Dérangements

Par Valmir Rexhepi

La Suisse et la mort / conception et interprétation FUR compagnie / Théâtre de l’Usine / du 15 au 21 octobre 2015 / plus d’infos

©Théâtre de l'Usine

©Théâtre de l’Usine

Dégagé de toute intrigue, La Suisse et la mort se donne sur le mode de ces châteaux composés de pièces en enfilade. L’architecture, tout comme le titre, est difficile à cerner, mais on avance. Sans le souci de la continuité, on passe d’une scène à l’autre. Le banal devient surprenant, le quotidien captivant, l’ordinaire dérangeant.

Issus de la Manufacture (Haute École de Théâtre de Suisse Romande ), c’est sur la scène du Théâtre de l’Usine que les comédiens Agathe Hazard-Raboud, Jérôme Chapuis, Julien Jacquérioz, Piera Bellato, Rébecca Balestra, Simon Romang se retrouvent pour fabriquer La Suisse et la mort. Une pièce qui se décline en toute une série de tableaux mettant en jeu le titre sans pour autant l’épuiser. Sur le plateau, cinq comédiens pour plus de 40 personnages distribués en plus d’une dizaine d’instantanés. L’entreprise semble balzacienne. Mais on ne s’y perd pas. Dans un décor qui ne change pas, mais devient autre chose au gré des transitions (banque, église, salon, QG d’une association,…), les comédiens prennent la pose.

Ça va vite. Un couple s’exerce pour l’examen de naturalisation. Un client, à genoux, répète religieusement les dogmes de son banquier. Une femme tente, en vain, de dialoguer avec des agents d’assurance. Une autre femme apprend, trop tard, la mort de sa mère qui ne voulait « surtout pas qu’on [la] dérange ». Ça va vraiment vite. Une urgence de dire qui pourtant n’effraie pas le spectateur. On rit souvent, on rit jaune parfois. On ne rit pas, aussi. Au milieu des tableaux comiques ou satiriques, il y a des motifs tragiques. Un type annonce à ses amis qu’il lui reste un an à vivre. Plus un bruit. Les personnages oseront rompre le silence et reprendre le jeu.

Entre clichés et scènes intimes, La Suisse et la mort se construit sur du banal, du quotidien. Point de fioriture ou d’extravagance. Pas plus d’intrigue déployée sur l’ensemble. La pièce n’intrigue pas. Elle montre sans poser de question. Elle dit sans répondre. Mais elle dérange. Et c’est là sa force.