Il était une fois un petit lieutenant mandingue…

Par Delphine Gasche

Une critique du spectacle :
Kouta / d’après la trilogie de Massa Makan Diabaté / mise en scène Hassane Kassi Kouyaté / Théâtre de Vidy à Lausanne / du 6 au 10 mai 2014 / plus d’infos

© Mario del Curto

Faire se rencontrer genres et cultures est toujours une tâche difficile et complexe. Hassane Kassi Kouyaté n’a pourtant pas hésité à relever ce défi. A travers Kouta, une adaptation de la célèbre trilogie de Massa Makan Diabaté (1979-1982), c’est l’histoire d’un lieutenant malien qu’il conte au public suisse.

Ayant longuement servi dans l’armée coloniale, Siriman Keita revient tout auréolé de gloire en son pays natal. Son prestige est toutefois de courte durée. Un comportement autoritaire, des déboires politiques et des déceptions amoureuses ont raison de ses admirateurs et le mènent tout droit en prison. De retour dans la société civile, Siriman semble avoir fait table rase du passé et finit paisiblement son existence en « exemple de douceur et de bienveillance ».

Un conte poétique

Pour donner vie à l’histoire de ce petit lieutenant mandingue, Hassane Kassi Kouyaté a fait appel à six artistes incroyables : ils ne sont pas seulement acteurs, mais également chanteurs, musiciens et conteurs. Ce faisant, le metteur en scène et griot burkinabé offre au public lausannois une pièce de théâtre inhabituellement imagée. La poésie se retrouve jusque dans les moments les plus triviaux. La nuit de noce de Siriman et les rencontres amoureuses entre sa femme Awa et les jeunes indépendantistes sont symbolisées par des danses et des interludes musicaux. L’unité de ces moments est soulignée par le fait que ce sont les seules fois où des musiciens apparaissent sur scène. Un joueur de kora, sorte de luth, accompagne le premier épisode et un joueur de balafon, sorte de xylophone, le deuxième.

Et une satire mordante

L’adaptation de Kouyaté n’est cependant pas qu’un joli conte. C’est aussi une critique, parfois acerbe, d’une société malienne. La corruption y est dénoncée et les croyances populaires mises à mal. Tout s’achète ! Même les prédictions d’un féticheur ou l’amour d’une femme : il suffit d’y mettre le prix et d’éliminer tous ses concurrents. Les traditions matrimoniales sont elles aussi tournées en dérision. C’est avec le sang d’un coq, et non pas avec celui de la jeune mariée, que sont tâchés les draps nuptiaux.

A travers cette tranche de vie, Hassane Kassi Kouyaté allie donc les genres littéraires, ainsi que les modes de représentation. Même si le public semblait peu réceptif en premier lieu, c’est sous un tonnerre d’applaudissements qu’il a salué les artistes à la fin de la pièce. L’ambitieux pari du metteur en scène burkinabé est réussi.

 

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