tension – corps contorsionnés, soupirs, sons discordants – cèdent le pas sans transition aucune à des instants d’osmose intense, d’équilibre et de légèreté sonores et visuelles. Expression du miracle magique de toute vie qui finira, encore et toujours, par le silence : celle d’Igor et la nôtre.

Dans ce spectacle, qui explore les frontières ténues entre chant et danse, le « dit », ou la parole, s’incarne vraiment dans la chair et dans les sens. C’est l’existence du verbe divin, « per quem omnia facta sunt », comme le chante une des musiciennes, qui donne vie à ce qui est. Ce « dit » qui n’a pas besoin d’être prononcé, nous apprend à lire les messages seulement murmurés, la poésie muette des choses, en somme le « réalisme magique » de l’existence…