Quand la danse envahit le quotidien

Par Jonas Guyot

Une critique du spectacle :
Living-room dancers / Cie Nicole Seiler / Théâtre Les Halles de Sierre / du 1 au 3 mai 2014 / plus d’infos

© Nicole Seiler

Living-room dancers est un spectacle étonnant et inédit. Conçu comme un parcours dans la ville de Sierre, il est une ode à toutes les formes de danse. Dans ce dispositif chorégraphique inattendu, le spectateur bénéficie du privilège de façonner son propre regard sur le spectacle.

Derrière cet étonnant projet se trouve une femme : Nicole Seiler. La chorégraphe se forme à la danse et au théâtre dans plusieurs écoles prestigieuses comme la Scuola Teatro Dimitri, Rudra Béjart et la Vlaamse Dansacademie à Bruges. En tant qu’interprète, elle a travaillé sur de nombreuses créations du Teatro Malandro, de la Cie Philippe Saire ou encore avec Massimo Furlan. Ces nombreuses collaborations l’ont menée à créer sa propre compagnie en 2002. Le travail artistique de Nicole Seiler est très fortement influencé par l’image et la vidéo, ce qui a donné lieu à de nombreux spectacles de danse multimédia mais également à des vidéos et des installations chorégraphiques.

L’influence de l’image cinématographique semble aussi présente dans le spectacle Living-room dancers, mais d’une manière un peu particulière. Equipé d’un baladeur MP3, de jumelles et d’un plan de la ville de Sierre, le spectateur se lance dans l’aventure. Il y a sept appartements dans la ville, marqués par un néon rouge au-dessous de la fenêtre depuis laquelle on peut observer un ou plusieurs danseur(s). Chaque lieu correspond à un numéro indiquant les musiques que le spectateur doit sélectionner sur son MP3 pour accompagner la danse qui se déroule sous ses yeux. Le spectateur, muni des jumelles, peut, à son gré, zoomer sur la prestation ou, au contraire, se priver de l’outil afin de privilégier une vue d’ensemble. En choisissant son point de vue et en sélectionnant son plan, le spectateur se place donc dans le rôle du caméraman. Sa vision est cependant nécessairement limitée, puisque la fenêtre représente le cadre de la caméra, au-delà duquel la vision est impossible. Cet espace sans cesse dérobé à la vision, c’est au public de l’imaginer. Dans le cadre même de la fenêtre, le regard bute contre les croisillons, contre les branches d’un arbre ou encore contre la barrière d’un balcon un peu haute. Tous ces obstacles forcent le spectateur à déplacer la position de la « caméra » et à choisir ainsi son meilleur point de vue. Grâce au MP3 et aux jumelles, ce dernier dispose lui-même des éléments qui lui offrent la possibilité d’apprécier les différentes prestations. Ces objets permettent de créer son propre spectacle en assistant par exemple à un tango argentin tout en écoutant du hip-hop et, pourquoi pas, en esquissant soi-même quelques pas de danse.

Ce spectacle offre également au public la possibilité de découvrir la performance de plusieurs danseurs amateurs dans un environnement privé. On chemine ainsi de la danse orientale à la danse expressive en passant par le tango argentin, la country, le hip-hop expérimental, le ragga dancehall et la danse albanaise. L’intérêt du spectacle ne réside pas dans la complexité des chorégraphies, mais dans une mise en scène assez simple de la danse qui se révèle intime et quotidienne. L’intimité qui s’offre au regard des passants n’est toutefois pas matière au voyeurisme, le danseur étant conscient d’être sujet d’observation.

De retour au théâtre, le spectateur pourra achever son voyage en assistant à la projection d’un documentaire. Le film est constitué d’interviews de passionnés de danse provenant de toute la Suisse. Ces amateurs, de milieux professionnels et d’âges très différents, parlent, avec beaucoup d’émotion, de leur expérience de la danse et de la place qu’elle occupe dans leur vie. Ce savoureux moment de partage est à découvrir au Théâtre Les Halles jusqu’au 3 mai 2014.

 

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