Hollywood à petit budget, pour de grands effets

Par Cecilia Galindo

Blockbuster / par k7 Productions / mise en scène Tomas Gonzalez / du 10 au 15 février 2015 / Théâtre 2.21 / plus d’infos / en tournée jusqu’au 14 avril 2015

© Francesca Palazzi

© Francesca Palazzi

Avec son dernier projet Blockbuster, le jeune metteur en scène lausannois Tomas Gonzalez et son équipe explorent les grosses productions cinématographiques qui ont marqué les esprits. En pleine nature, dans les étoiles ou au milieu d’une grande ville, les spectateurs redécouvrent ces images connues avec un regard autre. Un condensé du cinéma drôle, frais et réjouissant.

Une fois le public installé sur les fauteuils rouges de la salle du 2.21, les lumières s’éteignent en douceur jusqu’à la nuit complète, comme dans les salles obscures. D’abord s’installe le son : des cris d’oiseaux et autres bruits de la nature sauvage créent une ambiance exotique. Puis la lumière revient et le spectacle s’ouvre sur le discours d’un paléontologue passionné, secondé de sa collègue et amie. Mais voilà que ce scientifique renommé est interrompu par l’arrivée d’un hélicoptère: le passager John Hammond, riche PDG, a besoin de leur service pour mener à bien l’ouverture d’un parc d’attractions sur son île au large du Costa Rica. Cela ne vous rappelle rien ?
Les deux experts acceptent finalement de le suivre (il faut dire que l’argument est bon pour leur porte-monnaie…) et arrivés à destination, ils découvrent la flore et surtout la faune incroyable des lieux. Bienvenue à Jurassic Park !

Si les dinosaures de Spielberg occupent une bonne partie de la représentation ? on aura droit en accéléré à la reconstitution approximative des trois volets déjà sortis ?, d’autres genres s’invitent sur scène. Présenté sous forme de tableaux, le spectacle aborde tour à tour le film d’aventure, le film de science-fiction et la comédie romantique. Le public voit alors défiler devant lui des images, connues ou revisitées, de longs-métrages qui lui sont familiers, allant de Superman à Nuits blanches à Seattle, ou d’Alien au Journal de Bridget Jones, pour ne citer qu’eux. Une succession pêle-mêle de références filmiques qui offre une manière intéressante d’aborder le cinéma grand public.

Second projet de la compagnie k7 Productions (Je m’appelle Tomas Gonzalez et nous avons 60 min, en 2012 pour Les Urbaines), Blockbuster touche, comme le spectacle précédent qui s’intéressait au karaoké, à la culture populaire ? s’amusant à se réapproprier les modèles du film de divertissement sur le ton de l’humour et la dérision. Pour amener le cinéma à la scène, Tomas Gonzalez, à la fois comédien et metteur en scène dans ce projet, opte pour un minimum de décor et d’artifices. Et la magie opère, avec trois fois rien: un grand tableau en fond de scène, que les comédiens changent à vue entre les séquences, dessine l’environnement, terrestre ou stellaire. Y défilent quelques accessoires, en particulier lors de la séquence consacrée à Jurassic Park (on retiendra notamment la scène de la cuisine, entre gelée tremblante et ustensiles), et des costumes bricolés, le tout accompagné de musique de film. Une scénographie minimale, mais qui permet avec un simple objet, mot ou costume de nous ramener à diverses scènes de cinéma déjà bien ancrées dans l’imaginaire collectif.

Dans cet espace, c’est surtout le jeu des trois comédiens (Pauline Schneider, Cyril Hänggi et Tomas Gonzalez, tous diplômés de la Manufacture en 2012) qui construit la scène. En monologue ou à plusieurs, tantôt dans un jeu exagéré, tantôt dans une confession des plus naturelles, ils parcourent les stéréotypes et les failles de ces films à succès à travers les personnages emblématiques qui leur sont associés. Certains dialogues sont repris tels quels, d’autres créés pour l’occasion, certains sont teintés d’un humour décalé, d’autres plus sérieux, certains sont dynamiques, d’autres statiques. Des nuances qui rythment le déroulement du spectacle, et mènent vers un final marquant.

On ne vous en dit pas plus, no spoiler. Cette création originale est à voir au Théâtre 2.21 jusqu’au 15 février. Ce serait dommage de la manquer.