Yvette Théraulaz : les combats d’une vie

Par Jonas Guyot

Une critique du spectacle :
Les Années / d’Yvette Theraulaz / mise en jeu Philippe Morand / Théâtre de Vidy à Lausanne / du 1er au 11 octobre 2013

© G. Perret

Dans un spectacle qui ne laisse pratiquement pas de place au silence, Yvette Théraulaz ne manque pas de souffle pour raconter sa vie et ses combats. Une rétrospective de ses propres textes et quelques chansons du répertoire français s’enchaînent dans un rythme effréné.

C’est dans un décor très sobre et intimiste que se dévoile Yvette Théraulaz. L’incontournable comédienne romande est accompagnée par le talentueux pianiste américain Lee Maddeford. De cette union artistique naît un spectacle musical et théâtral virevoltant où, bien souvent, l’enchaînement rapide des textes laisse à peine le temps aux applaudissements. Le souffle coupé, le public suit ces paroles qui ne cessent de galoper, l’entraînant dans des tirades satiriques qui atteignent parfois la performance tant le débit est rapide et parfaitement maîtrisé.

Cette cavalcade du verbe, où les mots se suivent, s’appellent, rebondissent et s’échappent, Yvette Théraulaz la met au service de ses combats. Le tout premier, celui qui mène à l’existence. Les spermatozoïdes se fraient un chemin, bousculent, fracassent, le vainqueur s’arrache à la masse et après une âpre lutte, s’offre les neufs mois d’un repos bien mérité, dans le ventre maternel. Puis c’est l’entrée dans cette « garce de vie ». Au fur et à mesure que les mots s’envolent, les combats défilent : une opposition ferme à toutes les formes de xénophobie, sa lutte très personnelle contre la dépression et surtout la reconnaissance de l’égalité des sexes. Ce qu’elle nomme « la plus belle révolution du siècle » sera également celle de sa vie. Caricaturant tour à tour le macho et la potiche, Yvette Théraulaz n’épargne pas la misogynie qu’elle cloue au pilori non sans un sarcasme jubilatoire.

Yvette Théraulaz, la féministe, l’éternelle indignée, se refuse cependant à combattre le vieillissement, qu’elle accepte avec humour et finesse. En reprenant certains textes de son précédent spectacle Comme un vertige, elle prend son parti et accepte la décrépitude du corps et de l’esprit. Elle s’amuse de sa mémoire, qui quelquefois chancelle, maintenant une franchise qui la rend éminemment touchante. Avec des coups de gueule parfois fracassants, Yvette Théraulaz ne cesse d’émouvoir. Après cinquante ans de carrière, son humour et sa voix chaude et légèrement enrouée permettent toujours d’apprécier ses qualités artistiques malgré les éternelles fausses notes dont elle ne manque pas de se moquer – se plaisant à mettre en scène ses propres faiblesses.

Yvette Théraulaz nous livre une partie de sa vie sans jamais tomber dans la complaisance, chantant tour à tour ses défauts et ses qualités, ses désillusions et ses espoirs. A travers ses combats et ses valeurs, la comédienne offre aux spectateurs une belle rétrospective de sa carrière. Cette dernière sera notamment saluée par la Société suisse du théâtre qui lui délivrera l’Anneau Hans Reinhardt 2013, le dimanche 6 octobre, dans une soirée privée au Théâtre de Vidy.

 

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