Le théâtre en mouvement

par Laura Weber

Orlando ou l’impatience / de Olivier Py / mise en scène Olivier Py/ du 23 au 26 avril 2015 / Comédie de Genève / plus d’infos

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Olivier Py, directeur du festival d’Avignon depuis 2013, présente à Genève une comédie qui raconte le parcours d’Orlando, un jeune homme à la recherche de son père. Le spectateur est emporté avec le protagoniste dans une quête effrénée où chaque père potentiel incarne un théâtre possible. Car si Orlando ou l’impatience est parsemé de réflexions diverses sur l’état de la société, c’est avant tout de la puissance du théâtre qu’il traite.

Tout part de cette recherche. Mais l’intrigue ne se limite pas à la quête du père. Pendant son parcours, Orlando entreprend également une réflexion profonde sur toutes les possibilités offertes par le genre théâtral. Les rencontres successives avec ses pères potentiels, tous metteurs en scène, entraînent le jeune homme dans plusieurs théâtres possibles. En incluant toutes ces formes de représentation en son sein, Orlando ou l’impatience devient l’allégorie même du genre théâtral. Cette mise en abyme se retrouve dans la scénographie de la pièce où une scène mobile est insérée au sein de l’espace théâtral. Le spectateur est ainsi immergé dans les coulisses du théâtre et peut observer à loisir les manipulations des techniciens. Les deux parties communiquent entre elles. Chaque personnage endosse à la fois le rôle d’acteur et celui de spectateur. Entre le public et le théâtre, il n’y a finalement pas de rupture mais une continuité. Olivier Py célèbre la puissance de ce genre capable d’aborder et de magnifier n’importe quel sujet. Au demeurant, cette pièce est un manifeste du « théâtre comme totalité et la totalité comme théâtre ».

Cette pièce qui explore les possibilités infinies du théâtre montre également la fougue d’un jeune homme impatient et avide de savoir. La quête est une exploration débridée de diverses problématiques très variées. Olivier Py aborde ces questions avec la légèreté et la liberté du genre comique. L’hypocrisie des politiciens, les carences en magnésium, la place de la religion dans la société actuelle ou encore les problèmes néfastes de la mauvaise diction, tout cela est traité avec la même importance. Ces décalages excentriques permettent au réalisateur de transmettre, avec finesse et humour, des critiques pourtant acerbes. Au spectateur de démêler les vérités camouflées dans le bouillonnement des paroles énoncées par les personnages, eux-mêmes entraînés par un décor mobile, tournant sur lui-même. Pourtant, ce rythme débridé perd finalement son souffle. La pièce alterne des séquences comiques avec des moments plus solennels constitués de monologues tournant à de longues diatribes lassantes, qui empêchent parfois l’action de redémarrer. Dommage pour une pièce qui voulait sublimer toute la vitalité de l’art théâtral.